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CHAPITRE QUARANTE-SIXIEME

De Ta m e r z a n.

JL Imour , que je nommerai Tamerîan pour me conformer à l'ufage , defcendait de Gengis-kan par les fem- Imes , félonies meilleurs hiftoriens. 11 naquit l'an 1357 dans la ville de Cash , territoire de l'ancienne Sogdiane , où les Grecs pénétrèrent autrefois fous Alexandre , & ,yj où ils fondèrent des colonies. C'eft aujourd'hui le pays %£ des Usbecks. Il commence à la rivière du Gion , ou de ij l'Oxus , dont la fource eu dans le petit Thibet , environ à fept cents lieues de la fource du Tigre & de l'Euphrate. C'eir ce même fleuve Gion dont il eif parlé dans la gerièfe , & qui coulait d'une même fontaine avec lEuphrate & le Tigre.

Au nom de la ville de Cash , on fe figure un pays affreux. Il efl pourtant dans le même climat que Naples & la Provence , dont il n'éprouve pas les"chaleurs; c'eft une contrée délicieufe.

Au nom de Tamerîan , on s'imagine auffi un barbare approchant de la brute : on a vu qu'il n'y a jamais de grand conquérant parmi les princes , non plus que de grandes fortunes chez les particuliers , fans cette efpèce de mérite dont les fuccès font la récompenfe. Tamerîan devait avoir d'autant plus de ce mérite propre à l'ambition , qu'étant né fans états il fubjugua autant de pays qu' 'Alexandre , & prefqu'autant que Gengis. Sa première cohquête fut celle de Ealk capitale du Coraffan fur

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les frontières de la Perfe. De là il va fe rendre maître de la province de Candahar. Il fubjugue toute l'ancienne Perfe ; il retourne fur fes pas pour foumettre les peuples de la Tranfoxane. Il revient prendre Bagdat. Il paife aux Indes , les fouroet , fe faifit de Déli qui en était la capitale. Nous voyons que tous ceux qui fe font rendus maîtres de la Perfe , ont auflî conquis ou défoié les Indes. Ainfi Darius Ochns après tant d'autres, en fit la conquête. Alexandre , Gengis-kan , Tamerlan les envahirent aifément. Sha- Nadir de nos jours n'a eu qu'à s'y préfenter ; il y a donné la loi , & en a remporté des tréfors immenfes.

Ta merlan vainqueur des Indes retourne fur fes pas. Il fe jette fur la Syrie : il prend Damas. Il revole à Bagdat déjà foutnife , & qui voulait fecouer le joug. Il la livre au pillage & au glaive. On dit ' qu'il y périt près de huit cent mille habitans; elle fut entièrement détruite. Les villes de ces contrées étaient aifément ralées , & fe rebàthTaientdemême. Elles n'étaient comme on l'a déjà remarqué , que de briques féchées au foleil. C'eft au milieu du cours de ces vicloires , que l'empereur Grec qui ne trouvait aucun fecours chez les chrétiens , s'adreffe enfin à ce Tartare. Cinq princes mahométans que Baja^et avait dépoilédés vers les rives du Pont-Euxin , imploraient dans le même tems fon feccurs. Il defcendit dans l'Afie-Mineure , appelle par les mufulmans & parles chrétiens.

Ce qui peutdonner une idée avantageufe de fon caractère , c'eft qu'on le voit dans cette guerre obferver au moins le droit des nations. Il commence par envoyer des ambaffadeurs à Baja^et , & lui demande d'abandonner le fiége de Conftantinople , & de rendre jufiice aux princes mufulmans dépofiedés. Bajaçet reçoit ces propofitions avec colère & avec mépris. Tamerlan lui déclare la guerre , il marche à lui. Bajàçet lève le fiége de Conftantinople , & livre entre Céfarée & Ancire cette grande

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ï|: bataille où il fembîaic que toutes les forces du monde fuiFent aiTemblées. Sans doute les troupes de Tamerian étaient bien difciplinées , puifqu'après le combat le plus opiniâtre , elles vainquirent celles qui avaient défait les Grecs , les Hongrois , les AUemans , les Français , & tant de nations belliqueufes. Oh ne faurait douter que Tamerian , qui jufques-là combattit toujours avec les flèches & ie cimeterre, ne fit ufage du canon contre P les Ottomans , & que ce ne foie lui qui ait envoyé des pièces d'artillerie dans le Mogol , où l'on en voit encor , fur lefquelles font gravés des caractères inconnus. Les Turcs fe fervirent contre lui dans la bataille de Céfarée , nun-feu!ement de canons , mais aum* de l'ancien feu grégeois. O double avantage eût donné aux Ottomans une victoire infaillible , ii Tamerian n'eût eu de l'artillerie.

Baja^et vit fon fils aine Muflapka tué en combattant auprès de lui , & tomba captif entre les mains de fon vainqueur , avec un de fes autres fils nommé Mu fa ou May je. On aime à favoir les fuites de cette bataille mémorable entre deux nations qui femblaient fe difputer l'Europe & l'Afie, & entre deux conquérans dont les noms font encor fi célèbres ; bataille qui d'ailleurs fauva pour un tems l'empire des Grecs , & qui pouvait aider à dérruire celui des Turcs.

Aucun des auteurs Perfans & Arabes qui ont écrit la vie de Tamerian ne dit qu'il enferma Baja^et dans une Cogede fer , mais les annales turques le difent. Eil-ce pour rendre Tamerian odieux ? Eft-ce plutôt parce qu'ils ont copié des hiiloriens Grecs ? Les auteurs Arabes prétendent que Tamerian fe faifait ver-fer à boire par l'épouf e de Baja^etz. demie nue; & c'eil ce qui a donné lieu à la fable reçue , que les fultans Turcs ne fe marièrent plus depuis cet outrage fait à une de leurs femmes. Cette fable eu démentie par le mariage d'^ifj murât IL oue nous verrons époufer la fille d'un dcfpote S de $

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