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Chapitre XII î. 103 K

la place publique, où Bernard parut à côrede Louis le l Jeune, roi de France. Il parla d'abord, & le roi parla enfuite. Tout ce qui était préfer.t , prit ia croix. Louis la prie le premier des mains de St. Bernard. Leminifire Suger ne fut point d'avis que le roi abandonnât le bien certain qu'il pouvait faire à fes états , pour tenter en Syrie des conquêtes incertaines : mais l'éloquence, de Bernard , & i'efprit du tems , fans lequel ce::e éloquence n'était rien , remportèrent fur les confeiis du miniftre. On nous peint Louis le Jeune comme un prince plus rempli de fcrupules que de vertus. Dans une de ces petites guerres civiles que le gouvernement féodal rendait inévitables en France, les troupes du roi avaient brûlé l'églife de Vitry , & le peuple réfugié dans cette églife avait péri dans les flammes. On perfuadà aifément au roi qu'il ne pouvait expier qu'en IViefline ce ij. crime qu'il eut mieux réparé en France par une admi- "Cs niflration fage. Sa jeune femme , Elionor de Guienne , fe creifa avec lui ,foit qu'elle l'aimât alors , (oit qu'il rat de la bienféance de ces tems d'accompagner fon mari dans de telles guerres.

Bernard s 'était acquis un crédit fi fingulier , que dans une nouvelle aiTemUée à Chartres on le choifit' luimême pour le chef de la croifade. Ce fait paraît prefqu'mcroyable ; mais tout eft croyable de l'emportement religieux des peuples, of. Bernard avait troo d'efprit pour s'expofer au ridicule qui le menaçait. L'exemple de l'hermlie Pierre était récent. Il refufa l'emploi de général , & fe contenta de celui de prophète.

De France il court en Allemagne. Il y trouve un autre moine qui prêchait la croifade. Il fit taire ce rival , qui n'avait pas la miffion du pape, il donne enfin luimême la croix rouge à l'empereur Conrad III. & il promet publiquement de la part de Dieu des victoires centre les infidèles. Bientôt après un de fes difeipies , ^ nommé F/iilippe , écrivit en France que Bernard avait O à 4

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fait beaucoup de miracles en Allemagne. Ce n'étaient pas à la vérité des morts refïufcirésj mais les aveugles avaient vu , les boiteux avaient marché, les malades avaient été guéris. On peut compter parmi ces prodiges, qu'il prêchait p^r-tout en français aux Allemans.

L'efpérance d'une victoire certaine entraîna à la fuite de l'empereur & du roi de France la plupart des chevaliers de leurs états. On compta , dit-on , dans chacune des deux armées foixante - dix mille gens - d'armes , avec une cavalerie légère prodig eufe ; on ne compta point les f« ncaffins. On ne peut guère réduire celte féconde émigration à moins de trois cent mille personnes , qui jointes aux treize cent mille que- nous avens précédemment trouvés , fait julqu'a ce.te époque feize cent mille habitans tranfphntés. Les Allemans partirent les premiers , les Français enfuite. Il e.'.r naturel que de cts multitudes qui pa/fent fous un autre climat , les tt maladies en emportent une grande partie. L'intempérance 4 fur-tout caufa la mortalité dans l'armée de Conrad vers les pLines de Conftantinople. De-là ces bruits répandus dans l'Occident , que les -Grecs avaient empoifonné les puits & les fontaines. Les mêmes excès que les premiers croifés avaient commis , furent renouvelles par les féconds , & donnèrent les mêmes alarmes à Manuel Comnene , qu'ils avaient données à fon grand -père Alexis.

Conrad, après avoir paffé le Bofphofé , fe conduifit avec l'imprudence attachée à ces expéditions. La principauté d'Antioche iufîftait. On pouvait fe joindre à ces chrétiens de Syrie , & attendre le roi de France. Alors le grand nombre devait vaincre. Mais l'empereur Allemand , jaloux du prince d'Antioche & du roi de France , s'enfonça au milieu de l'Afie-Mineure. Un fultan d'Icône , plus habile que lui , attira dans des rochers cette pefante cavalerie allemande, fatiguée, rebutée, incapable d'agir dans ce terrain. Les Turcs n'eurent que la peine de tuer, ^

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