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Chapitre VI. 43 il

de Henri V. avait mené le cheval du pape par la bride. La cérémonie de baifer les pieds , qui était d'ufage , ne révoltai point la fierté de Frédéric ; & celle de, îa bride & de Terrier l'indignait , parce qu'elle parut nouvelle. Son orgueil accepta enfin ces deux prérendus affronts , qu il n'envifagea que comme de vaines marques d'humilité chrétienne , & que îa cour de Rome regardait comme des preuves de ïujeraon.

Les députés du peuple Romain, devenus aufTi plus hardis depuis que prefque toutes les villes de l'Italie avaient fonné le tocfin de la liberté , voulurent traiter de leur coté avec l'empereur ; mais ayant commencé leur harangue en difant : « Grand roi , nous vous avons fait » citoyen & notre prince , d'étranger que vous étiez : » l'empereur fatigué de tous côtés de tant d'orgueil , leur impofa filence , & leur dit en propres mots : « Rome » n'efl plus ce qu'elle a été , il n'ell pas vrai que vous » m'ayez appelle & fait votre prince : Ckarkmagne & » Gthon vous ont conquis par la valeur : je fuis votre » maître par une poîïeiïion légitime. » Il les renvoya ainfi, & fut inauguré hors des murs par le pape , qui lui mit le fceptre & l'épée en main & la couronne fur la tête.

On favait fi peu ce que c'était que l'empire , toutes les prétentions étaient fi contradictoires , que d'un côté le peuple Romain fe fouleva , & il y eut beaucoup de fangverfé, parce que le pape avait couronné l'empereur fans l'ordre du fénat & du peuple ; - & de l'autre côté le pape Adrien écrivait dans toutes fes lettres , qu'il avait conféré à Frédéric le bénéfice de l'empire Romain , benefic'wm imperii Romani. Ce mot de beneficium lignifiait un fief à la lettre. Il fit de plus expofer en public à Rome un tableau qui repréfentait Lothaire IL aux genoux du pape Alexandre IL tenant les mains jointes entre celles du pontife , ce qui était la marque M

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dillinctive de la vaflalité. L'infcription du tableau était :

Rex vcnit ante fores , jurans prias urbis honoré*'. Pofi komo fit papœ. , fumit quo dante coronam.

» Le roi jure à la porte le maintien des honneurs de » Rome , & devient vaffal du pape qui lui donne la cou- » ronne. »

Frédéric f étant à Befançon , ( car ce que nous nommons la Franche-Comté , refte du royaume de Bourgogne , appartenait à Frédéric par fon mariage ) apprit ces attentats , & s'en plaignit. Un cardinal préfent répondit : Eh de qui tient-il donc l'empire , s'il ne le » tient du pape ? » Othon comte palatin fut prêt de le percer de l'épée de l'empire , qu'il tenait à la main. Le cardinal s'enfuit , le pape négocia. Les Allemans tranchaient tout alors par le glaive , & la cour Romaine

J?, fe fauvait par des équivoques.

^ Roger , vainqueur en Sicile des mufuîmans , & au

royaume de Naples des chrétiens , avait en baifant les pieds du pape Urbain IL fon prifonnier , obtenu de lui l'inveftiture , & avait fait modérer la redevance à fix cents bejans d'or ou fquifates , monnoie qui vaut environ dix livres de France d'aujourd'hui. Le pape Adrien , en 1156 , aiTiégé par Guillaume , lui céda jûfqu'à des prétentions eccléliafliques. Il confentit qu'il n'y eut jamais dans rifle de Sicile , ni légation ni appellation au St. Siège , que quand le roi le voudrait ainfi, C'eit depuis ce tems que les rois de Sicile , feuls rois vaiTaux des papes, font eux-mêmes d'autres papes dans cette ifle. Les pontifes de Rome, ainfi adorés & maltraités, reiTemblaient , fi on ofe le dire , aux idoles que les Indiens battent pour en obtenir des bienfaits.

