Chapitre XV. 123 S
c'était être heureux. Environ foixante - dix chevaliers Français , qui voulurent fe fignaler avec lui , furent tous pris & menés au Grand - Caire, au neveu de îvièléd'm , nommé Mélecfala , qui ayant hérité des états & des vertus de fon oncle , les traita humainement , & les îailfa enfin retourner dans leur patrie pour une rançon modique.
En ce tems le territoire de Jérufaiem n'appartient plus, ni aux Syriens, ni aux Egyptiens , ni aux chrétiens, ni aux mufulmans. Une révolution qui n'avait point d'exemple , donnait une nouvelle face à la plus grande partie de l'Afie. Gengls-kan & fes Tartares avaient franchi le Caucafe, le Taurus , l'Imma'ds. Les peuples qui fuyaient devant eux , comme des bêtes féroces chaffées de leurs repaires par d'autres animaux plus terribles , fondaient à leur tour fur les terres abandonnées.
Les habitans du Chorofan , qu'on nomma Corafmins , poudés par les Tartares , fe précipitèrent fur la Syrie , ainfi que les Goths au quatrième ïiêcîe" , chaffés par des Scythes , étaient tombés fur l'empire Romain. Ces Corafmins idolâtres égorgèrent ce qui reliait à Jérufaiem de Turcs , de chrétiens , de Juifs. Les chrétiens qui reftaient dans Antioche, dans Tyr, dans Sidon & fur ces côtes delà Syrie, fufpendirent quelque tems leurs querelles particulières pour renfler à ces nouveaux brigands. Ces chrétiens étaient alors ligués avec le foudan de Damas. Les Templiers , les chevaliers de St. Jean , les chevaliers Teutoniques , étaient des défenfeurs toujours armés. L'Europe fourniffait fans ceffe quelques volontaires. Enfin , ce qu'on put rarmffer , combattit les Corafmins. La défaite des croifés fut entière. Ce n'était pas là le terme de leurs malheurs. De nouveaux Turcs vinrent ravager ces côtes de Syrie après les Corafmins , & exterminèrent prefque tout ce qui reftait de chevaliers. Mais ces torrens paffagers iaifsèrent toujours aux chrétiens les villes delà côte.
Les Latins , renfermés dans leurs villes maritimes , M
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fe virent alors fans fecours , & leurs querelles augmentaient leurs malheurs. Les princes d'Àntioche n'étaient occupés qu'à faire la guerre à quelques chrétiens d'Arménie. Les faclions des Vénitiens , des Génois & des Pifans fe diiputaient la ville dePtolémaïs. Les Templiers & les chevaliers de St. Jean fe difputaient tout. L'Europe refroidie n'envoyait prefque plus de ces pèlerins armés. Les efpérances des chrétiens d'Orient s'éteignaient quand St. Louis entreprit la dernière croifade.