‹ EssaisChapitre 18 sur 27 · ET QU^ PARASTI CUJUS ERUNT · texte numérisé non relu

ET QU^ PARASTI CUJUS ERUNT

Paroles qui s'adressoient à un chacun des citoyens qui passoit à la rué là devant , et les avoit leuës : Mais on ne fut jamais sage interprète de cet énigme prophétique exposé en public jà dés une année , selon

DSS SIGNES QUI ONT PRÉCÉDÉ l'eMBRÂSEMENT. 263

la manière de supputer le temps par les hommes ; et neantmoins par paroles de présent et en trois lettres ( façon de parler de la Divinité à qui toutes choses sont tousjours présentes) jusqu'à ce que le soir du Seigneur le Dimanche feste de S. Heloy, on ouyt les mousquetades du Ghasteau , les tocsins des clochers , les voix humaines par les rues , que tout cryoit au feu , à la place au Temple , comme si tout declamoit contre chaque citoyen, Stulte hoc nocte^ et par extention desdites trois lettres , Ex Templo Con/lagratio.

Fait aussi à remarquer, tout ainsi qu'après le déluge de Thessalie, l'isle de Delos pour y avoir esté premièrement trouvé le feu, fut autrement appellée Astérie : Geste isle de maisons, entournée de rues, et de ladite place au Temple , pouvoit aussi estre appellée Astérie, nonseulement parce que c'est en teste d'icelle , sçavoir en la maison où habitoit le Merle , que fut premièrement veu et trouvé, le feu de l'embrasement : mais aussi d'autant qu'il y avoit deux maisons de certaine famille, lesquelles pouvoient rendre le nom d*Asterie, pour estre surnommée d'un nom presque tout pareil. Et aussi qu'en icelle sur le chapiteau d'une ancienne colomne de pierre estoit taillée ceste autre inscription :

Finis coronaf optis ,

Comme c'est la venté que là aussi finit le déluge de nos maisons : de ce costé l'œuvre print fin , et le feu de la conflagration ne passât pas aux Isles Fortunées, ains s'arresta et finit là tout proche de son commencement.

A l'opposite et porte à porte de ladite première maison du feu , y estoit aussi taillé en pierre dés long temps sur Tune des arcades ,

Quidquid agas prudenter agas ? respice fvnen^ ?

Gomme par forme d'advertissement à chacun, que quand on ne feroit qu'aller folastrement dérober des pommes et des chastaignes chez le

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voisin avec un bout de chandelle allumé , il falloit prendre garde au feu y et y aller avec prudence : Ainsi le Satyre voulant baiser et embrasser le feu la première fois qu'il le vit , Promethée qui venoit de le dérober au ciel, lui cria; Bouquin, tu pleureras la barbe de ton menton , car il brusle quand on y touche : il baille voirement lumière et chaleur, et si est un instrument servant à tout artifice , pourveu qu'on en sçache user.

Noé après le déluge Gt prière à Dieu, à ce qu'il pleut à sa miséricorde prendre désormais le monde à mercy, et ne luy envoyer plus des deluges , qu'autrement arriveroit que ceux qu'il luy avoit pieu sauver, seroient de pire condition que les autres qu'y estoient péris et perdus : Âpres ce grand déluge de feux et de maisons, ceste pauvre Ville n'estant exaucée en ses prières , y survindrent plusieurs autres menus embra. semens , dont ceux qui s'estoient sauvez et garantis du premier, pensoient périr plus infœlices des autres suivans : le mesme hyver sembloit devoir les achever de brusler, et que la menace du Seigneur parla bouche du Prophète Ezechiel contre Taphnis, lors grande cité de la Thebaïde , quand il dit : Testonneray la terre (TjEgypte , et gasteray la contrée dePhaturés: mettray le feu en Taphnis, et feray nies jug&inens en Alexandrie , deut ores influer sur nous , puis que le feu parcouroit toute la Ville, et que par surcroist de malheurs nous estions menacez du changement du Barreau, ou du Siège de Justice de ce Bailliage à Oulx (1 7).

