CHAPITRE TRENT E-H UiTIEME
De la France du tems de Charles VIL De la Pucelle & de Jacques Cœur.
E débordement de l'Angleterre en France fut enfin femblable à celui qui avait inondé l'Angleterre du tems de Louis VIII. mais ii fut plus long & plus orageux. il fallut que Charles VIL regagnât pied-à-pied fou r ôyaume. Il avait à combattre le régent Betford , aufli abiblu que Henri V. & le duc de Bourgogne devenu l'un des plus puilfans princes de l'Europe , par l'union du Hainaut , du Brabant , & de la Hollande à fes domaines. Les amis de Charles VIL étaient pour lui auffi dangereux que fes ennemis. La plupart abufaient de fes malheurs , au point que le comte de Rie hemont fon connétable , frère du duc de Bretagne fit étrangler deux de £es favoris.
On peut juger de l'état déplorable où Charles était réduit , p^r la nécefiité où il fut de faire valoir dans les pays de fon obéiifance le prix du marc d'argent jufqu'à quatre-vingt-dix livres, au lieu d'une demi-livre de fix onces qu'il valait du tems de Charlcmagne.
Il fallut bientôt, recourir à un expédient plus étrange, à un miracle. Un gentilhomme des frontières de Lorraine , nommé Baudricourt , crut trouver dans une jeune fervame d'un cabaret de Vaucouîeurs un perfonnage propre à jouer le rôle de guerrière & d'infpirée. Cette Jeanne d'Arc, que le vulgaire croit une bergère, était en effet une jeune fervante d'hôtellerie , montant chevaux à poil t comme dit Monfrrelet , & faifani autres aperîifes que jeunes filles n'ont point accoutumé de faire. On la fit parler pour une bergère de dix-huit ans. Il eÛ cependant avéré , par fa propre confeffion ,
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