‹ EssaisChapitre 15 sur 27 · QUI ONT PRÉCÉDÉ L'EMBRASEMENT · texte numérisé non relu

QUI ONT PRÉCÉDÉ L'EMBRASEMENT

DIEU ne fait jamais des corrections si exemplaires, que sa miséricorde n*en ait donné de préalables advertissemens aux sujects de sa colère, aux hommes esquels autrement s'en doit aller fondre la fureur de son indignation, pour les disposer à l'éviter par pénitence, par des pieux , méritoires et saincts divertissemens. Ainsi le Soleil fut l'espace de dix-sept jours sans donner lumière, lors que les Grecs schismatiques estoient sur le poinct de perdre l'Empire de l'Orient : ainsi des terre-trembles, pluyes de sang , gresles de pierres, et semblables prodiges , souloient survenir aux Gentils aux approches qu'ils estoient de recevoir des grands eschecs : on Ut mesmes en plusieurs endroits de llliade d'Homère antequam quod futurum erat evmiret^ famam ad castra pervertisse :\à venue des François nos fondateurs à Rome , et le bruslement d'icelle par eux , y fut prédite par Cedetius homme de peu. Et un frère Charles Religieux du Convent de S. François, devenu pauvre d'esprit aussi bien que de vœu, jà auparavant que personne eut notice, voire que l'ennemy y eut pensé, présagea la prinse decesle YiUe, par cet advertissement qu'il alloit donnant à

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chaque rencontre des personnes , Ley'tout perdu j tout perdu. Un autre Religieux du mesme ordre , par sa prédication en l'Eglise de ladite Maison conventuelle , le jour de Pasques sur ce Pseaume, Deus venerunt GenteSj polluerunt Templum sanctum tuum, etc. prédit encor de plus près l'arrivée de nos ennemis, qui la nuict suivante lors des premiers mouvemens de la Religion preten. Refor. vindrent surpendre la Yille d'assaut , et brusler ladite maison religieuse. Bref, comme il est dit en TEscriture , qu'avant Texpyrose et conflagration de rUnivers, erunt signa in Sole y lAtnaet in stellis; de mesmes avant ce grand embrasement de la Yille de Briançon y a-il eu plusieurs prédictions, grands et petits prodiges avant-coureurs, signes privez et publics.

Le 1. que jusqu'au jour des feux, sans qu'il se trouva que bien peu d'acquéreurs , il y avoit par la Ville autant de maisons à vendre à bonne commodité qu'il y en a depuis eu de bruslées de proche en proche ; là où plusieurs se souvenoient qu'environ l'espace de vingt ans de leur premier temps , à peine s'en estoit-il trouvé une en vente , signamment le long de la gran-ruê ; voire que par semblable loy à celle qu'estoit parmy les Athéniens, de n'aliéner toO; x>iq/»ovç, les fonds que chacun de leurs citoyens estoit tenu d'avoir et cultiver soy mesme puis le concert de Minerve avec Neptune , sembloit que les maisons à Briançon fussent aussi inaliénables à quel titre que ce fut.

Le 2. que peu auparavant les feux deux maisons fondirent au quartier du Temple, lesquelles à plein midyy obscurcirent l'air, la terre, et presque toute la Ville de la grande poussière qui rejalit de leur cheute tout à coup , mais si prodigieuse bonnement que les ténèbres d'Egypte ; et ne fut possible, ny à tant d'autres personnes qui y accoururent de s'entre-voir, sentendans seulement parler, et encore comme d'une voix esloignée ; les vestiges des y accourans de-

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meurarent empraints parles rues (tellement le pavé en fut couvert) fallut aussi courir aux vergettes si fort les habits en furent poudrez.

