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CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME

Du concile de Bafle tenu du tems de l'empereur SigiSmond & de Charles VII au quiniièms Jiècle.

E que font des états - généraux pour les rois , les conciles le font pour les papes ; mais ce qui fe rerTerhble le plus, diffère toujours. Dans les monarchies tempérées par î'eipiit le plus républicain , les états nefe font jamais cru au deflus des rois, quoiqu'ils aient dépofé leurs fouverains dans des néceîTités prenantes ou dans des troubles. Les éle&eurs qui déposèrent l'empereur Venceflas , ne fe font jamais crus fupérieurs à un empereur régnant. Les cories d'arragon difaient au roi qu'ils éiifaient , Nos que valemus tanto como vos , y que podemos mas que vos; m.iis quand le roi était couronné, ils ne s'expiim lient plusainfi, ils ne fe difaient plus fupérieurs à celui qu'ils avaient fait leur maître.

Mais il n'en eît pas d'une affemblée d'évêques de tant d'sgiifes également indépendantes , comme du corps d'un état monarchique. Ce corps a un fouverain, & les é^lifes n'ont qu'un premier métropolitain. Les matières de religion, la doéhine & la difeipline peuvent être fourriîfes a la déciiïon d'un feul homme au mépris du monde entier. Les conciles font donc fupérieurs aux papes, dans le même fens que mille avis doivent l'emporter fur un feul. Seûe à favoir s'ils ont le droit de le dépofer , comme les diètes de Pologne & les électeurs de l'empire Allemand ont le

1 1 dr )it de dépofer leur fouverain.

Il Cette queflim eft de celles que la raifon du plus fort II

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peut feule décider. Si , d'un côté , un fimpîe concile provincial peut dépouiller un évêque , une affembiée du monde chrétien peut à plus forte raifon dégrader l'éyêque de Rome. Mais de l'autre côté, cet évêque eft fouverain. Ce n'eft pas un concile qui lui a donné Ton état ; comment des conciles peuvent-ils le lui ravir , quand fes fujets font contens de (on adminiflration ? Un électeur eccléfiaftique, dont l'empire Si. (on éleclorat feraient contens , ferait en vain dépofé comme évêque'par tous les évêques de l'univers ; il refierait électeur , avec le même droit qu'un roi excommunié par toute l'églife & maître chezlui, demeurerait fouverain.

Leconcdede Confiance avait dépofé le fouverain de Rome , parce que Rome n'avait voulu ni pu s'y oppofer. Le concile deBafle , qui prétendit dix ans après fuivre cet exemple, fit voir combien l'exemple eft trompeur, combien font différentes les affaires qui fembîent les mêmes , & que ce qui eit grand & feulement hardi dans un tems, ;J eft petit & téméraire dans un autre.

Le concile de Bafle n'était qu'une prolongation de plufieurs autres indiqués par le pape Martin V. tantôt à Pavie , tantôt à Sienne : mais dès que le pape Eugène ÎV. fut élu en 143 1 , les pères commencèrent par déclarer que le pape n'avait ni le droit de diffoudreleur affembiée, ni même celui de la transférer , 3c qu'il leur était fournis , fous peine de punition. Le pape Eugène , fur cet énoncé, ordonna la diffolution du concile, il paraît qu'il y eut dans cette démarche précipitée des pères , plus de zèle que de prudence, & que ce zèle pouvait erre funefte. L'empereur Sigifmond , qui régnait encore , n'était pas le maître de la perfonne d'Eugène , comme il l'avait été de celle de Jean XXIII. Il ménageait à la fois le pape & le concile. Le fcandale s'en tint long-tems aux négociations ; on y fit entrer l'Orient & l'Occident. L'empire des Grecs !j ne pouvait plus fe foutenir contre les Turcs que par les *'. princes Latins ; & pour obtenir un faible fecours trè&-

