‹ EssaiChapitre 81 sur 200 · Chapitre XX il. 179 Ç · texte numérisé non relu

Chapitre XX il. 179 Ç

triviale ferait jufte , fi Alpkonfe avait négligé -Tes affaires pour l'étude ; mais c'efl ce qu'il ne fit jamais. Le même fonds d'efprit qui en avait fait un grand philofophe, en fît un très-ban roi. Plûfieurs auteurs l'accufent encor d'athéifme , pour avoir dit, que s'il avait été du confeil de Dieu , il lui aurait donné de bons avis fur le mouvement des ajîres. Ces auteurs ne font pas attention que cette plaifanterie de ce fige prince tombait uniquement fur le fyitême de ï'tolomée , dont i! fenîdt i infurhfance &îes contrariétés. Il fut le rival des Arabes dansles fcieiices ; & l'uni verfîté de Salamanque , établie en cette ville par fon père , n'eut aucun perfonmge qui l'égalât. Ses tables alphonfines font encor aujourd'hui fa gloire , & la honte des princes qui fe font un mérite d'être ignbrans ; m :is aura" il fuit avouer qu'elles furent drelfées par des Arabes.

Les difficultés dans lefqueiîes fon règne fut erribarraflç, n'écaienî pas fans doute un effet des fciences qui rendirent Alpkonfe illufire , mais une fuire des dépenfes exceffives de fon père. Ainfi que St. Louis avait épuifé la France par fes voyages , St. Ferdinand avait ruiné pour un tems la Caftiîîe par fes acquifitions même qui coûtèrent alors plus qu'elles ne valurent d'abord.

Après la mort de St. Ferdinand, il fallut que fon fils renflât à la Navarre & à l'Arragon jaloux.

Cependant tous ces embarras, qui occupaient ce roi pbiloiophe , n'empêchèrent pas que les princes de l'empire ne le dem'.ndaffent pour empereur ; & s'il ne le fut pas, fi Rodolphe de Habsbourg fut enfin élu à fa pi-ce , il ne faut, me fem'ole, l'attribuer qu'à la diftance qui féparait la Caftille de l'Allemagne. Alpkonfe montra du moins qu'il méritait l'empire, p:,r la manière dont il gouverna la Caftille. Son recueil deîoix qu'on appelle las partidas, y eil encor un des fondemens'de la junfprudence. il dit dans ces loix , que le defpote arrache V 'arbre , & que le fage monarque rébranche. jfr

Essai sur les mœurs.

Ce prince vît dans fa vieille/Te fcn fils Don Sanche III. fe révolter contre lui ; mais le crime du fils ne fait pas , je crois, la honte du père. Ce Don Sanche était né d'un fécond mariage, & prétendit, du vivant de fon père, fe faire déclarer fon héritier , à l'exclufion des petits-fils du premier lit. Une afiemblée de factieux fous le nom d'états,. lui déféra même la couronne. Cet attentat eft une nouvelle preuve de ce que j'ai fouvent dit , qu'en Europe il n'y avait point de loix , & que prefque tout fe décidait , fuivant l'occurrence des tems & le caprice des hommes.

Alphonfe le Sageîuï. réduit à la douloureufe néceffitéde fe liguer avec les mahométans contre un fils & des -chrétiens rebelles. Ce n'irait pas la première alliance des chrétiens avec les rnufulrnans contre d'autres chrétiens ; mais c'était certainement la plus jufle.

Le mkarnol^n de Maroc appelle par le roi Alphonfe X. paffa la mer. L'Africain & le CaftiHan fe virent à Zara , fur les confins de Grenade. L'hiftcire doit perpétuer à jamais la conduite & le difcours du miramolin. Il céda la place d'honneur au roi de Caflille. Je vous traite ainfi , dit-il , parce que vous êtes malheureux , & je ne m'unis avec vous que pour venger la caufe commune de tous les rois & de tous les pères. Alphonfe combattit fon fils & le vainquit; ce qui preuve encor combien il était digne de régner ; mais il mourut après fa viclcire.

Le roi de Maroc fut obligé*de repailer dans fes états , & Don Sanche , fils dénaturé d' Alphonfe, & ufurpareur du trône de fes neveux , régna & même régna heureufement.

La domination Porrugaife comprenait alors les Algarves arrachées enfin aux Maures. Ce mot Algarves fignifie en arabe , pays fertile. N'oublions pas encor qu' Alphonfe le Sa"e avait beaucoup aidé le Portugal dans cette conquête. Tout cela , ce me fembîe , prouve invinciblement qarJlphonfe n'eut jamais à fe repentir d'avoir cultivé les feiences, comme le veulent infinuer des hifloriens, qui pour

fe donner la réputation équivoque de politiques , affectent de méprifer des arts qu'ils devraient honorer.

Alphonfe le Pkilojfbphe avait oublié fi peu le temporel, qu'il s'était fait donner par le pape Grégoire X. le tiers de certaines décimes du clergé de Léon & de Caftille, droit qu'il a tranfmis à fes fuccelTeurs.

Sa maifon fut troublée , mais elle s'affermit toujours contre les Maures. Son petit-fils Ferdinand IV. leur enleva alors Gibraltar, qui n'était pas fi difficile à conquérir qu'aujourd'hui.

On appelle ce Ferdinand IV. Ferdinand V Ajourné , parce que dans un accès de colère il fit, dit-on , jeter du haut d'un rocher deux feigneurs , qui avant d'être précipités, l'ajournèrent à comparaître devant DIEU dans trente jours , & qu'il mourut au bout de ce terme. Il ferait à fouhaiter que ce conte fût véritable , ou du moins cru tel par ceux qui penfent pouvoir tout faire impunément. Il fut père de ce fameux Pierre le Cruel, dont nous verrons les exceiîlves févérités ; prince implacable & punirent cruellement les hommes , fans qu'il fût ajourné au tribunal de Dieu.

L'Arra^on, de fon côté, fe fortifia, comme nous l'avons vu, & accrut fa puiflance par l'acquifition de la Sicile.

Les p3pes prétendaient pouvoir difpofer du royaume d'Arragon , pour deux raifons ; premièrement , parce qu'ils le regardaient comme un fief de l'églife romaine ; fecon dément , parce que Pierre III. furnommé le Grand, auquel on reprochait les vêpres ficiliennes , était excommunié , non pour avoir eu part au maflacre , mais pour avoir pris la Sicile que le pape ne voulait pas lui donner. Son royaume d'Arragon fut donc transféré par fentence du pape, à Charles "de Valois , petit-fils de St.. Louis. Mais la bulle ne put être mife à exécution. La maifon à'Jrrag&n demeura floriflante , & bientôt après les papes qui avaient voulu la perdre , l'enrichirent encor. Boni-

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i Sa Essai sur les mœurs,

/j-c Pj ffé donna la Sardaigne &: la Gorfe au roi d'Arragon .7 u« 'V. dit le Jujie > pour l'ôter aux Génois & au) Pifans qui fe difputaiënt ces ifles.

Alors la Caïtille ck la France étaient unies , parce qu'elles étaient ennemies de l'Afragoh. Les Caftillans & les Français étaient a/iiés de royaume à royaume, de peuple à u. uple , & d'homme à homme.

Ce qui fe perlait alors en France , du rems de Philippe le Bd, au commencement du quatorzième ilècîe , doit attirer nos regards.

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