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IN OBITUM INVICTI HEROIS

Garoli de Grequy, Ducis de les Diguieres,

Franciae Paris, et in Delphinatu Proregis,

Gallorumque exercituum in Italia

Praefecli.

UEM prece, nec pretiis lot duplicis or bis Iberi Vincere, nec tanto milite castra valent ; Hune , ut siimma petite livor audet et Heroa velle

Obruere aut Crequio carpere bella Duce^ Cùm Mars ipsc suum summo vocat ore tonantiy

Satque datum Gallis tollit ad Astra Parem :

Exultant Superij sed mox insultât Iberus^

Bremaque Verselio déficiente périt :

Heu périt et Gallis servata hœc laurea^ Milvus

Evolaty heu clausos Insubres hoste fores?

Insolitis quatitur gens Itala motibus Alpes

Vicinas clades, participesque gemunt.

Nam Transalpinas Prorex qui foverat arecs ,

Tôt mala longe fugans^ jam tenet œtkereas:

Seu qui trans Ticinum^ tôt trans Acheronta fugavit

Castra inimica^ Padi sanguine tinxit agros , Hispanaque manu Verrucam Victor avulsit

Aut fatale Ducum Pignus id Allobrogum Quique per Ausonios dédit et certamina campos

Civica bella domans nunc obiit Crequius :

Si csset adhuc terris , lauros , oleam ve referretj

Inter at Heroas cum socero estque Deos.

Le jour de S. Jean TEvangeliste, Tembrasement du Melezel sortit de la maison proche de la rivière, ou de ce remède ; les habitans, sauf deux ou trois , estans tous à vespres , allarmez par un estranger qui vint crier à la porte de l'Eglise , au feu , au feu , en sortirent à la foule ; les premiers virent encor une fois leurs maisons , tost après ils en furent bannis , et cet assez beau Village ravy de leur présence par les fiâmes, sans avoir eu le temps de faire des sauvemens. L'ardeur des feux fut bien si véhémente, et la fumée, que les derniers faillirent d'y suffoquer ; et jusqu'aux cinq cloches, dont estoit assorty le clocher, vindrent à se liquifier et fondre.

Le dernier embrasement a gasté tout le bourg d'Arvie en Quey ras, sauf l'Eglise, le Temple de la Religion prétendue Reformée, et sept ou huict des plus belles maisons du costé des fontaines. La pauvreté y estoit ja grande, mais elle a bien esté agrandie par ce desastre.

Tous lesdits bruslements en si peu d'années , plus qu'auparavant en plusieurs siècles, sont survenus en des temps d'ailleurs si calamiteux, avec la perte de quantité de fourrages, grains, meubles, et autres denrées; bestiaux, papiers, titres et documens; endommagement de plusieurs personnes , et la mort de quelques autres , sans les pertes qui sont de la suite des embrasemens. Dieu par sa bonté infinie les vueille mettre à fin.

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(1) La population rurale de la communauté de Briançon s'appelait , de temps presque immémorial , la Tierce. Elle devait cette dénomination à cette circonstance que son importance numérique s'élevait au tiers de la population de la communauté entière.

Les limites de la communauté briançonnaise ne dépassaient pas anciennement, tout porte à le croire, celles de la cité elle-même. Il n'y avait pas parité d'état politique et civil entre les habitants du hmirg et château de Briançon et ceux des petites localités voisines ; les premiers ayant obtenu , avant les habitants des communes rurales , des franchises, privilèges et la qualité de burgennes^ bourgeois.

Mais dès le commencement du xiw^ siècle, avant peut-être, les habitants des viUages environnants, auxquels on donnait la qualité d'aflranchis (affranchit!), étaient unis par le lien municipal à la communauté urbaine.

Cette situation fut consacrée pour tous les villages de la banlieue et, en quelque sorte, solennisée par un acte d'union intervenu le 16 avril 434f3.

Un second traité, du 14 mars 1382, conféra aux populations annexées une plus complète égalité dans la répartition des droits et des charges attachés au titre de membre de la communauté. Il fut arrêté que les charges et dépenses générales seraient supportées en commun par les habitants de la ville et ceux de la campagne , proportionnellement à l'estimation du cadastre , et que tous

les membres de la communauté procéderaient , avec un droit égal et sinniUanément , à l'élection des officiers municipaux (syndics , mansiers , collecteurs des tailles , etc.).

Pendant assez longtemps, les bourgeois de la ville dominèrent par le nombre les habitants de la Tierce dans les élections, et choisirent exclusivement parmi eux les premiers officiers municipaux, syndics ou consuls ; mais les réclamations de Za Tierce, qui durent être vives et opiniâtres , introduisirent l'usage de choisir Tun des trois consuls parmi les habitants de la banlieue. Encore cet usage fut-il souvent violé (Archives de Briançon ; Fauché-Prunelle , Anciennes inatitutions autonomes et populaires du Briançon nais).

