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Chapitre XXV î. Q.03 £jj

Jean. , roi de Bohême , des lettres qui les déclaraient innccens. Il efi trille d'avoir eu befoin de ces lettres.

De même qu'alors peu d'ordre régnait dans les élections des papes , celles des empereurs étaient très-mal ordonnées. Les hommes n'avaient point encor fu prévenir les fchifmes par de fages loix.

Louis de Bavière & Frédéric h Beau , duc d'Autriche, furent élus à fois au milieu des plus funeftes troubles. Il n'y avait que la guerre qui put décider ce qu'une dière réglée d'éiecleurs aurait dû juger. Un combat dans lequel l'Autrichien fut vaincu & pris , donna la couronne au Bavarois.

On avait alors pour pape Jean XXII. élu à Lyon en 131 <. Lyon fe regardait encor comme une ville libre ; mais l'évêque en voulait toujours être le maître ; & les rois de France n'avaient encor pu fournettre l'évêque. Philippe le Long, à peine roi de France, avait affembîé les cardinaux dans cette ville libre •. & après leur avoir ££ juré qu'il ne leur ferait 'aucune violence , il les avait en- 3 fermés tous, & ne les avait relâchés qu'après la nomination de Jean XXII,

Ce pape elt encor- un grand exemple de ce que peut le (impie mérite dans l'égiife ; car il faut fans doute en avoir beaucoup pour parvenir de la profefiion de favetier, au rang dans lequel on fe fait baifer les pieds.

Il efl au nombre de ces pontifes qui eurent d'autant plus de hauteur dans l'efprit que leur origine était plus baffe aux yeux des hommes. Nous avons déjà remarqué que la cour pontificale ne fubfiibait que des rétributions fournies par les chrétiens. Ce fonds était plus confidérable que les terres de la comteffe Mathilde. Quand je parle du mérite de Jean XXII. ce n'eir. pas de celai du défmtéreiTement. Ce pontife exigeait plus ardemment qu'aucun de fes prédécefleurs , non-feulement le denier de St. Pierre, que l'Angleterre payait très-irréguliérement , mais les tributs de Suède , de Dannemarck , de

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ao4 Essai sur les mœurs.

Norwége , de Pologne. Il demandait fi fouvent & fi violemment , qu'il obtenait toujours quelque argent. Ce qui lui en valut davantage fut la taxe apoitolique des péche's ; il évalua le meurtre , l'adultère , la fodomie , la beiiiahté; & les hommes allez médians pour commettre ces péchés , furent allez fots pour les payer. Mais être à Lyon & n'avoir que peu de crédit en Italie , ce n'était pas être pape.

Pendant qu'il fiégeait à Lyon , & que Louis de Bavière s'établirait en Allemagne , l'Italie fe perdait , & pour l'empereur , & pour lui. Les Vifconû commençaient à s'établir à Milan. L'empereur Louis ne pouvant les abaiffer , feignait de les protéger , & leur laiffait le titre de fes lieutenans. Ils étaient Gibelins : comme tels ils s'emparaient d'une partie de ces terres de la comrefie Mathilde , éternel fujet de difeorde. Jean les fit déclarer hérétiques par rinquifition. Il était en France , il pouvait fans rien rifquer, donner une de ces bulies qui ôtent & qui donnent les empires. Il dépofa Louis de Bavière en idée par une de ces bulles, le privant , dit-il, de tous fes biens meubles & immeubles.

L'empereur ainfi dépofé fe hâta de marcher vers l'Italie, où celui qui le dépofait n'ofait paraître ; il vint à Rome , féjour toujours palfager des empereurs, accompagné de Cajlracani , tyran de Luques , ce héros de Machiavel.

Ludovico Monaldefco , natif d'Orviette, qui , à l'â^e de cent quinze ans , écrivit des mémoires de fon tems, dit qu'il le reflbuvient très- bien de cette entrée de l'empereur Louis de Bavure. Le peuple chantait , dit-il , Vive Dieu & l'empereur ; nous fommes délivrés de la guerre , de la famine & du pape. Ce trait ne vaut la peine d'être cité , que parce qu'il elt d'un homme qui écrivait à Fâge de cent quinze années.

Louis de Bavière convoqua dans Rome une aflemblée générale, femblable à ces anciens parlemens de Ckarlemagne & de fes enfans. Ce parlement fe tint dans la

place même de St. Pierre. Des princes d'Allemagne & d'Italie, des députés des villes, des évêques , des abbés , des religieux , y aiïifrèrent en foule. L'empereur afîis fur un trône, au haut des degrés de l'églife, la couronne en tête & un fceptre d'or à la main , fit crier trois fois par un moine auguftin , Y a-t-il quelqu'un qui veuille défendre la caufe du prêtre de Cahors , qui fe nomme le pape Jean ? Perfonne n'ayant comparu , Louis prononça la fentence , par laquelle il privait le pape de tout bénéfice, & le livrait au bras féculier pour être brûlé comme hérétique. Condamner ainfi à la mort un fouverain pontife, était le dernier excès où pût monter la querelle du facerdoce & de l'empire.

Quelques jours après , l'empereur , avec le même appareil, créa pape un cordelier Napolitain, l'inveflit par l'anneau, lui mit lui-même la chappe, & le fit affeoir fous le dais à (es côtés ; mais il fe garda bien de déférer à l'ufage de baifer les pieds du pontife.

