Chapitre XVI. 127 Ç
Le projet n'eùt-ii été que d'aller mertre les Français ij en p jfiellun de Jérufalem , ils n'y avaient aucun droit. jjj Maison marchait contre le vieux & fage Mélecfa la foudan d'Egyte, qui certainement n'avait rien à démêler avec le roi de France. Mélecfala était rnufulman : c'était-là le feul prétexte de lui faire la guerre. Mais il n'y avait pas plus de raifon à ravager l'Egypte, parce qu'elle fuivait ' les dogmes de Mahomet, qu'il n'y en aurait aujourd'hui à porter la guerre à la Chine , parce que la Chine eiï attachée à la morale de Cojifucius.
Louis mouilla dans î'ifie de Chypre : le roi de cette ifle fe joint à lui. On aborde en Egypte. Le foudan d'Egypte ne poffédait point Jérufalem. La Palestine alors était ravagée par les Corafmins, Le fultan de Syrie leur abandonnait ce malheureux pays , & le calife de Bagdat , toujours reconnu & toujours fans pouvoir, ne fe mêlait plus de ces guerres. H-îeflait encor aux chrétiens, Ptolémaïs , Tyr , Amioche , Tripoli. Leurs divisons les expofaient continuellement à être écrafés par les fuîtans Turcs & par les Corafmins.
Dans ces circonstances il eu. difficile de voir pourquoi le roi de France choifiïTait l'Egypte pour le théâtre de fa guerre. Le vieux Mélecfala malade , demanda la paix ; on la refufa. Louis était renforcé par de nouveaux fecours arrivés de France, fuivi de mixante mille combattans, obéi, aimé, ayant en tête des ennemis déjà vaincus, un foudan qui touchait à fa fin. Qui n'eut cru que l'Egyte & bientôt la Syrie feraient- domptées ? Cependant la moitié de cette armée floriflante périt de maladie: l'autre moitié eft vaincue près delà Maffoure. St. Louis voit tuer fon frère Robert d'Artois. Il eu pris avec fes deux autres frères, le comte d'Anjou & îe comte de Poitiers. Ce n'était plus alors Mélecfala qui régnait en Egypte , c'était fon Bis Almoadam. Ce riou- |i veau foudan avait certainement de la grandeur d'ame ; ^j, car le roi Louis lui ayant offert pour fa rançon & pour !| 1 tf
0' 12.8 Essai sur les m œ u r s,
celle cies prifonniers, un million de befans d'or, Al~ moadàm lui en remit la cinquième partie.
Ce foudan fut rhafTacré par les mamméluçs/j, dont fon père avait établi la milice. Le gouvernement partagé alors, femblait devoir être funeile aux chrétiens. Cependant le corifeil Égytien continua de traiter avec le roi. Le fire de johiville rapporte que les émirs même proposèrent, dans une de leurs afïèmblées, de choîfir Louis pour leur foudan.
Joinville était prifonnièr avec le roi. Ce que raconte un homme de fou caractère , a du poids fans doute. Mais qu'on faffe réflexion, combien dans un camp , dans une maifon , on e(t mal informé des faits particuliers qui fe paifent dans un camp voifiii, dans une maifon [ prochaine ; combien il eft hors de vraifemblance que des A mufulrnans fongent à fe donner pour roi un chrétien ^! ennemi , qai ne connaît ni leur langue, ni leurs mœurs , Û qui dételle leur religion, & qui ne peut être regardé par « eux que comme un chef de brigands étrangers : on verra, que.Joinville n'a rapporté qu'un difcours populaire. Dire fidèlement ce qu'on a entendu dire, c'efc fouvent rapporter de bonne foi des chofes au moins fufpedes. Mais nous n'avons point la véritable hiftoire de Joinville; ce n'eft qu'une traduction infidèle qu'on fit du tems de François I. d'un écrit qv>on n'entendrait aujourd hui que trèsdifficilement.
Je ne fiurais guère encor concilier ce que les hiftoriens difent de la manière dont les mufulrnans traitèrent les prifonniers. Ils racontent qu'on les faifait forcir un à un d'une enceinte où ils étaient renfermés, qu'en leur demandait s'ils voulaient renier Jesus- Christ, & qu'on coupait la tête à ceux qui perforaient dans le chriftianifme.
D'un autre côté ils attestent , qu'un vieil émir fit demander par interprète aux captifs, s ils croyaient en il JESUS-CHRIST ; & ies captifs ayant dit qu'ils croyaient J| P^; en çjfc