‹ EssaiChapitre 96 sur 200 · Chapitre XXVIÏ. 209 Q · texte numérisé non relu

Chapitre XXVIÏ. 209 Q

moine francifcain nommé Frère Robert, qui gouvernait André , alluma la haine & la difcorde entre les de»ax époux. Une cour de Napolitains auprès de la reine , une autre auprès d'André, compofée de Hongrois , regardés comme des barbares par les naturels du pays , augmentait l'antipathie. Louis, prince deTarente, prince du fang , qui bientôt après époufa la reine , d'autres princes du fang , les favoris de cette princeiîe, la fameufe Catanoife fa domeftique fi attachée à elle, réfolvent la mort d'André. On l'étrangle dans la ville d'Averfe , dans l'antichambre de fa femme,. & prefque fous fes yeux ; on le jette par les fenêtres. On laifîe trois jours le corps fans fépulture. La reine époufe au bout de l'an le prince de Tarente accufé par la voix publique. Que de raifons pour la croire coupable.' Ceux. qui la julîifient , allèguent qu'elle eut quatre maris , & qu'une reine qui fe foumet toujours au joug du mariage, ne doit pas être accufée R des crimes que l'amour fait commettre. Mais l'amour feul 2? infpire-t-il les attentats ? Jeanne confentit au meurtre de fon époux par faibleffe , & elle eut trois maris enfuire par une autre faiblefle plus pardonnable «Se plus ordinaire, celle de ne pouvoir régner feule.

Louis de Hongrie frère 0! André , écrivit à Jeanne qu'il vengerait la mort: de fon frère fur elle & fur fes complices. Il marcha vers Naples , par Venife & par Rome , & fit aceufer Jeanne juridiquement à Rome devant ce tribun Lola Rien^i , qui, dans fa puiffance palTagère & ridicule , vit pourtant des rois à fon tribunal comme les anciens Romains. Riewi n'ofa rien décider , & en cela feul il m3ntra de la prudence.

Cependant le roi Louis avança vers Naples, faifant porter devant lui un étendard noir fur lequel on avait peine un roi étranglé. Il fait couper la tête à un prince du fa ri 2 Charles de DuraiiQ* complice du meurtre. II i'1 produit la reine Jeanne , qui fuit avec fon nouvel époux ij. dans fes écats de Provence. Mais ce qui eR bien étrange , JJ

EJfaifur lès mœurs. Tom. II. O t£

C? aïo Essai sur les mœurs.

c'efl: que l'ambition n'eut point de part à la vengeance à" André. Il pouvait s'emparer du royaume , & il ne le fit pas. On trouve rarement de tels exemples. Ce prince avait , dit-on , une vertu auftère qui le fit élire depuis roi de Pologne. Nous parierons de lui quand nous traiterons particulièrement de la Hongrie.

Jeanne coupable & punie avant l'âge de vingt-ans d'un crime qui attira fur fes peuples autant de calamités que fur elle , abandonnée à la fois des Napolitains & des Provençaux , va trouver le pape Clément VI. dans Avignon , dont elle était fouveraine ; elle lui abandonne fa ville & fon territoire pour quatre-vingt mille florins d'or qu'elle ne reçut point. Pendant qu'on négocie ce facrifice, elle plaide elle-même fa caufe devant le confiïloire , & le confiftoire la déclare innocente. Clément VI. pour faire fortir de Naples le roi de Hongrie , ftipule que M Jeanne lui paiera trois cent mille florins. Louis répond, qu'il n'eft pas venu pour vendre le fang de fon frère , qu'il l'a vengé en partie, & qu'il part fatisfait. L'efprit de chevalerie qui régnait alors, n'a jamais. produit ni plus de dureté, ni plus de générolité.

La reine chaflee par fon beau-frère & rétablie par la faveur du pape , perdit fon fécond mari , & jouit feule du gouvernement quelques années. Elle époufa un prince d'Àrragon , qui .mourut bientôt après. Enfin à l'âge de quarante-fix ans ,. elle fe remarie avec un cadet de la maifon de Brunfvick, nommé Othon. C'était choifir plutôt un mari qui put lui plaire , qu'un prince qui la put défendre. Son héritier naturel était un autre Charles de Durano fon coufin , feul refte alors de la première maifon à' Anjou à Naples; ces princes fe nommaient ainû , parce que la ville de Durazzo , conquife par eux fur les Grecs , & enlevée enfuite par les Vénitiens, avait été leur apamge : elle reconnut ce Dura^o pour fon hérider , elle l'adopta même. Cette adoption & le grand

, ^Q%^^=?r~~~î~' ' -^ âJÊ^fâj^g**

"HTi

'=*u&âv"**iÊ

Page 1