Les villages qui composaient la Tierce étaient : le Pont-de-Cervières, Sainte- Catherine, Saint-Biaise, Chamandrin , Font-Christianne , le Fontenil , Fortville, Mas-de-Blais, Pramorel.

Cette dénomination Za Tierce , appliquée à la banlieue de Briançon, s'est conservée jusqu'à la révolution de 1789.

J'étais fort jeune lorsque j'entendis pour la première fois employer cette dénomination la Tierce. Une vieille femme de Fortville, l'un des hameaux de la banlieue de Briançon, me racontait que, dans sa jeunesse et avant son mariage (de 1778 à 1782), elle ne manquait point, le jour de la Saint- Amoux , 19 septembre , d'aller, avec ses jeunes compagnes du même lieu , danser au bal de Saint-Chaffrey (commune voisine de celle de Briançon , dans la vallée de la Guisanne) ; que les jeunes gens de Saint-Chaffrey mettaient un empressement tout particulier à les faire pénétrer dans la salle préparée pour le bal , et à leur assurer les meilleures places; que les jeunes filles de la localité, dépitées par cette galanterie excessive déployée envers ces jeunes étrangères, sans doute plus aimables et plus jolies, disaient avec un accent non dissimulé d'envie et de ressentiment : Tcha tedjou qu'aquela tterceleta sian la premiéra. (Il faut toujours que ces tiercelettes (filles de la Tierce) soient les préférées.)

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(2) Des troubles avaient eu lieu dans les assemblées qui avaient pour objet la nomination des officiers municipaux ; les avocats-procureurs avaient émis la prétention d'obtenir pour l'un d'eux la nomination à ces fonctions de deux années, l'une. D'autre part, les droits de la Tierce n'y étaient pas toujours respectés , et elle protestait contre le-ir violation ; des discussions s'étaient

NOTKS. a33

élevées aussi sur le mode de délibération et de vote de ces assemblées. Un arrêt (lu Parlement de Grenoble, du 2 décembre 1614, avait établi un règlement qui avait paru aux Briançonnais insuffisant et n'avait pas mis fin à ces longs dissentiments entre certaines catégories des habitants de la cité.

Ce n'est qu'en 1624, après de nouvelles discussions, qu'un nouveau règlement, préparé par le briançonnais Pourroy, conseiller au Parlement, avait été adopté dans une assemblée générale du 20 octobre 1624 et homologué par un iirrêt du Parlement du 27 novembre suivant , quatre jours avant l'incendie.

Les agitations nées de ces causes diverses de discussion n'étaient point encore calmées à l'avènement de la catastrophe , et c'est aux incidents de cette lutte municipale , à l'aigreur, aux rancunes qui l'avaient alimentée , que Froment fait allusion.

D'autre part, dans le courant de l'année 1624, les vallées vaudoises de Pragela et de Pérouse avaient été troublées par un acte de persécution du duc de Savoie ; à l'instigation du clergé catholique , il avait ordonné la démolition do six temples ser\'ant au culte de la religion réformée. L'exécution de cette mesure avait été confiée à un régiment français , à la solde du duc Gharles- "Kmmanuel, commandé par un colonel dauphinois, le colonel Savine. Les Vaudois coururent aux armes; devant l'attitude menaçante de ces populations belliqueuses, le duc de Savoie avait retiré ses troupes et publié une amnistie (1). Cette agression , qui avait eu lieu dans des localités voisines de Briançon, avait dû émouvoir de colère, dans le Briançonnais, tous ceux que la coïnmunauté de croyances religieuses rapprochaient des populations menacées dans l'exercice de leur culte.

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(3) Azoar a été employé par les premiers traducteurs de l'Alcoran comme svnonvme de surate.

Minus propriè quidcnn ex nostris pro suris seu suratis saibtmt azoaras (2).

(1) Israïl des Alpes y pai* Muston^ toine 3, pp. 396 à 405.

,2j Alcorani texlus universus, etc., auctore Ludovico Marnccio, tome 1.

33i NOTKS.

On sait que surate est synonyme de cliapitre.

L'allusion de Froment ne se rapporte point à la surate 65 qui , dans les traductions de Savary et de Kasimirski, est le chapitre intitulé le Divorce, Il n'y est nullement question de diables ; c'est donc une autre surate que Froment avait en vue.

