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Chapitre LIIL

d'hui on vend fa terre Se fa maifon. Cet ufage fubfiflait depuis le tems des croifades. Ferdinand, roi d'Arragon , vendit le Rouftillon à Louis XI. avec faculté de rachat. Charles, duc de Bourgogne , venait d'acheter la Gueldre. Un duc d'Autriche lui vendit encor tcus les domaines qu'il pofTédait en Alface & dans le voifinage des SuifTes, Cette acquifition était bien au deffus du prix que Charles en avait payé. Il fe voyait maître d'un état contigu des bords de la Somme jufqu'aux portes de Strasbourg. Il n'avait qu'à jouir. Peu de rois dans l'Europe étaient aufîi puiflans que lui , aucun n'étair plus riche & plus magnifique. SondeiTein était de faireériger fes états en royaume : ce qui pouvait devenir un jour très-préjudiciaHe à la France. Il ne s'agiffait d'abord que d'acheter le diplôme de l'empereur Frédéric III. L'ufage fubfiflait encor de demander le titre de roi aux empereurs ; c'était un hommage qu'on rendait à l'ancienne grandeur Romaine. La négociation manqua, &: Charles de Bourgogne , qui voulait ajouter à {es états la Lorraine & la Suifie, était bien sûr , s'il eût réufïï , de fe faire roi fans la permiiFion de perfoiane.

Son ambition ne fe couvrait d'aucun voile, &c'efl principalement ce qui lui fit donner le furnom de Téméraire. On peut juger de fon orgueil , par la réception qu'il fit à des députés de Suifle. Des écrivains de ce pays afïurent que le duc obligea ces députés de lui parler à genoux. C'efl une étrange contradiction dans les mœurs d'un peuple libre qui fut bientôt après fon vainqueur.

Voici fur quoi était fondée la prétention du duc de Bourgogne, à laquelle les Helvétiens fe fournirent, Plufieurs bourgades Suiifes étaient enclavées dans les domaines vendus à Charles par le duc d'Autriche. Il croyait avoir acheté des efclaves. Les députés des communes parlaient à genoux au roi de France ; le duc de Bourgogne avait confervé l'étiquette des chefs de fa maifon. Nous avons d'ailleurs remarqué que plufieurs rois, à l'exemple

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de l'empereur, avaient exigé qu'on fléchît un genou en leur parlant ou en les fervant ; que cet ufage afiatique avait été introduit par Conjîantin , & précédemment par Dioctétien. Be la même venait la coutume qu'un vaffal fît hommage à fon feigneur les deux genoux en terre. De là encor l'uSage de baiferle pied droit du pape. C'efl l'hiftoire de la vanité humaine.

Fhilippe de Lomines & la foule des hiftoriens qui l'ont fuivi , prétendent que la guerre contre les SuifTes , û fatale au duc de Bourgogne, fut excitée par une charrette de peaux de moutons. Le plus léger fujet de querelle produit une guerre, quand on a envie de la faire ; mais il y avait déjà long-tems que Louis XI. animait les SuifTes centre le duc de Bourgogne, & qu'on avait commis beaucoup d'hoililités de part & d'autre avant l'aventure de la charrette : il eu très-sûr que l'ambition de Charles était l'unique fujet de la guerre.

Il n'y avait alors que huit cantons SuifTes confédérés. I| Fribourg, Soîeure , Schaffbufe <Sc Appenzel n'étaient pas encor entrés dans l'union. Bafle , ville impériale, que fa fituation fur le Rhin rendait puiffante & riche , ne faiiait pas partie de cette république naiffante, connue feulement par fa pauvreté, fa iîmplicité & fa valeur. Les députés de Berne vinrent remontrer à cet ambitieux , que tout leur pays ne valait pas les éperons de fes chevaliers. Ces Bernois ne fe mirent point à genoux ; ils parlèrent avec humilité & fe défendirent avec courage.

La gendarmerie du duc couverte d'or , fut battue & mife deux fois dans la plus grande déroute , par ces hommes fimples qui furent étonnés des richeifes trouvées dans le camp des vaincus.

