Chapitre XXII
l'Europe que dans le tems des Albigeois. Nous avons vu comment le roi d'Arragon Pierre I. fut obligé de fecourir fes vaifaux du Languedoc & du pays de Foix , qu'on opprimait, fous prétexte de religion ; & comment il mourut en combattant Montfort, le raviffeur de fcn fils & le conquérant du Languedoc. Sa veuve Marie de Montpellier , qui était retirée à Rome, plaida la caufe de ce fils devant le pape Innocent ÏIL & le fupplia d'ufer de fon autorité pour le faire remettre en liberté. Il y avait des momsns bien honorables pour la cour de Rome. Le pape ordonna à Simon de Montfort de rendre cet enfant aux Arragon*is , &z Monifort le rendit. Si les pipes avaient toujours u.[é airifi de leur autorité, ils euffent été les légiflateurs de l'Europe.
Ce même roi Jacques eu le premier des rois d'Arragon , a qui les états aient prêté ferment de fidélité. C'eil lui qui prit fur les Maures l'ifle de Majorque; c'eir lui qui les chaffa du beau royaume de Valence, pays favorifë de la nature, où elle forme des hommes robulres , & leur donne tout ce qui peut flatter leurs fens. Je ne fais comment tant d'hiftoriens peuvent dire que la ville de Valence n'avait que mille pas de circuit, 6z qu'il en forrit plus de cinquante* mille mihométans. Comment une fi petite ville pouvait-elle contenir tant de monde?
Ce tems femblait marqué pour la gloire de l'Efpagne & pour î'expuliion des Maures. Le roi de CafHlle & de Léon Ferdinand III. leur enlevait la célèbre ville de Cordoue, résidence de leurs premiers rois, ville fort fupérieure à Valence , dans laquelle ils avaient fait bâtir cette fuperbe mofquée & tant de beaux palais.
Ce Ferdinand , troifième du nom , affervit encor les mufulmans de Murcie. C'eir un petit pays , mais fertile , & dans lequel les Maures recueillaient beaucoup de foie, dont ils fabriquaient de belles étoffes. Enfin après feize mois de iïége, il fe rendit maître de Séville , la plus opulente ville des Maures , qui ne retourna plus à leur dormis/?^'/^r /es /rarrwrs. Tom. I|. M Q
O 178 Essai sur les mœurs.
nation. La mort mit à fin à fes fuccès. Si l'apothéofe eft due à ceux qui ont délivré leur patrie , l'Efpagne révère avec autant de raifon Ferdinand , que la France invoque St. Louis. Il fit defages loix comme ce roi de France; il établit comme lui de nouvelles jurifdictions. C'eft à lui qu'on attribue le confeil royal de Caftille qui fubfifta toujours depuis lui.
Il eut pour minifixe un Ximenes , archevêque de Tolède , nom heureux pour l'Efpagne , mais qui n'avait rien de commun avec cet autre Ximenes qui dans les tems fuivans a été régent de Caftille.
La Caftille & l'Arragon étaient alors des puiffances : mais il ne faut pas croire que leurs fouverains fuffent abfolus ; aucun ne l'était en Europe. Les feigneurs en'Efpagne plus qu'ailleurs, refferraient l'autorité du roi dans des limices étroites. Les Arragonais fe fouviennent encor ^i aujourd'hui delà formule de l'inauguration de leurs rois. Le grand jufticier du royaume prononçait ces paroles au nom des états : Nos que valemos tanto como vos , y que podemos mas que vos , os ha{emos nuefiro rey y fenor , cou tal que guardeis nueflros fueros , fe no , no. « Nous » qui fommes autant* que vous , & qui pouvons plus que » vous j nous vous faifons notre roi , à condition que » vous garderez nos loix, finon , non.
Le grand jufticier prétendait que ce n'était pas une vaine cérémonie , & qu'il avait le droit d'accufer le roi devant les états , & de oréfider au jugement. Je ne vois point pourtant d'exemple qu'on ait ufé de ce privilège.
La Caftille n'avait guère moins de droits, & les états mettaient des bornes au pouvoir fouverain. Enfin on doit juger que d^ns des pays où il y avait tant de feigneurs, il était aufïï difficile aux rois de dompter leurs fujets que de chaffer les Maures.
Alphonfe , furnommé ï ' Aflronome ou le Sage, fils de St. Ferdinand , en fit l'épreuve. On a dit de lui , qu'en étudiant le ciel, ii avait perdu la terre. Cette penfée
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