VI PRÉFACE
ne méconnais point l'autorité des hommes instruits dont elles éma^ nent. Je ne mets pas plus en suspicion leur impartialité que leurs lumières ; mais ce qui est pour moi hors de doute , ce qu'expliquent, d'ailleurs, l'extrême rareté des Essais de Froment et y par suite, la difficulté d'une lecture suivie de ce livre , dest que ces sentences sévères n'ont point été rendues en connaissante de cause; c'est quelles ont été formulées à la suite d^une étude trop rapide pour être complète, ou comme opinion de seconde main.
Le curé Albert en use avec plus d'équité envers le vieux chroniqueur. Il nomme Froment parmi les Briançonnais qui, par leurs talents, ont honoré leur ville natale, t Je ne dois pas omettre, dit-il, le sieur Froment, qui fit imprima les Essais sur cette ville (Briançon), ouvrage ou il paraît beaucoup d'érudition, mais qui manque d'ordre et de critique (i). i
Brunet, seigneur de V Argentier e , autre historien briançonnais, sans décerner l'éloge , sans exprimer le blâme, fait au livre de Froment , dans ses ouvrages , l'emprunt de citations pleines ^intérêt.
M. Fauché-Prunelle, dans sa très renharquable Étude sur les institutions municipales du Briançonnais, invoque fréquemment à tappui des conjectures qu'il forme, des opinions qu'il émet sur les objets de ses recherches, le témoignage de Froment, manifestant ainsi clairement Festime en laquelle il tenait Fauteur des Essais sur le Briançonnais.
Et pour mener à fin, si toutefois cela est nécessaire, cette tentative de réhabilitation du livre de Froment, faisons connaître que M. Hiacynthe Gariel, le bibliothécaire de Grenoble, dont F immense savoir imprime à ses appréciations une irrécusable autorité, a cotisi-
(i) Histoire du diocèse d'Embrun, /. f, p. S49.
PREFACE. Vil
déré cette chronique comme étant digne de fixer latlention et d'être mise, par une réimpression, à la portée de tous ceux qu intéresse V histoire des Alpes dauphinoises. Disons encore qu'à cette décisive influence est venu s ajouter, pour arrêter dans l'esprit de l'intelligent éditeur de beaux livres dauphinois , M. Edouard A Hier, la déter^ mination de publier une seconde édition de cet ouvrage, l'encouragement de la compétente approbation de savants bibliophiles dauphinois j teh que M. Eugène Chaper et M. le marquis de Bérenger.
Les Essais de Froment constituent , à mon sens , un document historique précieux et sans équivalent dans l'histoire du Briançonnais. C'est une chronique toute briançonnaise, pleine de révélations curieuses sur les anciennes mœurs du pays , sur Vétat matériel et moral, sur les pratiques religieuses de ses habitants au commencefnent du XVII^ siècle; l'auteur sait rendre, d'un sentiment sincère, les tendances de T esprit, les idées reçues, les préjugés, les terreurs nées de la superstition, tout un monde de croyances dont un abîme nous sépare quoiquen remontant à moins de deux siècles , on constate encore leur influence dans les faits historiques ; il raconte dans un style un peu fruste, mais non dépourvu de charme, les traditions , la légende , les affections du cœur , la vie du foyer. Metteur en scène ndif et d' habileté inconsciente , il dépeint d'un trait , par fois saisissant , ce qui est l'attrait sérieux du livre de M. Fauché-Prunelle , les agitations, les luttes, les énergies de volonté de cette tribu de montagnards que des institutions libres et la mise en jeu de la souveraineté populaire avaient , des le commencement même du moyenâge, initiée à la vie communale et politique, ù la gestion, en plein soleil, par le concours de tous, des intérêts communs.
Des défauts graves doivent être signalés dans l'œuvre de Froment. Le plus saillant est un étalage inopportun d'érudition, une profusion tnouie de citations d'auteurs sacrés et profanes. Cette immixtion de