Aurait-on prévu , lorfque le plus gros diamant de l'Europe pris par un Suiffe à la bataille de Granfon , fut vendu au général pour un écu, aurait-on prévu alors qu'il y aurait un jour en SuhTe des villes auffi belles & auffi opulentes %. que l'était la capitale du duché de Bourgogne ? Le luxe àes

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diamans, des étoffes d'or y fur long- tems ignoré; & quand il a été connu , il a été prohibé; mais les folides richelTes qui confident dans la culture dé la terre, y ont été recueillies par des mains libres Se viclorieufes. Les commodités de la vie y ont été recherchées de nos jours. Toutes les douceurs de la fociété, & la faine philofophie fans laquelle la fociéié n'a point de charme durable , ont péné:ré dans les parties de la Suifie où le climat eft le plus doux& où règne l'abondance. Enfin dans ces pays autrefois fi agreftes , on eft parvenu en quelques endroits à joindre la poiitelfe d'Athènes à la fimpîicité de Lacédémone,

Cependant Charles le Téméraire voulut fe venger fur la Lorraine, & arracher au duc René, légitime pofTeffeur, la ville de Nanci qu'il avait déjà prife une fois. Mais ces mêmes Suiffes fes vainqueurs , affiliés de ceux de Fribourg & de Soleure, dignes par-là d'entrer dans leur alliance , délirent encor l'uiurpateur , qui paya de fon fang le nom de Téméraire que la poftérité lui donne. |jS

Ce fut alors que Louis XL s'empara de l'Artois & des villes fur la Somme , du duché de Bourgogne comme d'un fief mâle, & de la ville de Befançon par droit de bienféance.

La princeiTe Mark , fille de Charles le Téméraire, unique héritière de tant de provinces , fe vit donc tout-d'uncoup dépouillée des deux tiers de fes états. On aurait pu joindre encor au royaume de France les dix-fept provinces qui reftaient à-peu-près à cette princeife , en lui faifant époufer le f.ls de Louis XI. Ce roi fe flatta vainement d'avoir pour bru celle qu'il dépouillait : & ce grand politique manqua i'occafion d'unir au royaume la Franche- Comte & tous les Pays-Bas.

Les Gantois & le relie des Flamins , plus libres alors fous leurs fouverains , que les Anglais même ne le font aujourd'hui fous leurs rois , deilinèrent à leur princeffe , Maximilien , fils de l'empereur Frédéric LU.

Aujourd'hui les peuples apprennent les mariages de

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leurs princes , la paix & la guerre , les étabiifTemens des impôrs & toute leur deftinée, par une déclaration de leurs maîtres ; il n'en était pas ainfi en Flandre. Les Gantois voulurent que leur princefle épousât un Allemand, & ils firent couper la tête au chancelier de Marie de Bourgogne & à Imbercourt, Ton chambellan, parce qu'ils négociaient pour lui donner le dauphin de France. Ces deux miniftres furent exécutés aux yeux de la jeune princefïe, qui demandait en vain leur grâce à ce peuple féroce.

Maximilien appelle par les Gantois plus que par la princeiFe , vint conclure ce mariage comme un fimpîe gentilhomme qui fait fa fortune avec une héritière ; fa femme fournit aux frais de fon voyage , à fon équipage , à fon entretien. Iî eut cette princeffe , mais non fes états : il ne fut que le mari d'une fouveraine; & même lorfqu'après la mort de fa femme, on lui donna la tutelle de ,u |$ fon fils ; lorfqu;il eut Padrniniftration des Pays-Bas; lorf- £| qu'il venait d'être élu roi des Romains & Céfar, les habitans de Bruges le mirent quatre mois en prifon en 1488 , pour avoir violé leurs- privilèges. Si les princes ont abnfé louvent de leur pouvoir, les peuples n'ont pas moins abuféde leurs droits.

Ce mariage de l'héritière de Bourgopne avec Maximilien , fut la fourcede toutes les guerres qui ont mis pendant tant d'années la maifon de France aux mains avec celle d' "Autriche. C'eft ce qui produifit la grandeur de Charles- Quint ; c'efl ce qui mit l'Europe fur le point d'être affervie : & tous ces grands événemens arrivèrent, parce que. des bourgeois de Gand s'étaient opiniâtres à marier leur princefïe.

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