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incertain, il fallait que l'églife grecque fe fournît à îa romaine. Elle était bien éloignée de cette foumiffion. Plus le péril était proche , plus les Grecs étaient opiniâtres. Mais l'empereur Jean Palêologue , fécond du nom , que le péril intéreflait davantage, confentait à faire par politique, ce que tout fon clergé refufait par opiniâtreté. Il était prêt d'accorder tout , pourvu qu'on le fecourût. Il z adrefTait à la fois au pape & au concile; & tous deux fe difputaient l'honneur défaire fléchir les Grecs. Il envoya des amba {fadeurs àBafie, où le pape avait quelques partifans qui furent plus adroits que les autres pères. Le concile avait décrété qu'on enverrait quelque argent à l'empereur & des galères pour l'amener en Italie , qu'enfuite on le recevrait à Bafle. Les érniflaires du pape firent un décret clandeilin , par lequel il était dit au nom du concile même , que l'empereur ferait reçu à Florence où le pape transférait l'afïèmblée ; & ils enlevèrent la ferrure de la cafTette où l'on gardait les fceaux du concile, & fcélèrent ainfi au nom des pères même, le contraire de ce que l'afTemblée avait réiblu. Cette rufe italienne réufïït; & il était palpable que le pape devait en tout avoir l'avantage fur le concile.

Cette aflembîée n'avait point de chef qui pût réunir les efprits & écrafer le pape , comme il y en avait eu un à Confiance. Elle n'avait point de but arrêté ; elle fe conr duifait avec fi peu de prudence , que dans un écrit que les pères délivrèrent aux ambafTadeurs Grecs , ils diraient qu'après avoir détruit l'héréilc des nudités, ils allaient détruire l'héréfie de l'égiife grecque. Le pape plus habile, traitait avec plus d'adreffe; il ne parlait aux Grecs que d'union & de fraternité , & épargnait les termes durs. C'était un homme très-p-rudent , qui avait pacifié les troubles de Rome, & qui était devenu puifTant. Ileut des galères prêtes avant celles des pères. [J

L'empernur défrayé par le pape , s'embarque avec L fon patriarche, & quelques évêques choifis, qui vou- Jt,

îaient bien renoncer aux fentimens de toure l'églife grecque pour l'intérêt de la patrie. Le pape les reçut à Ferrare. L'empereur &: les évêques dans leur foumiffion réelle gardèrent en apparence la majefté de 1 empire , & la dignité de l'ég'ife grecque. Aucun ne baifa les pieds du pape, mais après quelque conteftations fur le filioque que Rome avait ajouté depuis long-tems ou fymbole , fur le pain azime , fur le purgatoire , on fe réunit en tout au fentiment des Romains.

Le pape transféra fon concile de Ferrare à Florence. Ce fut-la que les députés de l'églife grecque adoptèrent le purgatoire. Il y fut décidé que le St. Efprit procède du père & du fils par la production de fpiration ; que le père communique tout au fils excepté la paternité , & que le fils a de toute éternité la vertu productive.

Enfin l'empereur Grec, fon patriarche, & prefque tous ks prélats , fignèrent dans Florence le point fi long-tems débattu de la primatie de Rome. L'hifioire Bizantine affure que le pape acheta leur fignature. Cela eft vraifemblable ; il importait au pape de gagner cet avantage à quelque prix que ce fût, & les évêques d'un pays défolé par les Turcs étaient pauvres.

Cette union des Grecs & des Latins fut à la vérité paffagère ; ce fut une comédie jouée par l'empereur Jean Paléolopue. Toute l'églife grecque la réprouva. Les évêques qui avaient figné à Florence , en demandèrent pardon à Conftantinople ; ils dirent qu'ils avaient trahi la foi. On les compara à Judas, qui trahit fcn maître. lis ne furent réconciliés à leur égîife qu'après avoir abjuré les innovations reprochées aux Latins.

