Chapitre VIII
eccléfiailique était en effet terrible ; parce que le pape la remettait entre les mains de Philippe- A ugufte , auquel il transféra le royaume d'Angleterre en héritage perpétuel , l'aflurant de la rémifilon de tous fes péchés , s'il réunifiait à s'emparer de ce royaume. Il accorda même pour ce fujet les mêmes indulgences qu'à ceux qui allaient à la terre fainte. Le roi de France ne publia pas alors qu'il n'appartenait pas au pape de donner des couronnes. Lui-même avait été excommunié quelques années auparavant, en 11 99, & fon royaume avait aufïi été mis en interdit par ce même pape Innocent III, parce qu'il avait voulu changer de femme. Il avait déclaré alors les cenfures de Rome infolentes & abuiives. Il avait faifi le temporel de tout évêque & de tout prêtre afTez mauvais Français pour obéir au pape. Il penfa tout différemment quand il fe vit l'exécuteur d'unebulle qui lui donnait l'Angleterre. Alors il reprit fa femme, dont le divorce lui avait attiré tant d'excommunications , & ne fongea qu'à exécuter la fèntence de Rome. Il employa une année à faire conflruire dix-fept cents vaiiTeaux } ( c'efl-à-dire mil fept cents grandes barques , ) & à préparer la plus belle armée qu'on eût jamais vue en France. La haine qu'on portait en Angleterre au roi Jean , valait au rci Philippe encor une autre armée. F 'ktlippe- Aiigv fie était prêt de partir : & Jean de fon côté faifait nn dernier effort pour le recevoir. Tout haï qu'il était d'une partie de la nation , l'éternelle émulation des Anglais contre la France , l'indignation contre le procédé du pape, les prérogatives de la couronne toujours puifTantes , lui donnèrent enfin pour quelques femaines une armée de près de foixante mille hommes , à la tête de laquelle il s'avança jufqu'à Douvres- poux recevoir celui qui l'avait jugé en France , & qui devait le détrôner en Angleterre. L'Europe s'attendait donc à une bataille décilive entre les deux rois 5 lorfque le pape les joua tous deux & prit adroitement pour lui ce qu'il avait donné à Philippe.
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O 6d Essai sur les mœurs.
Un fous-diacre ion domef tique , nommé PandoIfey le'gat en France & en Angleterre , confomma cette Singulière négociation, il parle à Douvres , fous prétexte de négocier avec les barons en faveur du roi de France. Il voit le roi Jean : « Vous êtes perdu , dit-il : l'armée Fran- » eàife va mettre à la voite,la vôtre va vous abandonner: » vous n'avez qu'une refïburce, c'efl de vous en rappor- » ter entièrement au St. Siège. » Jean y confentit , en fit ferment , & feize barons jurèrent la même chofe fur i'ame du roi. Etrange ferment, qui les obligeait à faire ce qu'ils ne fivaient pas qu'on leur propoferait. L'artificieux Italien intimide tellement le prince , difpofa fi bien les barons, qu'enfin le 15 Mai 12.13, ^ms lamaifon des chevaliers du temple au faubourg de Douvres , le roi à genoux , mettant fes mains entre celle du légat, prononça ces paroles :
« Moi Jean par la grâce de Dieu roi d'Angleterre X » & feigneur d'Bibernie , pour l'expiation de mes pé- » chés ik de ma pure volonté, & de l'avis de mes » barons , je donne à l'églife de Rome, au pape Innocent, » à fes fuccefleurs , les royaumes d'Angleterre & d'Ir- » lande, avec tous leurs droits: je les tiendrai comme » vaifal du pape; je ferai fidèle à Dieu , à l'églife » romaine , au pape mon feigneur & à fes fuccefTeurs » légitimement élus. Je m'oblige de lui payer une rede- » varice de mille marcs d'argent par an , favoir fept » cents pour le royaume d'Angleterre ck trois cents pour » l'Hibernie.
Alors on mût de l'argent entre les mains du légat comme premier paiement de la redevance. On lui remit la couronne & le fceptre. Le diacre Italien foula l'argent aux pieds , & garda la couronne & le fceptre cinq jours. Il rendit enfuite ces ornemens au roi , comme un bienfait du pape leur commun maître.
Philippe Augiijie n'attendait à Boulogne que le retour du légat pour fe mettre en mer, Le légat revient à lui
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