Chapitre XXIII
faient plus que jamais l'Italie. Les Gibelins étaient originairement les partifans des empereurs : & l'empire alors n'étant qu'un vain nom, les Gibelins fe fervaient toujours de ce njm pour fe fortifier & pour s'agrandir. Boniface fur long- tems Gibelin , quand il fut particulier, & on peut bien juger qu'il fut Guelfe , quand il devint pape. On rapporte qu'un premier jour de carême, donnant les cendres à un archevêque de Gènes , il les lui jeta au nez , en lui difan: : Souviens-toi que tu es Gibelin , au lieu de lui dire : Souviens-toi que tu es homme. La maifon des Colonnes, premiers barons Romains, qui pofiedaient des villes au milieu du patrimoine de St. Pierre, était de la fdélion Gibeline. Leur intérêt contre les papes , était le même que celui des feigneurs Alîemans contre l'empereur, & des Français contre le roi de France. Le pouvoir des feigneurs du fief s'oppofait par-tout au pouvoir fouverain.
Les autres barons voifins de Rome , étaient dans le même cas; ils s'uniiTaient avec les rois de Sicile, & avec les Gibelins des villes d'Italie. Il ne faut pis s'étonner fi le pape les perfécuta & en fut perfécuté. Prefque tous ces feigneurs avaient à la fois des diplômes de vicaires du St. Siège & de vicaires de r empire , fource nécefTaire de guerres civiles, que le refpeét de la religion ne put jamais tarir, & que les hauteurs de Boniface VIII. ne firent qu'accroître.
Ces violences n'ont pu finir que par les violences encor plus grandes à! Alexandre VI. plus de cent ans après. Le pontificat du tems de Boniface VIII. n'e'tait plus maître de tout le pays qu'avait pofiedé Innocent III. de la mer Adriatique au port d'Ofîie. Il en prétendait le domaine fuprême : il poffe'dait quelques villes en propre : c'était une puiiTance au rang des plus médiocres. Le grand revenu des papes êônfifraït dans ce que l'églife iihiverfelle leur fournirait , dans les décimes qu'ils recueillaient fouvent du clergé , dans les difpenfes , dans les taxes. P M 4
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184 Essai sur les mœurs.
Une telle fituation devait porter Boniface à ménager une puiffance qui pouvait le priver d'une partie de ces revenus, & fortifier contre lui les Gibelins. Aufïï dans le commencement même de fes démêlés avec le roi de France , il fit venir en Italie Charles de Valois , frère de Philippe, qui arriva avec quelque gendarmerie : il lui fit époufer la petite- hlle de Baudouin, fécond empereur de Conîtantinople dépoffédé , & nomma folemnellement Valois , empereur d'Orient ; de forte qu'en deux années il donna l'empire d'Orient , celui d'Occident & la France ; car nous avons déjà remarqué qu'en 1303 , ce pspe reconcilié avec Albert d'Autriche, lui fit un don de la France. Il n'y eut de ces trois préfens que celui de l'empire d'Allemagne qui fut reçu , parce qu'Albert le poiïédait en effet.
4| Le pape , avant fa reconciliation avec l'empereur ,
avait donné à Charles de Valois un autre titre , celui de vicaire de V empire en Italie , & principalement en Tofcane. Il penfait , puifqu'il nommait les maîtres , devoir à plus forte raifon nommer les vicaires. Aulfi Charles de Valois , pour lui plaire , perfécuta violemment le parti Gibelin à Florence. C'eft pourtant précifément dans le tems que Valois lui rend ce fervice , qu'il outrage & qu'il pouffe à bout le roi de France fon frère. Rien ne prouve mieux que la paffion & l'animofité l'emportent foùvenî fur lintérêt même.
Philippe le Bel ;, qui voulait dépenfer beaucoup d'argent & qui en avait peu, prétendait que le clergé, comme l'ordre de l'état le plus riche, devait contribuer aux béfoiris de la France , fans la permiffion de Rome. Le pspe voulait avoir l'argent d'une décime accordée fous le prétexte d'unfeccurs peur la terre fainte, qui n'était plus fecouràble , & qui était fous le pouvoir d'un defeendant de Genjs-kan. Le/ roi prenait cet argent pour faire en Guiennela guerre qu'il eut en 1301 êc 1302 contre le
H roi d'Angleterre Edouard. Ce fut le premier fujet de la
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