‹ EssaiChapitre 88 sur 200 · CHAPITRE VINGT-QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIEME

S Dufupplice des Templiers , &de V extinction de cet ordre.

A R M 1 les contradictions qui entrent dans- le gouvernement de ce monde , ce n'en eft pas une petite que cette inftitution de moines armés qui font vœu de vivre à la fois en anachorètes & en foldats.

On accufait les templiers de réunir tout ce qu'on reprochait à ces deux profeflions , les débauches & la cruauté du guerrier, l'infatiable paffion d'acquérir , qu'on impute à ces grands ordres qui ont fait vœu de pauvreté.

Tandis qu'ils goûtaient le fruit de leurs travaux, ainfi que les chevaliers hofpitaliers de St. Jean, l'ordre teutonique formé comme eux dans la Palefline, s'emparait au treizième fiècle de la Truffe , de la Livonie , de la Courlande , de la Samogitie. Ces chevaliers teutons étaient accufés de réduire les eccléfiafïiques comme les payens à Fefclavage , de piller leurs biens , d'ufurper les droits des évêques , d'exercer un brigandage horrible ; mais on

19a Essai suh les m (sur s.

ne fait point le procès à des conquérons. Les templiers excitèrent l'envie, parce qu'ils vivaient chez leurs compatriotes avec tout l' orgueil que donne l'opulence, & dans les oiaiùrs effrénés que prennent des gens de guerre qui ne font point retenus par le frein du mariage. La rigueur des imoôts & la malverfation du confeil

du roi Philippe le Bel dans les monnaies , excita une féditiondans Paris. Les templiers, qui avaient en garde le tréfor du roi , furent accùfés d'avoir eu part à la mutinerie; & on a vu déjà que Philippe le Bel était implacable dans fes vengeances.

Les premiers accùfàteurs de cet ordre furent un bourgeois de Béziërs , nommé Squin de Florian , & Nojfbdei Florentin, templier apoftat , détenus tous deux en prifon pour leurs crimes. Ils demandèrent à être conduits devant le roi, à qui feuls ils voulaient révéler dès chofes importantes. S'ils n'avaient pas fu qu'elle était l'indigna*tion du roi contre les templiers, auraient-ils efpéré leur grâce en les acculant ? Ils furent écoutés. Le roi , fur leur dépofition , ordonne à tous les baillis du royaume , à tous les officiers , de prendre main-forte , leur envoie un ordre cacheté , avec défenle, fous peine de la vie, de l'ouvrir avant le 13 Octobre. Ce jour venu, chacun ouvre fon ordfe ; il portait de mettre en prifon tous les templiers. Tous font arrêtés. Le roi aufli-tôt fait faifir en fon nom les biens des chevaliers , jufqu'à ce qu'on en difpofe.

Il parait évident que leur perte était réïblue très-longtems avant ce: éclat. L'accufation & l'emprifonnement font de 1 309 , mais on a retrouvé des lettres de Philippe /« 5c/ au comte de Flandre, datées de Melun 1306, par lesquelles il le priait defe joindre à lui pour extirper les templiers.

Il fallait juger ce prodigieux nombre d'aceufés. Le pape Clément V. créature de Philippe , & qui demeurait alors à Poitiers, fe joint à lui après quelques difputes fur le droit que l'églife avait d'exterminer ces religieux , &

le SB

Page 1