JA
Jiï&,S$^^Mie-~*~— » , , jAA.(^f, g£
ioo Essai sur les mœurs.
dans l'autre. Les Maures aiïerviiTent ies Vifigoths conquérans de l'Efpagnc, tandis que d'autres Arabes étendaient leurs conquêtes dans la Perfe , dans l'Afie-Mineure, en Syrie, en Egypte. Les Turcs viennent du bord oriental de la mer Cafpienne , & partagent les états conquis par les Arabes. Les croifés de l'Europe inondent la Syrie en bien plus grand nombre que toutes ces nations enfernble n'en ont jamais eu dans leurs émigrations, tandis que le Tartare' Gengis-kan fubjugue la Haute Aûe. Cependant au bout de quelque tems il n'eft refté aucune trace des conquêtes des croifés. Gengis, au contraire, ainfi que les Arabes, les Turcs, Se les autres, ont fait de grands établiffemens loin de leur patrie. Il fera peut-être aile de découvrir les raifons du peu de fuccès des croifés.
Les mêmes circonflances produifent les mêmes effets. On a vu que quand les fucceifeurs de Mahomet eurent [\ $Jl conquis tant d'états , la difeorde les divifa. Les croifés i£ 4 éprouvèrent un fort à-peu-près femblabîe. Ils conquirent moins , 8z furent divifés plutôt. Voilà déjà trois petits états chrétiens formés tout-d'un-ccup en Afie , Antioche , Jérufalem & EdeiTe. Il s'en forma quelques années après un quatrième ; ce fut celui de Tripoli de Syrie, qu'eut le jeune Btrirand , fils du comte de Touloufe. Mais pour conquérir Tripoli, il fallut avoir recours au:: vaiffeaux des Vénitiens. Ils prirent alors part à la croif:de , & fe firent céder une partie de cette nouvelle conquête.
De tous ces nouveaux princes qui avaient promis de faire hommage de ieurs acquittions à l'empereur Grec; aucun ne tin: fapromeffe, & tous furent jaloux ies uns des autres. En peu de tems, ces nouveaux états divifés & fubdivifés paisèrent en beaucoup de mains différentes, il s'éleva , comme en France, de petits feigneurs , des comtes de Joppé, des marquis de Galiiee, Il de Sidon , d'Acre , de Céfarée. Soliman qui avait perdu JB
j£ ^iw "■— '■—■ ■»•"■"■ f* ^rr-^J^^sv
O Chapitre XIII. 101 O
Antioche & Nicée , tenait toujours la campagne, habitée d'ailleurs par des colons mufulmans ; & fous Soliman , & après lui on vit dans l'A fie un. mélange de chrétiens, de Turcs, d'Arabes, fe faifant tous la guerre. Un château turc était voiiin d "un château chrétien, de même qu'en Allemagne les terres des proteftans & des catholiques font enclavées les unes dans les autres.
De ce million de croifés bien peu reliaient a'ers. Au bruit de leurs- fuccès , groffis par la renommée, de n du veaux e.faims partirent encor del Occident. Ce prince Mugues , frère de Philippe I. ramena une nouvelle multitude,, groiiie. par des Italiens & des Aîîemans. On en compta trois cent mille ; mais en. rédulfant ce nombre aux deux tiers , ce font encor deux cent mille hommes qu'il en. coûta à la chrétienté. Ceux-là furent traités, vers Conxbntinopîe à-peu-près comme les fui.varis de Pierre Vhcrtn'ïie. Ceux qui abordèrent en Afie , furent détruits par Soliman • & le prince Hugues mourut prefqu'abandonné dans l'Afie-Mineure.
Ce qui prouve encor, ce me fem-bîe, l'extrême faibîeiTe de la principauté de Jérufalem , c'efi l'érahliffement de ces religieux foldats , templiers & hofpka'iers. Il faut bien que ces moines, fondés d'abord pour fervir les malades, ne fufîent pas en fureré, puifqu'ils prirent les armes. D'ailleurs,, quand h fociéré générale eil bien gouvernée,, on ne fait gucEe d'afîbeianons particulières.
Les religieux confier es. au fervice des bleues , ayant fait vœu de fe battre, vers l'an* rii-8, il fe forma tout-d'un-coup une milice fernhiabîe, fous le nom de Templiers-,- qui prirent ce titre, parce qu'ils demeuraient auprès de cette églife qui avait, difait-on, été autrefois le temple de Salomon. Ces établi (Terne ns ne font |i dus qu'à des Français, ou du moins à des habitans d'un a[. pays annexé depuis à ia France. Raimond Dupuy , pre- G G 3 p"
O loi
î-^Tf"
Essai sur les moeurs.
A Vézelai en Bourgogne fut dr£
fe
mier grand-maître & mftkutear de !a millke des Hofpitaliers , était de Dauphiné.
A peine ces deux ordres furent-ils établis par îes bulles des papes , qu'ils devinrent riches & rivaux. Ils fe battirent îes uns contre les autres aufll fouvent que contre les mvrfulmans. Bientôt après ? un nouvel ordre s'établit encor en faveur des pauvres Allemans abandonnés dans la Paleftine : & ce fut l'ordre âes- moines Teu'oniques , qui devint après" en Europe une milice de conqucrans.
Enfin , la fkuation des chrétiens était fi peu affermie, que Baudouin, premier roi de Jérufalem, qui régna après la mort de Godefroi fon frère , fut pris prefqu'aux portes de la ville par un prince Turc.
Les conquêtes des chrétiens s'arraibliffaient tous les jours. Les premiers conquérans n'étaient plus ; leurs fuccefTeurs étaient amollis. Déjà l'état d'Edeffe était repris par îes Turcs en 1140, & Jérufalem menacée. Les empereurs Grecs ne voyant dans les princes d'Antioche leurs voifins que de nouveaux usurpateurs , leur faifaient la guerre, non fans juflice. Les chrétiens d'Afie, prêts d'être accablés de tous côtés y. fbîlicitèrent en Europe une nouvelle croifade générale.
La France avait commencé la première inondation : ce fut à elle qu'on s'adrena pour la féconde. Le pape Eugène III. n'aguère difctple de Si. Bernard , fondateur de Clervaux , choifit avec raifon fon premier maître , pour être l'organe d'err nouveau dépeuplement. Jamais religieux n'avait mieux concilié le tumulte des suaires avec Van Rente de fon état : aucun n'était arrivé comme lui à cette considération purement perfonnelle , qui efî au-deffas de l'autorité même. Son contemporain l'abbé Suger était premier mirjiiîre dé France ; fon difeipîe écait psne ; mais Bernard, fimple <^bbé de Clervaux , était Poraclede !a France & de l'Europe.
lé un echaffaut dans
ftgfe"' — ■■■-' ,.~ — -~^