TROîs mois de Décembre secutifs fataux ou infaustes pour nous, ont esté Tun tel qu'il est qualifié dans Martial fumosus December^ causant l'embrasement : le 2. tonans , à causes desdits tonnerres prodigieux : celuy-cy tremulus ; d'autant que le soir S. Estienne, ou de S. Jean TEvangeliste, à unze heures de nuict, survint celui des sept espèces de tremble-terres, dit des Latins terrœmotus tremulus ; seulement j'entrois dans le lict de repos, quand (lors comme un pauvre bruslé en chambre locante, et selon qu'il estoit possible d'en avoir en ceste abrégé des Villes ) voylà trémousser le sol , le plancher, la chambre, le lict:

VmG.

tremere omnia visa repente.

Mais de telle secousse , que si prests à tomber en pièces ; je me relevé en sursaut , metu vis tnajoris , et en prière d'appréhension que où à la ville de Basle en Allemagne, ou de Nicomede cité de Bithinie en Asie , le feu bruslat ce que le terre-tremble avoit laissé

sans l'abattre: tout à rebours le tremblement de terre n'achevât de renverser ces vieilles maisons ruineuses que le feu n'avoit pas bruslées; ou que la ruine ainsi qu'esdites Citez, n'excitât quelque embrasement de nos restes , les feux particuliers n'estans encores tous estaints : le lendemain tout un monde s'enqueroit avec admiration par la Ville , si on ne s'estoit apperceu du prodige arrivé la nuict : on racontoit qu'en des maisons il avoit fait non seulement tinter, mais renverser la vaisselle ; tomber de la poussière et du piastre, et en mesme temps trembler la Ville et les Villages. Je fus sur le poinctde le prédire , et en donner advertissement tel qu'Anaximandre le Physicien Mylesien aux Lacedemoniens , de prendre garde aux vieilles masures du restât de la Ville, aux Eglises et au Ghasteau: Mais (remarque Niphus) on ne peut par un signe seul asseurer l'événement d'un trembleterre, notamment en ceste Ville assise sur de si solides fondemens, et où (Dieu grâces) la Nature ne fait gueres de tels efibrts : je ne voulsis jà scandalizer tout un pays, n'ayant prins garde qu'à ce seul et l'un des plus puissans signes antecedans , savoir que le soir de la Messe de minuict, s'esleva si grand vent qu'il sembloit qu'il deut faire du magnilier, mouvoir, sonner les cloches , abattre mesme le clocher Nostre Dame : au conspect de plusieurs qui venoient de ladite Messe, il atterra tout d'une bouffée deux femmes à l'entrée de la porte aux Italies : et puis soudain , comme les vents nocturnes et les choses violentes ne sont point de durée, voila que (pour user des termes d'Aristote) intravasantur venti , et arrivèrent deux, s'il est permis de le dire , aussi beaux que bons jours ; un grand calme , un temps si doux , un air si extraordinairement gay et serain que merveilles : il n'estoit rien demeuré de rude sur la surface de la terre quand par la longue absence du Soleil es grandes nuicts sur l'equinoxe terra infrigidata : exhalatio propulsa ad interiora terrœ loca , universa ventorum moteria reclusa intrà terrœ viscera; summœ illi , subitœque

