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Chapitre XLVI

de Servie , & par le mariage de Mahomet IL avec la fille d'un prince de Turcomanie.

Il eit difficile de concilier la cage de fer & l'affront brutal fait à la femme de Baja^et , avec la générofîté que les Turcs attribuent à Tamerlan. Ils rapportent que le vainqueur étant entré dans Burfe , ou Prufé , capitale des écats Turcs Afiatiques , écrivit à Soliman fils de Bajaçet une lettre qui eût fait honneur à Alexandre. Je veux oublier , dit Tamerlan dans cette lettre , que ? ai été P ennemi de Baja[et. Je ferv irai de père à fes enfans , pourvu qu'ils attendent les effets de ma clémence. Mes conquêtes me fuffîjent , & de nouvelles faveurs de Vinconjlante fortune ne me tententpoint.

Suppofé qu'une telle lettre ait été écrite , elle pouvait n'être qu'un artifice. Les Turcs diient encor , que Tamerlan n'étant pas écouté de Soliman , déclara fultan dans Burfe ce même Mufa fils de Baja^et , & qu'il lui dit ; Reçoi Vhéritage de ton père ; une ame royale fait conquérir des royaumes , &' les rendre.

Les hiftoriens orientaux, sinfi que les nôtres , mettent fouvent dans la bottehe des hommes célèbres , des paroles qu'ils n'ont jamais prononcées. Tant de magnanimité avec le fils s'accorde mal avec la barbarie dont on dit qu'il ufa avec le père. Mais ce qu'on peut recueillir de certain , & ce qui mérite notre attention , c'eft que h grande vicloire de Tamerlan nota pas enfin une ville à l'empire des Turcs. Ce Mufa , qu'il fit fultan , & qu'il protégea pour l'oppofer à Soliman & à Mahomet 1. fes frères , ne put leur réfifier malgré la protection du vainqueur. Il y eut une guerre civile de treize années entre les enfans de Ba]a\et\ & on ne voit point que Tamerlan en ait profité. Il eft prouvé , par le malheur même de ce fultan , que les Turcs étaient un peuple tout belliqueux , qui avait pu être vaincu , fans pouvoir être alfervi ; & que le Tartare ne trouvant pas de

Ejfai fur les mœurs. Torri. II

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