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Chapitre V

pauvre & fainte à la pluralité des voix. Les richeffes ayant pris depuis la place de l'indigence, il ne reiïa de ia primitive églife que cette liberté populaire devenue quelquefois licence. Les cardinaux, évêques, prêtres & clercs qui formaient le confcii des papes , avaient une grande part à l'élection ; m^is le relie du clergé voulait jouir de fon ancien droit • le peuple croyait ion iuffrage néceiTaire : & toutes ces voix réunies n'étaient rien au jugement des empereurs.

Pierre de Léon , petit- fils d'un Juif très-opulent, fut élu par une[faclion ■ Innocent il. le fut par une autre. Ce fut encor une guerre civile. Le fils du Juif, comme le plus riche, relia maître de Rome, & fut protégé par Roger roi de Sicile, ( comme nous l'avons vu au chap. XLï.) l'autre, plus habile ck plus heureux, fut reconnu en France & en Allemagne.

C'eii ici un trait d'hiftoire qu'il ne faut pas négliger. Cet Innocent II. pour avoir le fufFrage de l'empereur , lui cède, à lui & à fes enfans , l'ufufruit de tous les domaines delà comteffe Mat/tilde, par un acte daté du 13 Juin I 133.. Enfn celui qu'on appellait le pape Juif étant mort, après avoir liège huit ans, Innocent II. fut poiTefTeur paiiîhîe ; il y eut quelques années de trêve entre l'empire 3z le facerdoce. L'enthoufiafme des croifades , qui était alors dans fa force, entraînait ailleurs les efprits.

Mais Rome ne fut pas tranquille. L'ancien amour de la liberté reproduifait de tems en tems quelques racines. Plufieurs villes d'Italie avaient profité de ces troubles pour fe mettre en républiques, comme Florence, Sienne, Bologne, Milan , Pavie. On avait les grands exemples de Gènes , de Venife, de Pife ; & Rome fe fouvenait d'avoir été la ville des Scipions. Le peuple rétablit une ombre de fénat, que les cardinaux avaient aboli. On créa un patrice au lieu de deux confuîs. Le nouveau fénat ^ fignifia au pape Lucius IL que la fouveraineté réfidait

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O 40 Essai sur les mœurs. £|

dans le peuple Romain , & que l'évêque ne devait avoir foin que de l'égîife.

Ces fénateurs s'e'cant retranchés au capitole , le pape Lucius les aiïiégea en perfonne. Il y reçut un coup de pierre à la tête, & en mourut quelques jours après.

En ce tems Arnaud de Brejcia , un de ces hommes à enrhouliafme , dangereux aux autres & à eux-mêmes, prêchait de ville en ville contre les richefTes immenfes des eccléiiaftiques & contre leur luxe. Il vint à Rome , où il t ouva les efprits difpufés à l'entendre. Il fe flattait de réformer les papes, & de contribuer à rendre Rome libre. Eugène III, auparavant moine à Citeaux & à Clerveaux, était alors pontife. St. Bernard lui écrivait -. « Gardez-vous des Romains : ils font odieux au ciel » & à la terre, impies envers Dieu, féditieux entre » eux, jaloux de leurs voifins , cruels envers les étran- » gers : ils n'aiment perfonne , & ne font aimés de £5 » perfonne , & voulant fe faire craindre de tous , ils i£ * » craignent tout le monde, &c.» Si on comparait ces antithèfes de St. Bernard avec la vie de tant de papes, on exeuferait un peuple qui portant le nom de Romain , cherchait à n'avoir point de maître.

Le pape Eugène III. fut ramener ce peuple , accoutumé à tous les jougs. Le fénat fubfifta encor quelques années. Mais Arnaud de Brefcia , pour fruit de fes fermons , fut brûlé à Rome fous Adrien IV. Deftinée ordinaire des réformateurs qui ont plus d'indiferétion que de puilîance.

Je crois devoir obferver que cet Adrien IV. né Anglais , était parvenu à ce faîte des grandeurs du plus vil état où les hommes puisfent naître. Fils d'un mandiant, & mandiant lui-même, errant de pays en pays avant de pouvoir être reçu valet chez des moines de Valence en Dauphiné, il était enfin devenu pape.

On n'a jamais que les fentimens de fa fortune préfente. Adrien IV. eut d'autant plus d'élévation dans l'efprit ,

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