Chapitre XXIII. 185 £f
querelle. L'entreprife d'un e'vêque de la ville de Ramiers aigrit enfuite les eiprks. Cet homme avait cabale contre le roi de fon pays, qui reiTortiïïait alors de la couronne, & le pape auffî-tôt le fit fon légat à la cour de Fhilijj,e. Ce fujet, revêtu d'une dignité qui , félon la cour romaine, le rendait égal au roi même, vint à Paris braver fon fcuverain , & le menacer de mettre fon royaume en interdit. Un féculier qui fe fut conduit ainfi, aurait été puni de mort. Il fallut ufer de grandes précautions pour s'afiurer feulement de la perfonne de Pévêque. Encor fallut-il le remettre entre les mains de fon métropolitain , l'archevêque de Narbonne.
Vous avez déjà obfervé que depuis la mort de Charlemaane , on ne vit aucun ponùfe de Rcme , c,ui n'eût desdifputes ou épineufes ou violentes avec les empereurs & les rois- vous verrez durer jufqu'aufiècie de Louis XIV. ces querelles qui font la fuite néceffaire de la forme du i^ gouvernement ia plus abfurde, à laquelle les hommes fe g foient jamais fournis. Cette abiurdité ccnfiftait à dépendre £ chez foi d'un étranger. En effet , fouffrir que cet écranger donne chez vous des fiefs , ne pouvoir recevoir àes fubfides des porlefTeurs de ces fiefs qu'avec la permiffion de cet étranger , & fans partager avec lui ; être continuellement expoféà voir fermer par fon ordre les temples que vous avez confiruits & dotés ; convenir qu'une partie de vos fujeesdoit aller plaider à trois cents lieues de vos états : c'eft-îa une petite partie des chaînes que les fouverains de l'Europe s'imposèrent infenfiblement & fans prefque le favoir. Il eft clair que fi aujourd'hui on venait peur la • première fois propofer au cenfeil d'un feuverain de fe foumettre à de pareils uf-?ges , celui qui oferait en faire la propofnion * ferait regardé comme le plus infenfé àes hommes. Le fardeau d'abord léger s'était appefanti par degrés. On fentait Bien qu'il fallait le diminuer , mais on n'était ni affez fsge , ni allez inftruit , ni allez ferme pour s'en défaire entièrement.
Déjà dans une bulle îong-tems fameufe, l'évêque de Rome Eoniface VIII. avait décidé qu'aucun clerc ne doit rien payer au roifon maître , fans permiffion exprejfe du fouverain pontife. Philippe , roi de France , n'ofa pas d'abord faire brûler cette bulle; il fe contenta de défendre la fortie de l'argent hors du royaume, fans ncmnier Rome. On négocia ; le pape , pour gagner du tems , cancnifa St. Louis ; & les moines concluaient que fi un homme difpcfait du ciel , il pouvait difpoferde l'argent de la terre.
Le roi plaida devant l'archevêque de Narbonne , contre l'évêque de Pamiers , par la bouche de fon chancelier Pierre Flotte, àSenlis; & ce chancelier alla lui-même à Rome rendre comte au pape du procès. Les rois de Cappadoce Se de Bithinie *en ufaient à-peu-près de même avec la république Romaine : m:.is ce qu'ils n'euffent pas fait , Pierre Flotte parla au pontife de Rome comme le (ju miniftre d'un fouverain réel , à un fouverain imaginaire : CE il lui dit très-exprefTément que le royaume de France était de ce monde t & que celui du pape nen était pas.
Le pape fut aflèz hardi peur s'en ofFènfer ; il écrivit au roi un bref, dans lequel on trouve ces paroles: Sache^ que vous nous êtes fournis dans le temporel comme dans lefpirituel. Un hifrorien judicieux & inftruit, remarque très-à-propos que ce bref était confervé à Paris dans un ancien manuferit de la bibliothèque de St. Germaindes-Prés, & que l'on a déchiré le feuillet, en laiifant fubfifrer un fommaire qui l'indique, & un extrait qui le rappelle.
Philippe répondit: A Loniface , prétendu pape , peu ou point defalut : que votre trzs- grande fatuité fâche que no us ne femmes fournis à perfonne po ur *te temporel. Le même hifterien cbferve que cette même réponfe du roi eu confervée au Vatican. Àinii les Romains modernes ont eu plus de foin de conferver les chofes curiëufes que les bénédicVms de Paris. L'authenticité de ces lettres a été vainement conteltée. Je ne crois pas qu'elles aient jamais
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