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(4) Avant le traité d'Utrech qui a distrait de la France et du Briançonnais , pour les donner au roi de Sardaigne , les vallées situées sur le versant oriental des AJpes, les foires de Briançon étaient considérables.

Voici quelques indications sur ce sujet, extraites des Mémoires historiques manuscrits sur le Briançonnais, de Brunet , seigneur de l'Argentière :

c II y a quatre foires à Briançon et un marché le jeudi de chaque semaine, ces foires senties l®*" may, H juin, 8 septembre et 43 octobre; celles de juin et de septembre étaient autrefois franches et attiraient beaucoup d'étrangers dans la ville où était l'entrepôt général des marchandises, des fabriques du Dauphiné, qui passaient en Piémont; mais ce commerce, autrefois florissant, après avoir essuyé des diminutions, a été anéanti en 1713.

» Ces foires étaient si considérables , que par des lettres patentes expresses de Charles VI, du 9 février 1404, et de François I®', du 8 juin 1533, malgré les différents édits, était autorisé le libre cours de toutes les monnoyes étrangères dans le Briançonnais, surtout pendant les foires. Registre du greffe, n" 4150. »

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(5) A ce jour encore, une croix s'élève à l'extrémité orientale de la montagne du Pouêt, et cette cime de roche abrupte qui domine Briançon a conservé le nom de Croix-de-Toulouze. Un petit oratoire y a été construit en 1829, sur une étroite plate-forme, aux frais d'une Briançonnaise, M™« Meyssimily, née Finat.

Dans cet oratoire est une statuette en bois de la Vierge, sur le socle de laquelle je lus, non sans surprise , il y a peu d'années, à côté de la date juin 1836 y inscrits au crayon, le nom de cinq de mes amis d'enfance et le mien. L'ascension attestée par cette inscription n'avait laissé dans ma mémoire qu'une trace fugitive.

Combien une destinée diverse nous a séparés depuis ! Cassius Roy, distingué par son intelligence et son cœur généreux, est mort jeune, receveur des • douanes à Guillestre ; Léonidas Borel est fixé à Naples, dont il est Tun des négociants les plus estimés; Alexis Peythieu, lieutenant d'infanterie , est mort àinkermann, combattant avec bravoure sous les plis du drapeau français; Alphonse Turin, médecin de mérite, réside à Tarare (Rhône) ; Jules Blanchard est négociant à Pueblo de los Angeles (Californie), où, secondé de sa vaillante femme, née Julie Caire , il a écarté bien des obstacles de la voie qui le conduit îi la fortune.

Ainsi l'expatriation , fille de la nécessité, séculaire tradition de ces contrées pauvres , a dispersé , loin de leurs chères montagnes natales , ces fils des Alpes briançonnaises I

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(6) De pareils actes d'improbité , empruntant aux circonstances au milieu desquelles ils se seraient produits , un caractère aussi complètement odieux , n'ont été imputés aux populations du Briançonnais par aucun autre historien de ce pays. A l'annonce d'un incendie (et ils ne sont malheureusement pas rares dans des contrées où abondent les toitures en chaume), ces énergiques enfants de la montagne accourent sur le lieu du sinistre et rivalisent de zèle, de courage téméraire pour empêcher l'œuvre de destruction. Il n'y eut jamais à stimuler, en pareil cas , non plus que les jours où les torrents débordés étendent leurs ravages , l'élan tout viril et plein de généreux dévouement des habitants du Briançonnais. Des noms pourraient être cités en grand nombre parmi ceux qui , à bien des reprises, ont porté aux villageois éperdus le secours efficace de leur concours personnel , ainsi que celui d'une direction intelligente et habile ; voici des noms qui me reviennent en mémoire : Guerin , serrurier, Benoit Bouchié, Auguste Caire, mort à l'incendie de Mas-de-Blaye en 4835 , le curé Moudru , et sur tous Jules Finat. Bien d'autres noms pourraient trouver place à côté de ceux-là.

Il est un regret que j'exprime en passant, c'est qu'aucune compagnie régulière de pompiers n'existe ni à Briançon , ni dans les principaux centres de population du Briançonnais, tels que le Monêtier, Villeneuve, Abriès, Ville- Vallouise. Seuls, MM. Chancel, grands industriels du Briançonnais, ont orga-

33G NOTF.S.

nisé à Sainlo-Cathoriuc, une petite coinpagiiio de pompiers. C'est un exemple à suivre avec empressement dans un pays périodiquement affligé par le fléau des incendies. •

I*a(je 53.

