CHAPITRE SIXIEME
De Frédéric Barberousse. Cérémonies du couronnement des empereurs & des papes. Suite de la liberté t ail que contre la puijfance allemande. Belle p $'. conduite du pape Alexandre III. vainqueur de ||
l'empereur par la politique, & bienfaiteur du genre 'p humain.
\. Egwait alors en Allemagne Frédéric I, qu'on nomme communément Barberouffe, élu après la mort de Conrad III. fon oncle, non-feuîement pas les feigneurs Aîlemans, mais au(fi par les Lombards qui dînèrent cette fois leurs fuffrages. Frédéric était un homme comparable à Othon & à Charlemagne. Il fallut aller prendre à Rome cette couronne impériale , que les papes donnaient à la fois avec fierté & avec regret , voulant couronner un vaffal , & affligés d'avoir un maîrre. Cette fituarion toujours équivoque des papes, des empereurs, des Romains , & des principales villes d'Italie, faifait répandre du fang à chaque couronnement d'un Céfar. La coutume était que quand l'empereur s'approchait pour fe faire couronner , le pape fe fortifiait , le peuple an fe cantonnait, l'Italie était en armes. L'empereur pro-
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■ ■ * 42 ESSAï SUR LES MŒURS.
mettait qu'il n'attenterait ni à !a vie , ni aux membres , ni à l'honneur du pape , des cardinaux & des magifrrats : le pape de fcn coté fallait le même ferment à l'empereur .& à fes officiers. Telle était alors la confufe anarchie de i'Occident chrétien , que les deux premiers perfonnages de cette petite partie du monde . l'un fe vantant d'être le fucceffeur des Céfars ,. l'autre le fucceffeur de Jesus-Christ , & l'un devant donner l'onction facrée à l'autre ; tous deux étaient obligés de jurer qu'ils ne feraient point affaffinspour le tems de la cérémonie. Un chevalier armé de toutes pièces , fit ce ferment au pontife Adrien IV. au nom de l'empereur , <k le pape rit fon ferment devant le chevalier.
Le couronnement ou exaltation des papes était accompagné alors de cérémonies auifi extraordinaires , & qui tenaient de la (implicite plus encor que de la barbarie. On pofait d'abord le pape élu , fur une chaife percée , appellée (lercoriarium , errfuite fur un fiége de porphire, fur lequel on lui donnait deux clefs; de là fur un trcifième fiége , où il recevait douze pierres de couleur. Toutes ces coutumes que le tems avait introduites, ont été abolies par le tems. Quand l'empereur Frédéric eut fait fon ferment, le pape Adrien IV. vint le trouver à quelques milles de Rome.
Il c%ait établi par le cérémonial romain , que l'empereur devait fe proilerner devant le pape , lui baifer les pieds , lui tenir Terrier , Ce conduire la haquenée blanche du St. Père par 'a bride l'efbace de neuf pas romains. Ce n'était pas ainfî que les papes avaient reçu Charlemagne. L'empereur Frédéric trouva le cérémonial outrageant , & refufa de >s-y foumettre, Alors tous les cardinaux s'enfuirent , comme fi le prince par un facrilége avait donné le fignal d'une guerre civile. Mais la chancellerie romaine , qui tenait régHlre de tout , lui fit voir que Ces prédéceifeurs avaient rendu ces devoirs. Je (L ne fais fi aucun autre empereur que Lothaire U. fucceffeur ■&
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