D UNE MORT VOLONTAIRE
Tombé sur les genoux, celui qui se laisse choir contre terre ne veut pas mourir : il s'offre au maître de la poussière et se fait égorger. La mort volontaire est hideuse, si elle n'est en effet un acte de volonté.
Pour la plupart, se tuer c'est succomber à la tentation d'en bas. On se met à son rang. On se juge. On se biffe du texte : un pauvre mot qui n'a pas de sens. Ce deleatur m'effraie.
Je vois une grandeur dans la mort volontaire : mais c'est la grandeur des faibles. Ils veulent vivre, et ne peuvent pas être.
11 ne faut pas fermer soi même la route où Dieu
peut venir. Entre lui et nous, il ne faut pas creuser cet abîme de vide. S'il vole un jour à notre rencontre, faut il avoir eu l'affreuse faiblesse d'effacer nous mêmes nos traces sur le chemin où il nous cherche, de sorte qu'il ne nous trouve plus ?
Dans la faiblesse, il est une séduisante tentation : dépouiller enfin l'armure ; et se coucher tout de son long sous le poids. Glisser au fleuve, et que ces armes ne soient plus, enfin, que la plus lourde pierre au cou.
Ah, parfois, on aimerait de se laisser aller. C'est assez, c'est trop être soi même. C'est assez lutter contre tout ce qui nous offense, et contre la femme pleurante que nous tenons enchaînée au fond de nous. On est si tendre dans l'abandon de soi, quand on est recru de ces ardeurs violentes, où brûle une bien plus haute, mais terrible tendresse ! Tomber à la rivière ! Que la cruelle coule avec son babil au soleil ! Et que le courant nous porte où il voudra, loin de vous, les hommes, et loin de nous.
Mais c'est trop fléchir. La pensée que je cède me brûle au point que je ne puis plus goûter la morne joie de céder.
Nous ne sommes tentés que pour ne pas succomber à la tentation.