Le S. ]a mesme sepmaine fondit une autre maison au Gran-cayre , et le four de la Ville ; et ce qui fît d'abord sinistrement augurer que tost ilnous arriveroit quelque grand malheur, fut, que ces bastimens sis à divers endroits de la Ville , tombarent d'eux mesmes es jours serains qu'il ne pieu voit ne ventoit, et que nous estions encores sans neiges. Le prodige aussi fut, qu outre qu'on navoit jamais veu si grand obscurcissement en la Ville à plein midy , ne telle cheute d edifîces à la fois; d'iceux Tun estoit la maison d'un surnommé Grand, l'autre du plus grand de stature de toute la Ville , et que ledit four s'appelloit Gran-four, et si estoit du public, et ladite maison au Gran-cayre estoit du plus riche et notable, comme qui diroit du plus grand de cet endroit là. D'où s'ensuit qu'ainsi qu'avant le bruslement de Hierusalem , un des présages fut , qu'au Temple la porte orientale grande et massive au possible des lames d'airain dont elle estoit estoffée avec des grosses serrures, barres de fer et verroûils, laquelle ne se pouvoit clorre et fermer qu'à toute la force de vingt hommes, et dont on ouyoit le bruit des gonds ou du fermement de bien loin , lors on la vit neantmoins s'ouvrir d'elle mesme et sans bruit, et à peine le Magistrat la peut-il par après faire fermer avec renfort de plus grand nombre d'hommes que desdits vingt portiers ; d'où les sçavans personnages de la Cité inferoient que la defence du Temple se deferoit d'elle mesme , et que la solitude estoit présagée par un tel signe: de mesme de telle cheute de maisons l'on pouvoit conjecturer ce qui est advenu , que la Ville d'elle mesme se destruiroit se ruïneroit de ses propres feux; que sa defence, ses eaux, ses neiges viendroient à manquer en mesme temps : que cela nous estoit pressage signamment de ce que lesd. deux maisons de celles qui servoient de murailles et de ramparts tombans d'elles mesmes , il ne nous estoit

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demeuré qu'obscurcissement , et que poussière par toute la Ville à plein jour: que par tels prodiges la Ville estoit menacée de sa ruine et pauvreté , et d'estre tost réduite en solitude.

Lamesme sepmaine encor, passans à la rué (depuis appellée la rue des Esleus) avec un autre Advocat , faillismes d'estre tuez d'un plastras de l'avant d'un autre bel édifice, lequel vint à fondre sur le bords de nos chapeaux ; là autresfois estoit la Maison de Ville , et de l'antecesseur Secrétaire et garde -cadastre d'icelle, à laquelle dés les premiers mouvemens estoient resserrées , comme en azile et en deposts , les cloches de la parrochiale , et les portes de son porche trelissées de fer.

Le 4. que ces enistiques d'Aristophanes

T«o vnifntpa vé/^rcpoe .^«rec

que j avois autresfois leu dans Lypse, me venoient souvent en bouche quelques jours avant l'arrivée des feux.

Le 5. tin oyoit en mesme temps et à tous coups le vulgaire proférer avec estonnement cet ancien et rude proverbe, Calenda mercurinaj de cent ans n'y a proud'una : présupposant que l'année comme cellecy que la feste de Noël escheoit le mercredy, estoit plus infauste et pleine d'accidens.

Le 6. huict jours avant ce grant embrasement deux ou trois loups descendirent à la Ribiere , y vindrent hurler, enlever quelques brebis et une chèvre près de la Tour Perse.

Le 7. selon la doctrine des augurs Servius fait ces belles remarques

sur le chant du chathuant et vol d'iceluy , Btibo si cujus œdes inse-

rAerit et vocem émiser it^ mortem significare dicitur: si autem de

husto sudem ad tectum detulerit incendium œdibus portendere : à ce

propos, sans avoir prins garde à telle superstition , il est bien vray

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qu'un coq chanta à l'entrée des neuf dernières nuicts précédentes celle de l'embrasement dans l'estable d'un surnommé Solet , et fut ouy de tous ceux de sa maison presque contiguë à l'incendie. Et c'est la vérité que les Romains mettoient le coq entre leurs divins et sacrez augures; et estoient en ceste créance, que les coqs qui chan tarent plusieurs nuicts à heures insolites , devinèrent la glorieuse victoire tost après rapportée par les Boëtiens contre les Lacedemoniens. Pline a esté de mesme opinion , que les coqs chantans ainsi tant de nuicts contre nature , présagent et portent bon-heur. Mais plustost serois-jederadvisd'Aristote,anéwa/ta hœc prœsentire eoprobatur^ quia minus occupata imheciliora corpora habentia^ temporum mutatûmes illico sensiunt, signo {di\A\) nobis est gallus cantans in primis noctis horis. Et par ainsi qu'ayans pressenty nos changemens de temps chaud et humide, en un temps extrêmement froid et sec , et comme tel préparé à des embrasemens^avec lesquels pour l'ordinaire s'eslevent les vents ; ainsi les bestes aquatiques prédisent par leur chant les grandes pluyes et déluges imminens , et consequemment la submersion de quelque Ville. ; d'autres présagent par leurs hurlemens les tempestes, et de suite les naufrages sur mer; ou les ruines, les foudres , les bruslemens sur terre. Ainsi ausssi dans la maison du second Consul , jusqu'à ses trois chiens se prindrent à hurler , à l'instant que le premier feu se fut prins à celle du Merle, que plusieurs d'entrée ont creu quec'estoitpareffect inauspicata illa et incendiaria avis, et par ainsi autre que celle que le susdit Naturaliste asseure estreincognuë, et neantmoins avoir souvent donné des allarmes et des appréhensions des incendies dans la capitale du monde.

