PART DU DESTIN
Cependant Némésis est jalouse. Elle ne veut pas qu'on se vante, même d'être docile aux dieux ; même de subir sans révolte leur inconstance. Némésis prétend être injuste contre les hommes, et folle s'il lui plaît. C'est la part du destin, et je la lui fais dans mon courage. Je réserve donc le
cas de la maladie, qui nous ampute de notre âme ; et du tyran, cette autre maladie, la plus vile de toutes, quand il prétend nous asservir et nous dégrader. Car s'il veut seulement me faire taire, j'y souscris. Les tyrans m'ont rendu le silence plus cher que toute parole. J'en ai fait dès longtemps l'essai dans le mépris de ceux qui me diffament et me méjugent.
L'abjecte maladie qui nous ôte à notre belle guerre, et qui ne nous permet plus d'être maîtres de nous mêmes, il faut lui échapper, fût ce par la mort : c'est force alors de se tuer ; c'est vouloir libre ; c'est charité. Je veux me restituer entier à mon dieu, tel un enfant grandi, mais qui semble toujours naître : comme une feuille de mai, non comme une branche pourrie.
Mais être las de sa peine, las de vivre, las de souffrance et lassé de soi ? Non. Que toutes occasions de combat nous soient occasions de victoire : il s'agit de vaincre. Pour soi, non pour le monde. Pour vous, mon âme, pour vous.