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Chapitre VIII

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marcherait à l'armée , fous la bannière du faint de fon égtife , comme les rois marchaient eux-mêmes fous la bannière de St. Denis. Piufieurs ferfs, alors affranchis, devinrent citoyens • & les citoyens eurent le droit d'élire leurs officiers municipaux, leurs échevins & leurs maires. C'eft vers les années 1137 & 1138 qu'il faut fixer cette époque du rétabliffernent de ce gouvernement municipal des cités & des bourgs. Henri II. roi d'Angleterre, donna les mêmes privilèges à piufieurs villes pour en tirer de l'argent, avec lequel il pourrait lever des troupes.

Les empereurs en usèrent à-peu --près de même en Allemagne. Spire par exemple, acheta en 11 66 le droit de fe choifir des bourguemaîtres , malgré l'évêque qui s'y oppofa. La liberté naturelle aux hommes , renaquit du befoin d'argent où étaient les princes. Mais cette liberté n'était qu'une moindre fervkude en comparaifon de ces villes d'Italie qui alors s'érigèrent en républiques. L'Italie citérieure fe formait fur le plan de l'ancienne Grèce. La plupart de ces grandes villes libres 8c confédérées femblaient devoir former une république refpecfable; mais de petits & de grands tyrans la détruifirent bientôt.

Les papes avaient à négocier à la fois avec chacune de ces villes, avec le royaume deNaples, l'Allemagne, la France , l'Angleterre & l'Efpagne. Tous eurent avec les papes des démêlés, & l'avantage demeura toujours au pontife.

Le roi Louis le Jeune en 1 14a ayant donné l'exclufion à un de fes fujets, nommé Pierre la Châtre , pour l'évêché de Bourgogne , l'évêque , élu malgré lui , & foutenu par Rome , mit en interdit les domaines royaux de fon évêché : de là fuit une guerre civile ; m?,is elle ne finit que par une négociation, en reconnoifiant l'évêque, & en priant les papes de faire lever l'interdit. 31. Les rois d'Angleterre eurent bien d'autres querelles

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avec l'églife. Un des rcis dont la mémoire eft le plus refpeâee chez les Anglais, eft Henri I. le troifiéme roi depuis h conquête, qui commença à régner en I ioo. Ils lui fa vent bon gré d'avoir aboli la loi du couvre-feu, qui les gênait. Il fixa dans fes états les mêmes poids & les mêmes melures , ouvrage d'un fage légiflateur , qui fur aîfément exécuté en Angleterre, & toujours inutilement propofé en France. Il confirma les loix de SuEdouard, que ion père 'juillaume le Conquérant avait abrogées. Enon , pour mettre le clergé dans fës intérêts, il renonça au droit de régale qui lui donnait lufufruit des bénéfices vacans : droit que les rois de France ont conlervé.

Il figna fur-tout une charte , remplie de privilèges qu'il accordait à la nation : première origine des libertés d'Angleterre , tant accrues dans la fuite. Guillaume le Conqu'érani fon père avait traité les Anglais en efciaves, M qu'il ne craignait pas. Si Henri fon fils les ménagea t-,nt , K\ C'eil qu'il en avait befoin. Il était cadet, il ravilfcit le fceptre à fon aine Robert. Voilà ta fource de tant d'indulgence. Mais tout adroit & tout maître qu'il était , il ne put empêcher fon clergé & Rome de s'élever contre lui pour ces mêmes invefiitures. Il fallut qu'il s'en défiftât , & qu'il fe contentât de l'hommage que les évêques lui faifaient pour le temporel.

La France était exempte de ces troubles; la cérémonie de la eroffë n'y avait pas lieu , &: on ne peut attaquer tout le monde à la fois.

Il s'en fallait peu que les évêques Anglais ne fuffent princes temporels dans leurs évêchés : du moins les plus grands vaîfdux de la couronne ne les furpaffaient pas en grandeur & en richeffes, Sous Etienne , fucceffeur de Henri I. un évêque de Salisburi, nommé Roger, marié & vivant publiquement avec celle quTil reconnaiffait pour fa femme, fait la guerre au roi fon fouverain ; & dans un de fes châteaux pris pendant cette guerre, on trouva, dit-on, quarante mille marcs d'argent : fi ce

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font des marcs, des demi-livres, c'eït une fomme exorbitante; fi ce font des marques, des écus, c'eft encor beaucoup dans un tems où l'efpèce était û rare.