L'églife latine & la grecque furent plus divifées que jamais. Les Grecs toujours fiers de leur ancienneté, de leurs premiers conciles univerfeîs , de leurs fciences, fe fortifièrent dans leur haine, & dans leur mépris pour la communion romaine. Us rebaptifaient les Latins, qui

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revenaient à eux ; & de là vient qu'aujourd'hui à Pétersbourg & à Riga les prêtres Rudes donnent un fécond baptême à un catholique qui embraffe la religion grecque. Plufieurs retranchèrent la confirmation & l'extrême-onclion du nombre des facremens. Tous s'élevèrent de nouveau contre la procefîlon du St. Esprit , contre le purgatoire , contre la communion fous une feule efpèce ; & il eft très vrai enfin, qu'ils diffèrent autant de l'églife de Rome que les réformés.

Cependant Eugène IV. parfait dans l'Occident pour avoir éteint ce grand fchifme. II avait fournis l'empereur grec & fon églife en apparence. Sa victoire écait glorieufe , & jamais pontife avant lui n'avait paru rendre un fi grand fervice à l'églife romaine, ni jouir d'un fi beau triomphe. jî

Dans le tems même qu'il rend ce fervice aux Latins ik,

<j|[ & qu'il finit autant qu'il eft en lui le fchifme de l'O- m rient & de l'Occident , le concile de Baffe le dépofe S' du pontificat, le déclare rebelle , fimoniaque , fchifma- | tique , hérétique & parjure.

Si on confidère le concile par ce décret , on n'y- jj voit qu'une troupe de factieux : fi on le regarde par les règles de difeipline qu'il donna , on y verra des hommes très-fages. C'eir que la padion n'avait point de part à ces réglemens , & qu'elle agiffait feule dans la dépofition à' Eugène. Le corps le plus augufte , quand la faction l'entraîne , fait toujours plus de fautes qu'un feul homme. Le confeil du roi de France Charles VIL adopta les règles que l'on avait faites avec fagefTe, & rejeta l'arrêt que l'efprit de parti avait dicté.

Ce font ces réglemeas qui fervirent à faire la pragmatique fanclion , fi long-tems chère aux peuples de j France. Celle qu'avait promulguée St. Louis, ne fub- j Liftait prefque plus. Les ufages en vain réclamés par L la France , étaient abolis par l'adreffe des Romains. On .||

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les rétablit par cette célèbre pragmatique. Les élections par le clergé avec l'approbation du roi y font confirmées ; les annates déclarées fimoniaques ; les réferves , les expectatives y font déteftées. Mais d'un coté on n'ofe jamais faire tout ce qu'on peut, & de l'autre on fait au-delà de ce que l'on doit.. Cette loi fi fameufe qui allure les libertés de l'égiife gallicane , permet qu'on appelle au pape en dernier reffort , & qu'il délègue des juges dans toutes les caufes eccléfiaftiques, que des évêques compatriotes pouvaient terminer fi aifément. C'était en quelque •forte reconnaître le pape pour maître ; & dans le tems même que la pragmatique lui laifle le premier des droits , elle lui défend de faire plus de vingt-quatre cardinaux, avec aufïi peu de raifon que le pape en aurait de fixer le nombre des ducs & pairs , ou des grands d'Efpagne. Ainfi tout eft contradiction. Il eft vrai que le concile de Bafle avait le premier fait cerne défenfe aux papes. Il n'avait pas confidéré qu'en diminuant le nombre , il augmentait le pouvoir , & que plus une dignité eft rare , plus elle eft refpeclée.