tranquiltitati , subilus successit terrœmotus. Je l'attendois et croyois d'une autre espèce , memoratif du grand embrasement de la Ville , quin foret terrœmotus ruinosus , propter ignem ( dit Aristote ) qui terram succomburit , présupposant qu'ainsi les feux célestes le Soleil et les estoiles : De mesmes, nos feui ayans eschauffé les entrailles de la terre, et comme cela meu les crasses exhalaisons : icelles menés eussent agité, esbranslé la terre (d^m nihil aliud sit terrœ motus quàm mediterraneus ventus ) ou que ne plus que moins que les rayons du Soleil et des Astres , les ardeurs de nos feux multipliées au profond et surface de la terre venans à TeschaufFer et desseicher, exhalatUmem fecissent multam : et que par après ceste exhalaison chaude et seiche multum de terrestri calido participansj in viscerebus terrœ genita aut in superficie j autpostea reclusa^ par la grande résistance des rochers , ne sortit avec plus de violence et de secousse. Et d'autant plus , que le sentant arriver à minuict et l'Automne, quœ sunt spirituosissima tempora, et en si grande tranquillité de l'air, après un vent si véhément, noctu siquidem et autumno et in tranquillitate et siccis temporibus plures et majores fiunt terrœ motus , c'est l'observation d'Aristote : mais Dieu voulsit que l'exhalaison estant débile, non potuit nisi leviter totam movere vallemy quœ est valde gravitans et resistens in tanta rupium mole^ et sic factus fuit duntaxat terrœmotus tremulus et unico agitatu cessavit. Je ne sçaurois le mieux exprimer que le mesme prince des Philosophes de qui j ay emprunté ces termes-là , où il traicte des légers trembleterres. Mon locateur et autres eurent cet advis de moy quelques jours après, de ne coucher (aucuns en usent ainsi) les valets et les servantes par les estables, pour éviter les pestilentes exhalaisons qu'évapore par après la terre {exeunt , dit le mesme Météorologiste, post terrœmotus vapores m^r taies) et de faire par qui en auroit le moyen , des grandes provisions de vivres , et ne se charger

par trop de bestail : et de faict qu'en la seule foire de Septembre suivante , il mourut jusqu'à six que juments que mulets , et par ainsi plus qu'en plusieurs autres foires. Yray est qu'entre deux y sçavoir quelques mois après ce tremblement présager et de la grande stérilité ensuivie, survint un Ecypse de Lune, au poinct de temps qu'il avoit esté observé par les Astronomes en leurs Almanacs (1 8).

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LES Loups ministres de la cholere de Dieu, lesquels ces années passées ne couroient aux chairs humaines , que de l'Embrunois sans endommager les voisins ne l'estrauger qui y frequentoit, ne mesme sortir des limites de cette principauté là, commencèrent enfin de venir faire leurs courses et leurs ravages dans nos terres, s'en prendre aux Chrestiens Briançonois , qui sont deçà le Mont-Genevre , et par ainsi du mesme Diocèse. Une jeune fille en Queyrieres fut la première qu'ils mirent en pièces et emportarent la nuict sur les marches de l'Embrunois. Un loup fut sinon si apprivoisé. Puisque, lupus cicur fieri non potestj dit sainct Basile, du moins si hardy , que de venir le soir dans sainct Martin Queyrieres, mettre sa teste à la fenestre d'un establat pleine de gens , et puis lutter avec une villageoise, laquelle en estant quelques heures après sortie pour aller où elle estoit requise en personne, il la saisit, et elle, le Loup, et ne sçeut se défendre si bien , ne le soudain secours , qui à son cry accourut, que cet animal n'emportât partie des fesses par où il l'avoit surprinse.

David Berger en son enfance parlant au Roy Saul , j'ay souvent ditil au nom de Dieu , ravi de la gueule du Lyon ou des Ours mes brebiettes , disant aussi qu'ils lui couroient sus , mais qu'il les empoignoit