Après ce règne d'Etienne, troublé par des guerres civiles, l'Angleterre prenait une nouvelle force fous Henri IL qui réunifiait la Normandie , l'Anjou , la Touraine , la Saintonge , le Poitou , la Guienne avec l'Angleterre , excepté Cornouaille non encor foumife. Tout y était tranquille , lorfque ce bonheur fut troublé par la grande querelle du roi & de Thomas Becquet, qu'on appelle Si, Thomas de Cantorberi.

Ce Thomas Becquet, avocat, élevé par le roi Henri IL à la dignité dé chancelier, & enfin à celle d'Archevêque de Cantorberi, primat d'Angleterre & légat du Saint Siège , devint l'ennemi de la première perfonne de l'état , dès qu'il fut la féconde. Un prêtre commit un meurtre. Le primat ordonna qu'il ferait feulement privé de fon bénéfice. Le roi indigné lui reprocha qu'un laïque en cas pareil étant puni de mort , c'était inviter les eccléfiaftiques au crime que de proportionner ii peu la peine au délit. L'archevêque foutint qu'aucun éccléfiaftique ne pouvait être puni de mort , & renvoya fes lettres de chancelier pour être entièrement indépendant. Le roi dans un parlement propofa qu'aucun évêque n'allât à Rome , qu'aucun fujet n'appeliât au Si. Siège , qu'aucun vafTal & officier de la couronne ne fût excommunié & fufpendu de fes fondions , fans permiflion du fouveiain; qu'enfin les crimes du clergé fufî'ent fournis aux juges ordinaires. Tous les pairs féculiers pafsèrent ces propofirions ; Thomas Becquet les rejeta d'abord. Enfin il figna des loix Ci jufles ; mais il s'accufa

auprès du pape d'avoir trahi les droits de l'égiife

Sir

promit de n'avoir plus de telles compïaifances.

Accufé devant les pairs d'avoir malverfé pendant qu'il était chancelier, il refufa de répondre , fous prétexte qu'il était archevêque, Condamné à la prifon, comme p £

féditieux,par les pairs eccléfiaftiques & féculiers , il s'enfuit en France , & alla trouver Louis le Jeune , ennemi naturel du roi d'Angleterre. Quand il fut en France , il excommunia la plupart des feigneurs qui compofaient le confeil de Henri. Il lui écrivait, Je vous dois, à la vérité, révérence comme à mon roi, mais je vous dois châtiment comme à mon fils ffuituel. Il le menaçait dans fa lettre d'être changé en bête comme Nabucodonofor, quoiqu'après tout il n'y eût pas un grand rapport entre Nabucodonofor & Henri II.

Le roi d'Angleterre fit tout ce qu'il put pour engager l'archevêque à rentrer dans fon devoir. Il prit dans un de fes voyages Louis le Jeune fon feigneur fuzerain pour arbitre : « Que l'archevêque , dit-il à Louis en propres » mots, agiffe avec moi comme le plus faint de fes » prédéceffeurs en a ufé avec le moindre des miens, » & je ferai fatisfait. » Il fe fit une paix fimulée entre |I le roi & le préiat. Becquet revint donc en Angleterre; mais il n'y revint que pour excommunier tous les eccléfiaftiques, évêques , chanoines, curés, qui s'étaient déclarés contre lui. Ils fe plaignirent au roi , qui était alors en Normandie. Enfin Henri II. outré de colère, s'écria : « Eft-il poiïible qu'aucun de mes ferviteurs ne me ven- » géra de ce brouiUon de prêtre ? »

Ces paroles plus qu'indifcretes femblaient mettre le poignard à la main de quiconque croirait le fervir en affafïinant celui qui ne devait être puni que par les loix.

Quatre de fes domefiiques allèrent à Kenterburi , que nous nommons Cantorberi; ils aiTommèrent à coups de maffue l'archevêque au pied de l'autel. Ainfi un homme qu'on aurait pu traiter de rebeiie , devint un martyr ; & le roi fut chargé de la honte & de l'horreur de ce meurtre.

L'hiftoire ne dit point quelle juftice on fit de ces quatre aflaihns : il femb'e qu'on n'en ait fait que du roi.

On a déjà vu comme Adrien IV. donna à Henri îl.

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