Adrien IV. fe dédommageait avec les autres rois qui avaient befoin de lui. Il écrivait ainfi au roi d'Angleterre Henri IL » On ne doute pas , & vous le favez , que » l'Irlande & toutes les ifles qui ont reçu la foi , appar-

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j) tiennent à l'églife de Rome : or fi vous voulez entrer » dans cette ifle pour en chafTer les vices , y faire ob- » ferver les loix , & faire payer le denier de St. Pierre , » par an pour chaque maifon , nous vous l'accordons » avec plaiflr. »

Si quelques re'flexions me font permifes dans cet effai fur l'hifloire de ce monde , je confidère qu'il eft bien étrangement gouverné. Un mandiant d'Angleterre , devenu évêque de Rome , donne de fon autorité rifle d'Irlande à un homme qui veut l'ufurper. Les papes avaient foutenu des guerres pour cette invefciture par la croffe & l'anneau , & Adrien IV. avait envoyé au roi Henri IL un anneau en figne de l'invefriture de l'Irlande. Un roi qui eût donné un anneau en conférant une prébende , eût été facrilége.

L'intrépide activité de Frédéric BarberouJJe fumTait à peine pour fubjuguer , & les papes qui contenaient l'empire , & Rome qui refufait le joug , & toutes les villes d'Italie qui voulaient la liberté. Il fallait réprimer en même tems la Bohême qui l'inquiétait , les Polonais qui luifaifaient la guerre. Il vint à bout de tout. La Pologne vaincue fut érigée par lui en royaume tributaire. Il pacifia la Bohême , érigée déjà en royaume par Henri IV, en ioS6\ On dit que le roi de Dannemarck reçut de lui l'inveftiture. Il s'alfura de la fidélité des princes de l'empire, en fe rendant redoutable aux étrangers, & revola dans l'Italie, qui fondait fa liberté fur les embarras du monarque. 11 la trouva toute en eonfufion, moins encor par ces efforts des villes pour leur liberté , que par cette fureur départi ., qui troublait , comme vous l'avez vu, toutes les élections des papes.

Après la mort d'Adrkn IV. deux factions éiifent en tumulte ceux qu'on nomme Viclor IL & Alexandre III. Il fallait bien que les alliés de l'empereur reconnurent le même pape que lui , & que les rois jaloux de l'empereur reconnurent l'autre. Le fcandale de Rome était

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Essai sur les mœurs.

donc néceflairement le fignal de la divifion de l'Europe. Victor II. fut le pape de Frédéric Barberouffe. L'Allemagne, h Bohême , la moitié de l'Italie lui adhérèrent. Le refle reconnut Alexandre. Ce fut en l'honneur de cet Alexandre que les Milanais , ennemis de l'empereur , bâtirent Alexandrie. Les pamfans de Frédéric voulurent en vain qu'on la nommât Céfarée; mais le nom du pape prévalut, & elle fut nommée Alexandrie de la paille ; furnom qui fait fentirla différence de cette petite ville, & des autres de ce nom3 bâties autrefois en l'honneur du véritable Alexandre.

Heureux ce fiècle s'il n'eût produit que de telles disputes ! Mais les Allemans voulaient toujours dominer en Italie, & les Italiens vottfaïetit être libres. Us avaient certes un droit plus naturel a la liberté qu'un Allemand n'en avait cYëzre leur maître.

Les Milanais donnent l'exemple. Les bourgeois, devenus foldats , Surprennent vers Lodi les troupes de l'empereur & les battent. S'ils avaient été fécondés par les autres villes , l'Italie prenait une face nouvelle. Mais Frédéric rétablit fon armée. Il afïïége Milan. Il condamne par un édit les citoyens à la Servitude , fait rafer les murs & lts îmifons , & femer du fel fur leurs ruines. C'était bien jufhfier les papes que d'en ufer ainfi. Brefcia , Plaifance , furent démantelées par le vainqueur. Les autres villes qui avaient afpiré à la liberté , perdirent leurs privilèges. Mais le pape Alexandre , qui les avait toutes excitées , revint à Rome après la mort de fon rival. Il rapporta avec lui la guerre civile. Frédéric fit élire un autre pape , & celui-ci mort , il en fit nommer encor un autre. Alors Alexandre III. fe réfugie en France , aille naturel de tout pape ennemi d'un empereur : mais le feu qu'il a allumé , reire dans toute fa force. Les villes d'Italie fe liguent enfemble pour le maintien de leu.r liberté, Les Milanais rebâtiiTent Milan malgré l'empereur. Le pape enfin en négociant fut plus

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