et suffoquoit de sa main propre ; ainsi quatre ou cinq jeunes Bergers , mais qui n'avoient ce don du ciel, venans un jour de feste matiniere de la GhapeHe S. Biaise faire leur dévotion , et se retirans par un sentier à la montagne vers les Puys; un Loup sauta sur le premier, le saisit par sa jacquette, les autres pauvres Bei^erots, pour arracher de la gorge ou des pattes du Loup leur compagnon, le tiroient de toutes leurs forces , se tenans tous attelez par les pieds l'un de l'autre: le Loup affamé et en peine de les traisner tous cinq, en ce moment de temps qu'il mit à quitter la jaquette pour saisir sa proye, ledit premier Berger au col, ce pauvre garçon se jette à corps perdu à bas d'un mur, sur lequel à fleur d'une terre plus haute passoit ce sentier , et le coup de dent du Loup alla fondre sur le temple gauche du pauvre Berger subséquent, et aux cris et clameurs de cette trouppe ravie, seulement le secours y accouru dudit village, arrivoit quand la pauvre Âme hors de prise partoit du corps. Cette beste brutte ayant d'une gorgée ou dentée engbutti avec cette partie de la teste la vie; il fallut ainsi qu'avec les Loups marins esquels le chasseur est contraint donner partie de la proye, partager avec ce Loup terrestre et se contenter des restes ou reliques du Berger; ses pauvres parents bien désolez, portarent le corps comme au Temple d'Apollon Lycorée, à Briançon au Temple, pour avoir actes de la mort cazuele, et éviter qu'on n'allast lever le corps par voye de justice, le Magistrat s'y estant changé depuis le bruslement.

L'alarme en estoit ja si grande, que non seulement ainsi que

Non procul à stabulis audet decedere si qua Excussa est avidi dentibus agna lupi.

Mais les plus grands Bergers , et bonnement personne n'osoit la nuict sortir par les hameaux et villages , attendu qu'ils ne ferment poinct ; aussi-tost courut la mode d'aller par campaigne chacun avec

son achon : les Loups ne s'arrestoient point pour des espées , ils les rompoient des dents. Cet animal qui auparavant avoit les personnes comme sacrées, ne descendoit des bois quel'Hyver, ne couroit qu'au bestail , ayant escarté du troupeau es pasquerages et enlevé quelques brebis ne la y eust osé manger, mais la tenant des dents saisie par le col, et l'ayant au surplus jettée sur son dos, la portoit toute vive de telle vitesse , qu'un cheval à la course auroit eu peine de l'atteindre : parfois la tenant des dents par le col , il la presse de sa queue ainsi que d'un fouet par le haut, la menoit conune à nopces, ou festiner avec luy au désert, loing de la veuê et fréquentation des hommes, mais de telle dextérité en cette conduite si pressée , qu'il donnoit parfois plus d'admiration et du plaisir au Berger spectateur, que la peur et l'interest de la perte ne le pouvoient esmouvoir (19) : A présent pis que les Lyons de Mésopotamie , lesquels bien que les plus furieux en Hyver et plus fréquents à se ruer par la campagne sont neantmoins paisibles, et par le haut en Esté; Les Loups faisoient des ravages et de jour et de nuict, et d'Hyver et d'Esté, et par le haut, et encor plus par le bas; Deux vindrent engloutir, le Loup un jeune garçon, et sa Lovere une fille, qui venoient aussi à la Parroisse un Dimanche matin à Chantemerle. Le Curé y accourut avec le manche de la Croix, et quelques autres n'y arrivarent qu'au despart de la vie et de l'Ame de l'un et de l'autre, sans pouvoir atteindre les meurtriers.

On lit dans Pline que des Arcadiens , ceux qui par sort venoient à passer à la nage certain Estang qu'il y avoit, soudain estoient changez en Loups et vivoient dans les bois avec semblables bestes farouches de cette contrée là; mais que s'ils s'abstenoient de manger des chairs humaines neuf années après, repassant à gué ou à la nage le mes me Estang, ils tournoient devenir hommes , Mêla de situ or bis y escrivant des Nevres, peuple de la Scythie. Europée asseure aussi que dans un temps qui est prescrit à chacun de ceux d'iceux qui en ont la volonté»

ils deviennent Loups ; et puis les mesmes hommes si bon leur semble. À peine ces Âutheurs là me le pourroient persuader , si sainct Âugus^ tin , après l'avoir aussi mis en doubte n'advoûoit telles transformations par la toute-puissance Divine, et que de son temps plusieurs les soustenoient, et pour oûyr dire et pour Tavoir espreuvé; la créance ne estoit aussi telle que nos Loups susdits estoient des Loups-garoùs ou des Sorciers, entre autres un Maistre Masson, lequel on disoit estre un autre Mœrin qu'aux Eglogues de Virgile et de suite

Sœpe Lupum fieri et se condere sylvis.

