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Chapitre VIII

la permiiîîon d'ufurper l'Irlande. Le pape Alexandre IIL fucceiïeur d'Adrien IV. confirma cette permiiîîon , à condition que le roi ferait ferment qu'il n'avait jamais commandé cet aifa'finat , & qu'il irait pieds nuds recevoir la difcipline fur le tombeau de l'archevêque pnr la main des chanoines. Il eût été bien grand de donner l'Irlande , fi Henri avait eu le droit de s'en emparer , & le pape celui d'en difpofer. Mais il était plus grand de forcer un roi puiflant & coupable à demander pardon de fon crime.

Le roi alla donc conquérir l'Irlande; c'écait un pays fauvage qu'un comte de Pembroke avait déjà fubjugué en partie avec douze cents hommes feulement. Ce comte de Pembroke voulait rerenir fii conquête. Henri 111. plus fort que lui & muni d'une bulle du pape , s'empara aifément de tout. Ce paysefl: toujours refté fous la domination de l'Angleterre , m^is inculte , pauvre & inutile , jufqu'à ce qu'enfin dans le dix - huitième fiècîe £ 1'agri.culture, les manufactures, les arts, les feiences , tout s'y eft perfectionné , & l'Irlande quoique fubjuguée, eu devenue une des plus floriiTantes provinces de l'Europe.

Henri H. contre lequel fes enfans fe révoltaient , accomplit fa pénitence après avoir fubjugé l'Irlande. Il renonça folemnellement à tous les droits de la monarchie qu'il avait foutenu contre Becqw.t. Les Anglais condamnent cette renonciation , & même fa pénitence. Il ne devait certainement pas céder fes droits , mais il devait fe repentir d'un aflaflinat ; l'intérêt' du »enre humain demande un frein qui retienne les fouverains , & qui mette à couvert la vie des peuples. Ce frein de la religion aurait pu être par une convention univerfelle dan la main des papes , comme nous l'avons déjà remarqué. Ces premiers pontifes en ne fe mêlant des querelles temporelles que pour les appaifer , en avertifiant les rois & les peuples de leurs devoirs , en reprenant leurs' \. J EJfai, &c. Tom. II. M

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crimes , en réfervant les excommunications pour les grands attentats, auraient toujours été regardés comme des images de Dieu fur la terre , mais les hommes font réduits à n'avoir pour leur de'fenfe que les loix & les mœurs de leur pays : loix fjuvent mépriiées , & mœurs fou vent corrompues.

L'Angleterre fut tranquille fous Richard Cœur de lion , fils & fucceffeur de Henri II. Il fut malheureux par les croifades ; mais fon pays ne le fut pas. Richard eut avec Philippe - Augufle quelques - unes de ces guerres , inévitables entre un fuzerain & un vaflal puiiTant. Elles ne changèrent rien à la fortune de leurs états. Il faut regarder toutes les guerres pareilles entre les princes chrétiens comme des tems de contagion , qui dépeuplent des provinces fans en changer les limites , les ufages & les mœurs. Ce qu'il y eut de plus remarquable dans ^i ces guerres , c'efè que Richard enleva, dit-on, à Philippe- |J| Augujîe fon chartrier qui le fuivait par-tout ; il contenait un détail des revenus du prince , une lifie de fes vaffaux , un état des ferfs & des affranchis. Le roi de France fut obligé de faire un nouveau chartrier , dans lequel fes droits furent plutôt augmentés que d'iminués. Un autre fait digne d'attention, c'efi la captivité d'un évêque de Beauvais , pris les armes à la main par le roi Richard. Le pape Cêlefttn III. redemanda l'évêque : Rende'-moi mon fils , écrivait-il à Richard. Le roi en envoyant au pape la cuiraffe de l'évêque , lui répondit par ces paroles de l'hiftoire de Jofeph : « Connaiiïez-vous » la tunique de votre fils ? »

Il faut obferver encore à l'égard de cet évêque guerrier , que fi les loix des fiefs n'obligeaient pas les évêques à fe battre , elles les obligeraient pourtant d'amener leurs vaffjux au rendez- vous des troupes.

Philippe- A ugiifîe faifit le temporel des évêques d'Orlésns & d'Àuxerre, pour n'avoir pas rempli cet abus , devenu un devoir. Ces évêques condamnés commen-

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cèrent par mettre le royaume en interdit , & finirent par demander pardon.