Le 8. la veille de celle-cy j'eus en dormant vision d'un petit fouet, ou en songe que je le voyois à trois branches toutes seiches du bois dont on fait icy les balais, dans un air tout embrasé et ardent: mais puis qu'on ne peut asseurer ceste vérité que par serment (ex ete-

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nini quœ consistunt in animoy consdentia et intellectuprobantur duH' taxât per proprium juramentum^ glos. in §. alûe instit. de action.)

Tango aras , mediosque ignés et sydera testor

(en cas que telle espèce de serment des anciens , ne sera repreuvée mesmes per c.Divi MatthaU 23. prohibitif de jurer percœlum, per terram, per ignem) Les Dieux qui sçavent tout , disoit Hermogenes , me sont tant amis pour le soin qu'ils ont de ma personne et de mes affaires, que prevoyans ce qui me doit advenir, ils m'en advertissent tousjours par quelque voix , par songes, ou par les présages du vol des oyseaux. Souvent Dieu , des choses qui nous touchent , nous en donne des advertissemens par signes, songes, et autres moyens avant-coureurs. Platon mesme lib. 4. de legib. tient que Dieu suggère la police d'une Ville, et la constitution des loix par oracles, songes, et semblables voyes : mais suivant cet ancien advis, somnia necures, au réveil ce songe fut prins pour la commination de quelque chastiment léger : Ou tout ainsi que quand Gassandre, sur l'interprétation de ce que sa mère songeant qu'elle enfantoit un flambeau ardent qui brusleroit tout le pays , enfantant par après Paris , prédit tout ce qu'il en advint , sans qu'on y adjousta foy jusqu'à l'événement : je ne fis pas non plus estât de ce songe, le tenant à la parfin pour une rêverie ou illusion , jusqu'à tant que la prochaine arrivée de l'embrasement des trois quarts de la Ville en veuë, en fit voir l'entante et les effects, et recognoistre la faute d'avoir peu prisé cet advertissement du ciel. Le susdit Autheur Artemidore en l'Epitome de son livre 2. traictant des songes qu'on fait au feu, ou des visions du feu en dormant, les expose d'une façon assez approchante du présage de nostre incendie.

Le neufiéme, a esté le Comette qui parut si universel l'an 1619. présageant Urbiun incinerationes ^ atit incendia y terrœmotusj ruinas ^ bella, ferarum, seu luporum incursus et rabieSy pestes y famés et tenipestates , dit Aristote , Meteor, lib. 1 . et que les effects et les

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malheurs de sa suite n'arrivent de quelques années après. Ce signe au particulier de Briançon se tire aussi d'une autre Météore ou petit Cornette, lequel plusieurs de ceux qui se tenoient par les maisons champestres , on dit avoir veu flamber tome en forme de fouet de feu contre la Ville, et quelques nuicts précédentes l'incendie, paroistre du costé du Septentrion au dessus du Poêt, montaigne et bois de ceste Communauté , d'où sourdent nos fontaines.

Le dixième , des Prestres de fort bon exemple, le Vicaire pour lors de l'Eglise Nostre Dame, et le Gardien presque perpétuel des Cordeliers : l'un, faute d'estre payé, disoit-il, du public qu'en mandats : l'autre, envie de quelques siens frères conventuels, furent contraints , l'un de quitter ladite Parroisse de son vicariat : celuy-cy son Couvent, et par ainsi tous deux la Ville bonnement comme les Anges tutelaires la cité de Jérusalem peu avant sa destruction et bruslement: Apres avoir aussi ledit sieur Vicaire publié au Prosne ses plaintes , et ses adieux la larme à l'œil.

L'unziémo, un Docteur en Théologie Prestre séculier surnommé Pascalet, en l'un de ses premiers essais qu'il fit en chaire , preschant ort dignement le mesme jour de Dimanche et de S. Heloy quelques heures auparavant l'embrasement, exhortât fort le peuple à pénitence, proférant, comme par esprit de prophétie, ceste menace: qu autrement il nous arriveroit tost quelque grand malheur. L'Archi-Prestre et Curé au Prosne en un peu de brusque exhortation aussi à son accoustumée une heure auparavant, fit mesme mention du bruslement de la Ville.

En termes de chasse et de vénerie, on tient que

Fovea atque igni prius est venarier ortum Quam sœpireplagis saltum, canibusque ciere.

Mais tout autrement que cela (ainsi lit-on de certain General d'armée

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