Ce fut encor la difcipiine établie par ce concile qui produifit depuis le concordat germanique. Mais la pragmatique a été abolie en France ; le concordat germanique s'eft foutenu. Tous ies ufages d'Allemagne ont fubfifté. Elections des prélats , inveftitures des princes , privilèges des villes, droits, rangs, ordre de féance , prefque rien n'a changé. On ne voit au contraire rien en France des ufages reçus du tems de Charles VIL

Le conciîe de Bafle ayant vainement dépofé un pape très-fage que toute l'Europe continuait à reconnaître, lui oppofa , comme on fait , un fantôme , un duc de Savoie Amédéc VIII. qui avait été le premier duc de fa maifon , & qui s'était fait bérmite à Ripaille , par une dévotion que le Pogçio eft bien loin de croire réelle. Sa dévotion ne tint pas contre l'ambition d'être

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pape. On le déclara fouverain pontife , tout féculicr qu'il était. Ce qui avait caufé de violentes guerres du tems d'Urbain VI. ne produifit alors que des querelles eccléfiaftiques, des bulles, des cenfures , des excommunications réciproques , des injures atroces. Car fi le concile appellait Eugène fimoniaque , hérétique & parjure ; le fecretaire à' Eugène traitait les pères de fous, d'enoagés, de barbares , & nommair Âmédêe cerbère & antechrifl. Enfin fous le pape Nicolas V. le concile fe diflipa peu-à-peu de lui-même ; & ce duc de Savoie hermite & pape fe contenta d'être cardinal , laifTant l'églïfe dans l'ardre accoutumé. Ce fut-là le vingtfeptième & le dernier fchifme confidérable excité pour la chaire de St. Pierre. Le trône d'aucun royaume n'a jamais été fi fouvent difputé.

Ent.is Picolomini, Florentin, paëte & orateur , qui ffc 3] fut fecretaire de ce concile, avait écrit violemment pour |S foutenir la fupériorité des conciles fur les papes. Mais S? lorfqu'enfuite il fut pape lui-même fous le nom de .^ Pie IL il cenfura encor plus violemment {es propres a écrits, immolant tout à l'intérêt préfent -qui ieuî fait i| fi fouvent les principes de vérité & d'erreur. Il y avait | d'autres écrits de lui qui couraient dans le monde. L a quinzième de fes lettres imprimée depuis dans le recueil de fes aménités , recommande un de Ces bâtards qu'il avait eu d'une femmeAnglaife.il ne condamna point fes amours comme il condamna fes fentimens fur la faillibilké du pape.

Ce concile fait voir en tout combien les chofes changent félon les tems. Les pères de Confiance avaient livré au bûcher Jean Eus & Jérôme de Prague , malgré leur proteftation qu'ils ne fuivaient point les dogmes de Wiclef, malgré leur foi nettement expliquée fur la préfence réelle, perfiftans feulement dans les fefnrimens de Wiclef fax la hiérarchie & fur la difcipline de l'égiife. à,

Les huilites du tems du concile de Bafle allaient bien %

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330 Essai su k. les mœurs.

plus loin que leurs deux fondateurs. Frocope le Rafé , ce fameux capitaine compagnon & fucceffeur de Jean Ziska, vint difputer au concîie de Bafle à la tête de deux cents gentilshommes de fon parti, il foucint entr'autres chofes que le moines étaient une invention du diable. « Oui , » dit-il , je le prouve. N'eft-il pas vrai que Jesus- » Christ ne les a point inttitués ? » Nous n'en difconvenons pas , dit le cardinal Julien. « Et bien , dit » Procope , il eft donc clair que c'eft le diable. » Rai- » fonnement digne d'un capitaine Bohémien de ces remslà. Eneas Silvius témoin de cette fcène, dit, qu'on ne répondit à Procope que par un éclat de rire ; on avait répondu aux infortunés Jean Eus & Jérôme par un arrêt de mort.

On a vu pendant ce concile , quel était l'avili dément des empereurs Grecs. Il fallait bien qu'ils touchaffent à leur ruine , puifqu'ils allaient à Rome mendier de faibles fecours, & faire le facrifice de leur religion. Aulïi fuccombèrent-ils quelques années après fous les Turcs , qui prirent Conftantinople. Nous allons voir les caufes & les fuites de cette révolution.

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