Chapitre XVI. 12.5 Ç
Le roi dillinguant rrès-fagement entre les loix civiles auxquelles tout doit être fournis , & les loix de l'églife dont l'empire doit ne s'étendre que fur les confciences , ne laiila pas plier les loix du royaume fous cet abus des excommunications. Ayant dès le commencement de fon administration, contenu les prétentions des évêques & des laïques dans leurs bornes, il avait réprimé les faclions de la Bretagne: il avait gardé une neutralité prudente entre les emportemens de Grégoire IX. Se les vengeances de l'empereur Frédéric IL
Son domaine déjà fort grand , s'était accru de piufieurs terres qu'il avait achetées. Les rois de France avaient alors pour revenus leurs biens propres , ck non ceux des peuples. Leur grandeur dépendait d'une économie bien entendue , comme celle d'un feigneur particulier.
Cette administration l'avait mis en état de lever de fortes armées contre le roi d'Angleterre Henri III. & contre des vaffaux de France unis avec l'Angleterre. Henri III. moins riche , moins obéi de les Anglais , n'eut ni d'auiïi bonnes troupes , ni d'au(ïi-tct prêtes. Louis le battit deux fois , & fur-tout à la journée de Taiilebourg en Poitou. Le roi Anglais s'enfuit devant lui. Cette «ruerre fur fuivie d'une paix utile. Les vaffaux de France renrrés dans leur devoir, n en fortirent plus. Le roi n'oublia pas même d'obliger l'Anglais à payer cinq miiie livres fterlings pous les frais delà campagne.
Quand on fonge qu'il n'avait pas vingt-quatre ans lorsqu'il fe conduifit ainfi , & que fon caracière était fort au deîfus de fa fortune , on voit ce qu'il eût fut, s'il fût demeuré dans fa patrie , & on gémit que la France ait été û malheureufe par ces vertus même qui devaient faire le bonheur du monde.
L'an 12.44, Louis attaqué d'une maladie violente, crut, dit-on dans une léthargie , entendre une voix qui lui ordonnait de prendre la croix contrôles infidèles. A peine put-il parler , qu'il fit vœu de fe croifer. La reine
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l^ 126 Essai sur les mœurs.
fa mère , la reine fa femme, fon confeil , tout ce qui l'approchait, fentk le danger de ce vœu funefte. L'évêque de Paris même lui en repréfenta les dangereufes conféquences : mais Louis regardait ce vœu comme un lien ficre qu'il n'était pas permis aux hommes de dénouer. Il prépara pendant quatre rainées cette expédition. Enfin laiffantàfa mère !e gouvernement du royaume, il part avec fa femme & fes trois frères que fuivent auffi leurs ép.rjfes ; prefque toute la chevalerie de France l'accompagne. Il y eut dans l'armée près de trois mille chevaliers-bannerets. Une partie de la flotte immenfe qui portait tant de princes & de foîdats , part de Marfeille , l'autre d'Aiguemortes, qui n'efr plus un port aujourd'hui. La plupart des gros vaifTeaux ronds qui tranfporrèrent les troupes, furent confiants dans les ports de France, ij Ils étaient au nombre de dix-huit cents. Un roi de France
§ne pourrait aujourd nui faire un pareil armémerr, parce que ies bois font incomparablement plus rares , tous les 41 frais plus grands à proportion , & que 1\ r illerie nécef- |l fane rend la dépenie plus forte & l'armement beaucoup jj plus difficile.
On voit par les comptes de St. Louis combien ces croifades appauvriraient la France. Il donnait au feigneur de Valeri huit mille livres pour trente chevaliers, ce qui revenait à près de cent foixante - neuf mille livres numéraires de nos jours. Le connétable avait pour quinze Chevaliers trois milie livres. L'archevêque de Reims & l'évêque de Langres recevaient chacun quatre mille livres pour quinze chevaliers que chacun d'eux conduifait. Cent foixante-deux chevaliers mangeaient aux tables du roi. Ces dépenfes & les préparatifs étaient immenfes.
Si la fureur des croifades & la religion des fermens avaient permis à la vertu de Louis d'écouter la raifon , non-feulement il eût vu le mal qu'il faifaiî à fon pays , .§| mais rinjuîlice extrême tie cet armement qui lui paraiffair àa fi juife.
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