Parmi tous les moines, dont je parlerai à part, les francifcainsfaifaient alors le plus de bruit. Quelques-uns d'eux avaient prétendu que la perfection coniiflait à porter un capuchon plus pointu & un habit plus ferré. Ils ajoutaient à cette réforme l'opinion que leur boire 8c leur manger ne leur appartenaient pas en propre. Le pape avait condamné ces propofitions. La condamnation avait révolté les réformateurs. Enfin la querelle s'étant échauffée, les inquifiteurs de Marfeille avaient fait brûler quatre de ces malheureux moines.

Le cordelier fait pape par l'empereur, était de leur parti : voilà pourquoi Jean XXil. était hérétique. Ce pape était deftine à être accufé d'héréfie ; car qu.e!aue tems après , ayant prêché que les faints ne jouiraient de la vifion béatifique qu'après le jugement dernier , & qu'en attendant ils avaient une vifion imparfaite , ces deux vifions partagèrent l'églife , & enfin Jean fe retraéia.

Cependant ce grand appareil de Louis de Bavière à Jjç

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Rome , n'eut pas p!us de fuite que les efforts-dés autres Céj'ars Aliénions. Les troubles d'Allemagne les rappelaient toujours , & l'Italie leur échappait.

Louis de Bavière , au fond peu puiflant , ne put empêcher à fon retour que fon pontife ne fût pris par le parti de Jean XX1J. &: ne fût conduit dans Avignon , où il fut enfermé. Enfin telle était alors la différence d'un empereur & d'un pape, que Louis de Bavière , tout fage qu'il était , mourut pauvre dans fon pays , & que le pape , éloigné de Rome , ik tirant peu de fecours de l'Italie , lailfa , en mourant dans Avignon , la valeur de vingt-cinq millions de florins d'or, û on en croit Villani auteur contemporain. Il eft clair que Villani exagère. Quand on réduirait cette fomme au tiers , ce ferait encor beaucoup. Aufll la papauté n'avait jamais tant valu à perfonne ; mais auffi jamais pontife ne vendit tant de bénéfices & fi chèrement.

Il s'était attribué la réferve de toutes les prébendes , de prefque tous les évêchés , & le revenu de tous les bénéfices yacans. Il avait trouvé par l'art des réferves , celui de prévenir prefque toutes les élections & de donner tous les bénéfices. Bien plus , jamais il ne nommait un évêque qu'il n'en déplaçât fept ou huit. Chaque promotion en attirait d'autres , & toutes valaient de l'argent. Les taxes , pour les difpenfes & pour les péchés , furent inventées cv rédigées de fon tems. Le livre de fes taxes a' été imprimé plusieurs fois depuis le feizième fiècle , Se a mis au jour des abus bien vioîens que l'églifea toujours condamnés , & qu'elle a difficilement abolis.

Les papes fes fucceffeurs, réitèrent jufqu'en 1371 dans Avignon. Cette ville ne leur appartenait pas ; elle était aux comtes de Provence; mais les papes s'en étaient rendus infenfiblement les maîtres ufufruitiers , tandis que les rois de Naples , comtes "de Provence , difputaient le royaume de Naples.

La m'jîheuréufé reine Jeanne, dont nous allons parler,

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Te crut heureufe en 1348, de céder Avignon au pape Clément VI. pour quatre-vingt mille florins d'or , qu'il ne paya jamais. La cour des papes y était tranquille : elle répandait l'abondance dans la Provence & le Dauphiné, & oubliait le féjour orageux de Rome.

Je ne vois prefque aucun tems depuis Charlemagne , dans lequel les Romains n'aient rappelle leurs anciennes idées de grandeur & de liberté. Ils choififfaient , comme on a vu , tantôt plusieurs fénateurs , tantôt un feul , ou un patrice , ou un gouverneur , ou un confiai, quelquefois un tribun. Quand ils virent que le pape achetait Avignon, ils fongèrent encor à faire renaître la république. Ils revêtirent du tribunat un l'impie citoyen nommé Nicolas Rien\i , & vulgairement Cola , homme né fanatique & devenu ambitieux , capable par çon laquent de grandes chofes. Il les entreprit , & do^na des efpérances à Rome ; c'eft de lui que parle Pétrarque dans la plus belle de fes odes ou cariant ; il dépeint Rome échevellée & les yeux mouillés de larmes, implorant le fecours de Pàen^i.

Ccn gli occhi ii dolor bagnati e molli Ti chier mcrck ii tutti i fette colli.

Ce tribun s'intitulait Sévère & clément libérateur de Rome, iclateur de l'Italie, amateur de Punir ers. Il déclara que tous les peuples d'Italie étaient libres & citoyens Romains. Mais ces ccnvulfions d'une liberté depuis fi long-tems mourante , ne furent pas plus efficaces que les prétentions des empereurs fur Rome. Ce tribunal paffa plus vite que le fénat & le confulat en vain rétablis. RiemJ. ayant commencé comme les Gracchus , finit comme eux : il fut aiTaiïïné par la faction des familles patriciennes.

Rome devait dépérir par l'ahiençe de la cour des papes, par les troubles de l'Italie , par la fïériîité de fon terri-

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toire , & par le tranfport de fes manufactures à Gènes , àPife, àVenife, à Florence. Les pèlerinages feuls la foutenaient alors. Le grand jubilé fur-tout infcitué par Boniface VIIL de fiècle en fiècle , mais établi de cinquante en cinquante ans par Clément Fi. attirait à Rome une fi prodigieufe foule , qu'en 1350 on y compta deux cent mille pèlerins. Rome, fans empereur & fans pape, eft toujours faible , &: la première ville du monde chrétien.

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