‹ EssaiChapitre 85 sur 200 · Chapitre XXIÏI. • 187 Çf · texte numérisé non relu

Chapitre XXIÏI. • 187 Çf

été revêtues des formes ordinaires , & préfentées en cérémonies; mais elles furent certainement écrites.

Le pontife lança builes fur bulles , qui toutes déclarent que le pape eft le maître des royaumes : que fi le roi de France ne lui obéit pas, il fera excommunié, & fon royaume en interdit , c'eft-à-dire, qu'il lie fera plus permis de faire les exercices du chrifrianifme, ni de bàptifer les enifans , ni d'enterrer les morts. Il femble que ce foit le comble des contradictions de l'efprit humain, qu'un évêque chrétien qui prétend que tous les chrétiens font fes fujets , veuille empêcher ces prérendus fujets d'être chrétiens , & qu'il fe prive ainfi tout d'un coup lui-même de ce qu'il croit fon propre bien. Mais vous fentez affez que le pape comptait fur l'imbécillité des hommes ; il efpérait que les Français feraient affez lâches pour facrifier leur roi , à la crainte d'être privés des facremens. Il fe trompa ; on brûla fa bulle ; la France s'éleva contre le ^ pape , fans rompre avec la papauté. Le roi convoqua les !■$ états. Etait-il donc néceffaire de les affembler, pour décider que Bonïface VIIL n'était pas roi de France ?

Le cardinal le, Moine , Français de naifTance , qui n'avait plus d'autre patrie que Rome , vint à Paris pour négocier, Se s'il ne pouvait réuffir, pour excommunier le royaume. Ce nouveau légat avait ordre de mener à Rome le confeffeur du roi , qui était dominicain , afin qu'il y rendît compte de fa conduite & de celle de Philippe. Tout ce que l'efprit humain peut inventer pour élever la puiflance du pape , était épuifé ; les évêques fournis à lui ; de nouveaux ordres de religieux relevans immédiatement du St. Siège , portans par-tout fon étendard ; un roi qui confeffe fes plus fecretes penfées , ou du moins qui paffe pour les confeffer à un de ces moines ; & enfin ce confeffeur fommé par îe pape fon maître d'aller rendre compte à Rome de la confeience du roi fon pénitent. jji Cependant Philippe ne plia point. Il fait faifir le temporel 5], de tous les prélats abfens. Les étjts-généraux appellent

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au futur concile & au futur pape. Ce remède même tenait un peu de la faiblefle ; car appeller au pape, c'était reconnaître fou autorité; &: quel befoin les hommes ont-ils d'un concile & d'un pape , pour favoir que chaque gouvernement eH indépendant, & qu'on ne doit obéir qu'aux loix de fa patrie ?

Alors le pape ôte à tous les corps eccléfia (tiques de France, le droit des élections ; aux univerfités, les grades , le droit d'enfeigncr, comme s'il révoquait une grâce qu'il eût. donnée. Ces armes étaient faibles , il voulut y joindre celles de l'empire d'Allemagne.

Vous avez vu les papes donner l'Empire , le Portugal , la Hongrie , le Dannemarck , l'Angleterre , l'Arragon , la Sicile, prefque tous les royaumes. Celui de France n'avait pas encor été transféré par une bulle, Boniface enfin le mit dans le rang des autres états, & en fit un don à l'empereur Albert d' 'Autriche , ci-devant excommunié par lui , & maintenant fon cher fils & le foutien de Péghfe. Remarquez les mots de fa bulle : Nous vous

donnons par la plénitude de notre puijfance le

royaume de France qui appartient de droit aux empereurs d'Occident. Boniface & fon dataire ne fongeaient pas que fi la France appartenait de droit aux empereurs , la plénitude de la puifTance papale était fort inutile. Il y avait pourtant un refte de raifon dans cette démence ; on flattait la prétention de l'Empire fur tous les états occidentaux ; car vous verrez toujours que les jurifconfultes Allemans croyaient ou feignaient de croire que le peuple de Rome s'étant donné avec fon évêque à C/iarlemaçrne , tout l'Occident devait appartenir à fes fucceffeurs , & que tous les autres états n'étaient qu'un démembrement de l'Empire.

Si Albert d'' Autriche avait eu deux cent mille hommes & deux cents millions , il eft clair qu'il eût profité des bontés de Boniface ; mais étant pauvre & à peine affermi , il abandonna le pape au ridicule de fa donation.

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