Nous verrons dans les croifades les autres aventures de Richard Cœur de lion. Jean Sans Terre , fon frère , qui luifuccéda , devait être le plus grand terrien de l'Europe ; car outre les domaines de fon père , il eut encor la Bretagne, qu'il ufurpa fur le prince Artur fon neveu, à qui cette province était échue par fa mère. Mais pour avoir voulu ravir ce qui ne lui appartenait pas , il perdit tout ce qu'il avait , & devint enfin un grand exemple qui doit intimider les mauvais rois. Il commença par s'emparer de la Bretagne , qui appartenait à fon neveu Artur. Il le prit dans un combat , il le fit enfermer dans la tour de Rouen, fans qu'on ait jamais pu favoir ce que devint ce jeune prince. L'Europe accufa avec raifon le roi Jean de la mort de fon neveu.

Heureufement pour l'inftruc~tion de tous les rois , on peut dire que ce premier crime fut te. caufe de tous fes malheurs. Les loix féodales , qui d'ailleurs faifaient |£ naître tant de défordres , furent fignalées ici par un exemple mémorable de juftice. La comtefTe de Bretagne, jl mère d' Artur , fit préfenter à la cour des pairs de France j| une requête, fignée des barons de Bretagne. Le roi !| d'Angleterre fut fommé par les pairs de comparaître. La ! citation lui fut fignifiée à Londres par des fergens-d'armes. Le roi acculé envoya un évêque demander à Thilippe-AuguJie un fauf-conduit. Qu'il vienne, dit le roi , il le peut. Yaura-t-il fureté pour le retour ? demande Tévêque. Oui , fi le jugement des pairs le permet , répondit le roi. L'accufé n'ayant point comparu , les pairs de France le condamnèrent à mort , & déclarèrent toutes les terres fuuées en France acquifes & confifquées au roi. Mais qui étaient ces pairs qui condamnèrent un roi d'Angleterre à mort ? ce n'étaient peint les eccléfiaftiques, îefquels ne peuvent affifter à un jugement criminel. On ne dit point qu'il y eut alors à Paris un comte

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de Touloufe , & jamais on ne vit aucun acïe de pairs figné par ces comtes. Baudouin IX. comte de Flandres était alors àdonftantinopîe où il briguait les débris de l'empire d'Orient. Le comte de Champagne était mort , & ta fucceiîîon était difputée. C'était l'accufé lui-même qui était duc de Guienne & de Normandie. L'affemblée des pairs fut compofée des hauts barons relevans immédiatement delà couronne. C'eit un point très-important que nos hilloriens auraient dû examiner, au lieu de ranger à leur gré des armées en bataille , & de s'appefantir iur les fiéges de quelques châteaux qui n'exifrent plus.

On ne peut douter que l'afîemblée des pairs barons Français qui condamna le roi d'Angleterre, ne fût cellelà même qui était convoquée alors à Melun pour régler les loix féodales Jiabilimenîum feudorium. Eudes duc de Bourgogne y préfidait feus le roi Thilippe-Augujle. 7^} On voit encor au bas des Chartres de cette aiïembîée les S noms d' Hervé comte de Nevers , de Renaud comte de M Boulogne , de Gaucher comte de St. Paul , de Gui de il Dampierre. Et ce qui eit très-remarquable , on n'y il trouve aucun grand officier de la couronne.

Philippe fe mit bientôt en devoir de recueillir le fruit }| du crime du roi fon vaffaï. il paraît que le roi Jean était h du naturel des rois tyrans & lâches. Il fe laiffa prendre il la Normandie , la Guienne, le Poitou , & fe retira en || . Angleterre , où il était haï & méprifé. lî trouva d'abord quelque refiource dans la fierté de la nation Anglaife, H indignée de voir fon roi condamné en France ; mais les barons d'Angleterre fe lafsèrent bientôt de donner de l'argent à un roi qui n'en favait pas ufer. Pour comble de malheur , Jean fe brouillaavec la coût de Rome peur un archevêque de Cantorberi , que le pape voulait nommer de fon autorité malgré les loix.

Innocent III. cet homme fous lequel le St. Siège j! . fut iï fotmidsble , mit l'Angleterre en interdit , & dé- 3! fendit à tous les fujets de Jean de lui obéir. Cette foudre

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