Chapitre XIX
maifon impériale de Souabe, & de celles de la maifon d'Anjou , 'qui après avoir de'pouillé les héritiers légitimes, périt elle-même miférablement. Cet hommage fut cPabord , comme vous l'avez vu, une (impie cérémonie, pieufe & adroite des conquérans Normans , qui mirent comme tant d'autres princes , leurs états fous la protection de l'églife , pour arrêter s'il était poflible , par l'excommunication , ceux qui voudraient leur ravir ce qu'ils avaient ufurpé. Les papes tournèrent bientôt en hommage cette oblation ; & n'étant pas fouverainsde Rome, ils étaient fuzerains des deux Siciles.
L'empereur Frédéric IL biffa Naples & Sicile dans l'état le plus floriffant De fages lois établies , des villes bâties , Naples embellie , les fciences & les arts en honneur , furent fes monumens. Ce royaume devait appartenir à l'empereur Conrad fon fils ; on ne fait fi Manfreddo , que nous nommons Mainfroi , était fils légitime ou bâtard de Frédéric IL L'empereur femble le regarder dans fon tefhment comme fon fils légitime. Il lui donne Tarante & plufieurs autres principautés en fouveraineté. il l'inftitue régent du royaume pendant l'abfence de Conrad , & le déclare fon fucceffeur , en cas que Conrad & Henri viennent à mourir fans enfans ; jufques-li tout paraît paifible. Mais les Italiens n'cbésffaient jamais que malgré eux au fang germanique ; les papes déteflaient la maifon de Souabe , & voulaient la chaffer d'Italie ; les paras Guelfe & Gibelin fubfiihient dans toute leur force d'un bout de l'Italie à l'autre.
Le fameux pape Innocent IV. qui avait dépofé à Lyon l'empereur Frédéric IL c'eft- à-dire, qui avait ofé le déclarer dépofé, prétendait bien que les enfans d'un excommunié ne. pouvaient fuccéder à leur père.
Innocent fe hâta donc de quitter Lyon , pour aller fur les frontières de Naples exhorter les barons à ne point obéir à Manfreddo ou Mainfroi. Cet évêque ne combattait qu'avec les armes de l'opinion ; mais vous avez
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vu combien ces armes étaient dangereuses. Mainfrôi fe
défia de fes barons , dévots , faclieux & ennemis du fang de Souabe. 11 y avait encordes Sarrazins dans la Fouille. L'empereur Frédéric IL fon père avait toujours eu une gBrde compofée de ces mahométans ; la ville de Lucéra ou Nocera , était remplie de ces Arabes ; on l'appel lait Lucera da pagani , la ville des payens. Les mahométans ne méritaient pas à beaucoup près ce nom que les Italiens leur donnaient. Jamais peuple ne fut plus éloigné de ce que nous appelions improprement le p'aganifme , &: ne fut plus fortement attaché fans aucun mélange à l'unité de Dieu. Mais ce terme de payens avait rendu odieux Frédéric IL qui avait employé les Arabes dans fes armées • il rendit Manfreddo plus odieux encor. Manfreddo cependant , aidé de fes mahométans , étouffa la révolte & contint tout le royaume, excepté la ville de 3 Naples, qui reconnut le pape Innocent pour fon unique Jj '££ maître. Ce pape prétendait que les deux Siciles lui étaient if dévolues, & lui appartenaient de droit , en vertu des paroles qu'il avait prononcées en dépofant Frédéric II. & û race au concile de Lyon. L'empereur Conrad I V. arrive alors pour défendre fcn héritage. Il prend d'arfaut fa ville de Naples ; le pape s'enfuit à Gènes fa patrie , & là, il ne prend d'autre parti que d'offrir le royaume au prince Packard frère du roi d'Angleterre Henri III. prince qui n'était pas en état d'armer deux vaiffeaux , & qui remercia le faint père de fon dangereux préfent. Les diffentions inévitables entre Connd, rci Allemand, Se Manfreddo y Italien, fervirent mieux la cour Romaine, que ne firent la poliùque & les malédictions du pape. Conrad mourut , & on prétend , comme je vous l'ai dit, qu'il mourut empoifonné. La cour papale accrédita ce foupçon. Conrad biffait fa couronne de Naples à un enfant de dix ans; c'eft cet infortuné Conradin , que nous verrons périr d'une fin fi fragique. Co'nradin était en Allemagne. Manfreddo était ambi-