Le susdit jour qu'il venoit du mesme village à sainct Ghaffré, avec ce qu'il estoit grand, gresle, pauvre, d'un assez mauvais regard, à double prunelle , exténué et revestu d'une camizole fourrée de quelque lambeau de peau de Loup , on luy crioit au Loup? au Loup? par lesdits villages, et y fut bien billoné quoy qu'il en fut; la susdite Lovere boitoit toute farouche et imprenable, on avoit opinion qu'elle et l'autre estoient les deux Loups qui entrez en Valloyse en furent chassez aprez que l'un d'iceux eut la nuict attrapé en flagrant delict une femme, laquelle pendant qu'on estoit au premier sommeil, estoit allée à son accoustumée dérober des choux à son parent du voisinage, le Loup lui déchira le gosier par où il l'avoit saisie, l'ayant traisnée d'abord dans un grand aqueduc lors à sec, dont avec sa résistance et ses robbes, il ne la peut sortir; le mary à cause que c'estoit du règne des Loups, et sur ce qu'elle tardoit extraordinairement, entré aux appréhensions sortit du lict , y accourut et au cry si mal organisé qui luy vint aux oreilles, où les ayants trouvez au conflict il la garentit de ce rapt: elle fut par après si bien pensée , on luy coulit si dextrement de la nourriture à l'enfant qu'elle portoit dans le ventre, que bien que d'entrée la viande sortit par le gosier de la mère, elle neantmoins s'en accouchât heureusement environ un mois après et receut guerison par son col.

Les Yalloysiens excellens aussi à la grosse chasse de l'Ours et du Loup, celuy d'eux qui premier l'a descouverl, va viste à l'Eglise sonner, YEstruime{W)ou Lotis clars dau Loup y qu'ils appellent, ains soit la cloche d'une espèce de mode ou de tocin, que tous l'entendants accourent avec des armes propres à cela: On porte les filets, des cordages qu'on tient à cet effect dans la mesme Eglise, et les vont tendre aux destroicts ou endroicts de leurdite valée qu'ils sçavent, mais si à propos qu'ils n'en manquent gueres, et au retour ont puis le boire aux despens du public; mais cette fois là ces Loups estoient extraordinaires ou qu'ils avoient leurs passedroicts par permission Divine car chassez, jettez ou conduits dans les filets , un Prestre qui les veit fendre , ruer sur soy de si grande furie , les laissa eschapper : Et c'est là possible où ladite Louvere fut blessée.

Ainsi les Gouverneurs aux Indes , sont nécessitez faire tendre cordes et dresser des hues contre les Ochi , qui sont presque tels que des Tygres, d'autant qu'ils dévorent les Indiens; Pour en dépeupler le pays, ils mettent prix et recompense, à quiconque peut porter la hure ou les testes de ces bestes farouches : Et jadis en Athènes qui pouvoit prendre des Loups courants , le pays d'Afrique il y avoit cinq dragmes pour feu, de la teste d'un Loup, et deux d'une Louve : Et en France le Louvetier a deux deniers pour chacun feu à deux lieues à la ronde ; il y a bien aussi par nos Droicts coustumiers , en ce pays de droict escrit le prix d'un escu , proposé à qui prendra le Loup , outre les menus dons que vont cueillants par les villages , ceux qui les y portent ou mènent voir au peuple , en ce temps il fut proposé en public plus grand prix, et si on ne laissa de recourir à la Souveraine Cour de Par. lement de Grenoble , aux permissions de cette sorte de chasse. Les deux Loups susdits des plus fameux et ravissans , se joûoient de certains Arquebuziers dudit village, on dit qu'ils leur grinsoient marteloient des dents , les regardoient au front, faisant retraitte neant-

moins, d'un pas posé, comme si rusez ils les vouloient attirer, escarter des maisons pour les prendre eux mesmes.

