DES SIGNES QUI ONT PRÉCÉDÉ L 'EMBRASEMENT
des Ghrestiens , qu'ayant sur le Persan prins d'assaut et donné certaine riche Ville au pillage à ses soldats, voyant par après qu'ils s'amusoient tellement au saccage, qu'ils ne vouloient sortir des maisons ny au bruit des tamboui^ , ny au son des clairons , y mit le feu, pour les nécessiter de se venir mettre en défense sur le péril eminent aux approches du Satrape et des ennemis) Dieu voulut premièrement par les ruines et ravages des eaux survenus aux environs : par les malheurs de nos voisins : et en fin par ses clairons ses Prédicateurs provoquer le peuple à pénitence, à éviter les feux de sa colère, avant (dis-je) que nous chasser de la Ville par les feux du bruslement de nos bastimens. L'action de nos Prédicateurs s'en alloit sur ces vers prophétiques de la Sybille Delphique,
Propterea fervens ignis vos deprimet ardor.
ou plustost sur ces versets tirez du Pseaume
Deus justus judex fortis etpatiens! nunquid irascitur per singulos dies ? nisi conversi fueritis , gladium suum vibravit , arcum suum tetendit et paravit illum.
Et in eo paravit vasa martisy sagittas suas ardentibus ejfecit; comme s'ils disoient spécifiquement , Si vous ne vous convertissez , il brandira tost son glaive flambant , comme par la main de l'ange Raziel , vous chassant pis que luy le pauvre Adam du Paradis terrestre de vos maisons : il a tendu son arc, tiré les flèches ardentes de son carquois, et préparées à brusler. Mais au partir de-là, le son de la voix remontant au Ciel, eux demeurans en terre, comme sijàen pauvres releques, ils apostrophoient , à l'exemple d'Ovide, sur la clémence du souverain Auguste.
Sed facilis, placidusque parenSy veniaque paratus , Et qui fulmineo sœpe sine igné tonat.
DES SIGNES QUI ONT PRÉCÉDÉ L'EMBRàSEMENT. 259
Aucuns presumoient tant de la bonté et miséricorde de Dieu , qu'ils croyoient ces voix tonantes de sa parole ne seroient qu'esclairs qui ne font que passer, ou sans feux et sans foudres. On disoit des Athéniens qu'ils n'estoient jamais sages que quand ils portoient le dueil de leur folie, ou quils ne traicloient delà paix qu'en robes noires : leur reformation et changement de vie estoit comme des pins bruslez dans S. Basile, lesquels furent métamorphosez en chesnesi tousjours propres à brusler et jetter au feu , sans porter autre fruict qu'amer.
Le douzième, il fut veu de S. Chaffrey Communauté aboutissante à celle-cy, un ciel si flambant ou ignée sur le soir, qu'on y disoit le Salut (environ deux heures avant que le feu se fut prins à la Ville ) que plusieurs sortirent delà Chapelle effroyez croyans qu'il fut au Village, et s'y accoururent par tous les endroits d'iceluy pour le recognoistre sans le trouver. Les Gentils ont prins le feu, la flamme pour une heureuse adventure : etparefiect celle qui parut autour du chef de Servius Tullius dormant en aage d'enfance, et aussi de la flamme dont fait mention Valere parlant de Lucius Martius. Mais on vit bien tost que la susdite n'estoit que de sinistre augure , ou plustost qu'un esclair du feu de la colère de Dieu qui precedoit la voix du tonnere , ou de la foudre qu'il alloit lancer contre ceste pauvre Ville, par l'embrasement d'icelle si soudain, effroyable, et inévitable; dont, comme les autres Communautez n'y ont rien gagné, la susdite seroit participe de la perte et des esclats. Ainsi aussi atteste Josephe avant la>evolte des Juifs, à mesure que le peuple s'assembloit pour faire la feste de Pâques, une si grande clarté resplendit autour de l'autel et du Temple sur les neuf heures de nuict, qu'on pensoit qu'il fut jour.
Le treizième, à l'heure mesme que survint ledit embrasement, un brave jeune Advocat , enfant de la Ville, estoit disant ses derniers adieux au monde pour s'aller rendre comme tost après dans ceste