Chapitre V
fultait par des bulles. Les rois de France ne prétendaient rien à Rome. Ils étaient voifins & jaloux des empereurs qui voulaient dominer fur les rois. Us étaient donc les alliés naturels des papes. Auffi Pafchal IL vint en France , & implora le fecours du roi Philippe ï. Ses fucceifeurs en usèrent fouvent de même. Les domaines que poffédait le St. Siège , le droit qu'il réclamait en vertu des prétendues donations de Pépin & de Charle*magne , la donation réelle de la comtefTe Maihilde ,he faifaient point encor du pape un fouverain puiîfant. Toutes ces terres étaient eu conteftées ou pofTédées par d'autres. L'empereur foutena.it , non fans raifon , que les états de Mathilde lui devaient revenir comme un fief de l'empire ; ainfi les papes combattaient pour le fpirituel & pour le temporel. Pafchal IL nbbtint du roi Philippe que la permiflïon de tenir un concile à ^i Troyes. Le gouvernement était trop faible, trop divifé
pour lui donner des troupes. 3$
Henri V ayant terminé par des traités une guerre l^ de peu de durée contre la Pologne , fut tellement intéreîfer les princes de l'empire à foutenir fes droits, que ces mêmes princes , qui avaient aidé à détrôner fon père en vertu des bulles des papes , fe réunirent avec lui pour faire annuller dans Rome ces mêmes bulles.
Il defeend donc des Alpes avec une armée, & Rome fut encor teinte de fang pour cette querelle de la croiïe & de l'anneau. Les traités , les parjures , les excommunications & les meurtres fe fuivirent avec rapidité. Pafchal IL ayant folemnellement rendu les mvefîitures avec ferment fur l'évangiUe, fit annuler fen ferment par les cardinaux ; nouvelle manière de manquer à fa parole. Il fe biffa traiter de lâche & de prévaricateur en plein concile , afin d'être forcé à reprendre ce qu'il avait donné. Alors nouvelle irruption de l'empereur à R.ome ; car prefque jamais ces Ccfars n'y allèrent
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D 38 Essai sur les mœurs. n5
que pour des querelles ecdéfiaiiiques, dont la plus grande était le couronnement. Enfin sprès avoir créé , dépofë , chafTé, rappeilédes papes, Henri V. aura" fouvent excommunié que fon père , & inquiété comme lui par fes grands vaïTaux d'Allemagne , fut ob igé de terminer la guerre des inveftuures , en renonçant à cette crofTe & à cet anneau. Il fit plus j il le défifta folemnellement du droit que s^étaient attribué les empereurs, ainfi que les rois de France , de nommer aux évêchés , ou d'interpofer tellement leur autorité dans les élections , qu'ils en étaient abfolument les maîtres.
Il fut donc décidé da-jns un concile tenu à Rome, que les rcis ne donneraient plus aux bénéficiers canoniquement élus les inveilitures par un bâton recourbé, mais par une baguette. L'empereur ratifia en Allemagne les décrets de ce concile : ainfi finit cette guerre fan- 2j| glante & abfurde. Mais le concile , en décidant avec & || tant de mefures , avec quelle efpèce de bâton on don- ;^ J| nerait les évêchés , fe garda bien d'entamer la quef- 1 tion , fi l'empereur devait confirmer l'éiedion du pape ? fi le pane était fon vaflal ? fi tous les biens de la cemtelTe Mathilde appartenaient à l'églife ou à l'empire ? Il femblait qu'on tînt en réferve ces alimens d'une guerre nouvelle.
Après la mort de Henri F. qui ne laifTa point d'enfans, l'empire toujours é'.eclif , cft -conféré par dix électeurs à un prince de la maifan de Saxe : c'efl Loihain IL II y avoit bien moins d'intrigues & dedifeorde pour le trône impérial que pour la chaire pontificale; car quoiqu'en 10591m concile tenu pzrl\icc!ds2L eût ordonné que le pape ferait élu par les cardinaux éveques, nulle forme, nulle règle certaine n'était encor introduite dans les élections. Ce vice eiïemie! du gouvernement avait pour origine une inftitutian refpeclabie. Les premiers chrétiens tous égaux & tous cbfcurs, liés enfemb'e par la crainte commune aj. des màgiflrats, gouvernaient fecrétement leur fociété