Les Loups de delà le Mont-Genevre Diocèse de Thurin , n'y estoient pas voirementmal faisants, tesmoing celuy auquel le chasseur ayant emporté la mâchoire, on ne trouva dans les intestins du pauvre Loup qu'un nœud de corde, mais en cet autre part de ce Baillage qu'est deçà le Mont-Genevre, Diocèse d'Embrun, les Loups estoient si ravissants , que le monde tout scandalisé de voir tant de spectacles , on s attendoit le Jeudy (21) de village à autre, puis on voyoit venir le gros de chaque vallée au marché arriver le matin, seulement à dix heures et à deux après midy , s'en retourner de compagnie tout d'un temps, le marché n'estoit que de quatre heures, et si disparoissoit tout à coup d'une façon tout estrange.

Certains chasseurs des Fontenils, pensoient avoir garenti le pays, pour avoir auprès de leur bourgade de Durence, tué un animal qu'on tenoit estre l'un desdits Loups ravissants ; Plusieurs de la ville furent voir le defunct, (ou pour mieux dire) parenfare : Aucuns asseuroient que c'estoit un Dogue, lequel ayant vray semblablement suivy les troupes qui filoient en Piedmont, et perdu son Maistre, s'estoit ainsi esgaré ; leur raison estoit que poursuivy des chasseurs , il print la route des maisons plustost que des bois : mais ce qui le faisoit Loup, est que les yeux en estoient, et seulement les oreilles luy sortoient de la teste, que si la queue n'estoit si grosse, possible que c'estoit un vieux Loup , tel on le jugeoit par les dents, par le poil, et tout onctueux, comme celuy d'un Sanglier, quoy que noir et tanéà desendroicts, ce trou voit aussi suivant la remarque d'un de nos fameux Médecins, que la verge estoit sans arrest, à différence de celle des chiens, dont ils demeurent attachez en leur accouplement, avec ce le mesme matin que cet animal fut prins, il avoit des dents, attaque une servante par le bout de sa robbe sur le grand chemin au pied dudit

BAVAGE DES LOUPS. 275

bois : Us ne manquoient pas non plus qui le qualifioient Loup Cervier : mais on ne le veit oncques marcher à balsades, et si il estoit ramassé ; Qui donc le disoit chien, qui le disoit Loup ; j'estois de Tadvis d'aucuns que c'estoit un chien Loup. On l'eut peu mieux recognoistre approchant de sa peau celle d'un Agneau t car disent les Naturalistes , la peau du Loup fut crevée si tel ; comme aussi par ses intestins , les Loups ayants le boyau fondamental tout droict, et c'est ce que (la viande estant si tost sortie qu'entrée, les rend tousjours si affamez.) La chair de ces Loups estoit d'ailleurs si ferme, que ceux qui en ontprins ont despuis asseuré qu'à peine la pouvoit-on pénétrer à pointe de Cousteau. Il y en eut un (cecy est aussi arrivé autresfois) lequel la nuict entré dans un estable, la porte s'estant fermée après luy, et n'ayant la clef ou l'industrie pour r'ouvrir s'alla réduire à un coing où il demeura sagement toute la nuict, sans oser toucher aucune des brebis, lesquelles le lendemain on trouva toutes effarouchées en un monceau tousjours roulant, sentant l'ennemy si proche ou si mauvais voisin.

Un autre Loup fut si osé et si délicat, que de venir à plein jour presque au mitan dudit village de Chante-Merle, boire à la barbe de la fontaine parer le groin à la cheute de l'eau et s'en retourner hardiment.

Ez grands Yillars, vint par derrière saisir un villageois de 45. ans qui arrousoit son pré , lequel assez grand , on trouva presque tout foulé si fort ils s'estoient combattus, violantez avant que cet animal s'en fut rendu maistre.

Lors des parfums ou de la maladie, vint à plein midy dévorer la femme d'un Laboureur au devant du four, où Ton cuisoit à l'entrée de sainct Martin Queyrieres.

Le Mercredy des Cendres 1633. les Loups furent manger deux femmes au terroir de la Sale ; l'un d'iceux vint à trois maisons escartées du village de Prèles , attaquer une autre femme qui attisoit son

feu dans sa fougaigne , il la tiroit derrière par le gros plis de ses robbes : elle croyant que ce fut quelques caressés de son mary, luy tenoit tousjours, dit laissez cela: jusqu'à ce que le sentant un peu extraordinaires et rudes , elle se tourna et tout effroyée et surprinse se printà crier, hay : lou Loup! au Loup, d'une voix neantmoins non charmée ou enrouée; le mary accourant, le Loup se tourne de furie contre luy, la gorge ouverte et grinçant des dents : il y fourre le bras , le saisit par la langue. A leur clameur vint le frère , qui luy desserre d'un ache si fort sur la teste que le Loup lascha le bras et la vie ; et eut-on peine de sortir de la heure la coignée. Deux jours après on le porta par la Ville.

Le Sergent d'une Compagnie se retirant à cheval sur le tard, trouva prés des maisons de l'hameau de Font-Ghrestiane, le Loup couché à travers du chemin, qui l'assaiHit si furieusement, que sans le soudain secours il n'avoit dequoy avec son espée éviter d'estre la curée de cet ennemy. Une pauvre fille de Queyras en fut la proye la nuict au devant de la Ville : on la recognut le lendemain par sa tresse blonde: l'epicrane et tel autre reliquat de la teste qu'encor fraiz et sanglant tout un monde fut voir. On trouva mesme dans le ventre d'un Loup mort ou tué de-çà le Mont-Genévre , le doigt d'un enfant. L'on preschoit en pleine chaise pour induire le peuple à pénitence, entr'autres fléaux de Dieux, celuycy ; Les testes farouches dévorent vos en fans !

Encor le plus beau jour de Juin 1629. un jeune Loup descendant du Bois de Ville à dix heures du matin , passa au conspect de plusieurs àuntraictde mousquet d'icelle, tout proche du sieur Procureur du Roy et mon Cadet, qui s'y promenoient : de-là descendit prés des servantes qui lavoient à Fontrogiere , allât mettre en déroute par la campagne des femmes qui sarcloient, et luy crirent. Au Loup ; et fut veu traverser la Rivière gaignant la montée, à la poursuite d'un troupeau de brebis effarouchées , par le costé opposite de la vallée.

Je tais leurs autres ravages en trop grand nombre, aucuns parsemez aux traictez suivans , pour dire icy qu'on crojfoit que le règne des Loups seroit tost à lin ; d'autant qu'on s'adonnât plus que jamais à leur chasse : Et qu'il est vray ce qu'en disent les Naturalistes , que ce Tyran des animaux le Loup, ne veit jamais son père ny son fîls; veu que s'estant accouplé avec la femelle, il ressent le bouquin ; et pai' l'esmotion des humeurs qui se ^t en l'accouplement charnel, sa puanteur se rend si insupportable aux autres Loups, qu'ils le tuent, et comme cela l'empeschent de voir sa postérité , les Louveteaux.

Neanlmoins à l'exemple de ceux qui lors du déluge de Deucalion, au seul hurlement des Loups qu'ils ouyrent vers le Mont Parnasse , s'y refugiarent comme en lieu d'asseurance, à ce induits de ce quelesdits animaux s'estoient là sauvez : Icy tout autrement pour s'esloigner de la retraite ou danger des Loups qui avoîent si libre accès aux Yillages (attendu qu'ils ne ferment point) les villageois se changeoient à la Vil1ejàclose,y acqueroient descbasaIs,etdesplacespoury bastir et habiter; attirez d'ailleurs par les ravages qu'ils avoient soufferts au passage ou retour de l'armée conduite par le Marquis d'Uxelles, qui leur avoit aussi apprins à leurs despens cette maxime, Beati qui habitant urbes.

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