(5) Il s'agit ici, soit de la déclaration du roi du 27 mai iOiO sur la défense du port d'armes et contre les assemblées illicites « qui fait très euprusses inhibitions et défences à toutes personnes de quelque estât, condition et profession qu'elles soyent , de prencire les armes , faire assemblées de guerre de pied ou de cheval, ou autres illicites, prohibées et deffenduês paf les ordon-* nances ; comme aussi d'entrer en aucunes villes, chasteaux ou autres places ou maisons fortes appartenant au Roy. » soit plutôt de la déclaration du 10 novembre 1623, confirmative des édits de pacification contenant les défenses contre les assemblées

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(6) Par la dénomination de Salonins , Froment désigne les habitants de la Salle. C'est dans le territoire de cette commune que le béai, dit Canal-de- Ville , dont les eaux, alors comme il en est encore à ce jour, arrivaient jusqu'à Briançon et traversaient la ville , prend naissance par une dérivation des eaux de la Guisanne.

Aux termes d'un règlement arrêté pour ce canal, le 16 juin 1451, l'eau devait constamment couler dans la ville pour obvier et secourir au hrûlement de feu.

Mais ce règlement , fort bien observé dans ses dispositions ayant trait à l'irrigation des terres arables, des prairies, des jardins et vergers, tombait souvent en désuétude, pour un temps, quant à cette sage prescription qui tendait à assurer à la cité le secours des eaux en cas d'incendies , alors qu'une période plus ou moins longue de sécurité s'était écoulée et que l'idée du péril s'était peu à peu effacée dans les esprits.

Les Briançonnais se demandaient donc avec anxiété si les habitants de la Salle , à portée de la prise des eaux du canal , songeaient à leur envoyer ce secours efficace , en barrant le lit de la Guisanne pour, suivant une expression locale, charger le canal, c'est-à-dire dériver les eaux dans la proportion de la

NOTES. 33t

capacité maûcima du béai. Mais, hélas I personne ne songea tout d*abord à mettre à exécution ce si simple et si décisif moyen de salut.

Il n'en fut pas ainsi en 1825 ; un incendie assez violent s'était déclaré dans une maison de la Grande-Rue, à Briançon, et devenait très menaçant; le ruisseau qui coule au milieu de la Grande-Rue de Briançon, était réduit à un simple filet d'eau; les habitants de Saint-Cha£frey, voisins de la Salle, accouraient au secours de la ville ; mais les plus diligents de ces auxiliaires dévoués se virent arrêter, dès les premiers pas, par le percepteur des contributions directes de Briançon, M. Joseph Giraud, habitant ce village, qui, leur montrant le lit du canal de ville y leur dit : «Le seul secours puissant que <x nous puissions porter aux Briançonnais , c'est de leur amener des eaux <L en quantité suffisante; venez, allons sur tout le parcours du canal, boucher c les prises des Peyra (canaux secondaires qui prennent naissance au béai € principal et en dérivent les eaux pour l'irrigation) et conduisons jusqu'à c Briançon les eaux dans leur intégrité » Ainsi il fut fait. Une heure après, une considérable quantité d'eau arrivait à Briançon escortée par les Chaffrelins. Les bassins des fontaines étaient à sec à ce moment et le besoin d'eau se faisait sentir. M. Giraud fut béni par tous pour la mise à exécution immédiate de sa résolution sensée. Je tiens cette particularité de mon compatriote et ami, M. Joachim Charbonnel-Salle, de Briançon, juge au tribunal de Grenoble.

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(7) Froment, on le voit, n'était pas tout-à-fait un esprit fort. D^émet une explication fondée sur des causes naturelles , sans repousser la possibilité de celle donnée par une superstitieuse crédulité. Comment s'en étonner quand on retrouve encore dans les populations rurales du Briançonnais , après un laps de deux cent cinquante années marquées par une large diffusion de lumières, les traces toutes vivantes de ces croyances superstitieuses I

Au XYi^ siècle, dans le Briançonnais , comme dans la France entière, avaient lieu, soit à la vUle, soit dans les villages, ces représentations dont les sujets étaient tirés des saintes écritures, et qui furent l'enfance de l'art tragique en France, ou, si l'on veut, le signal de sa résurrection.

On trouve dans le mémoire historique sur le Briançonnais , publié par Brunet de l'Argentière, une note qui rappelle cette ancienne coutume, singulier assemblage de pratiques religieuses et de plaisir mondain.

c Sur une vieille galandure à Champ de Blanc , on lit en patois du pais :

> An 1551. An joua la Passion. An 1553. An joua la Vangenso. i

Cet auteur i^outeque, de son temps (1750), cet usage existait encore dans les

vallées de là les Monts (les vallées cédées au Piémont par le traité d'Utrech) Dans ses mémoires manuscrits sur le BriançonnaiS) dont l'original est en

ma possession, Brunet affirme qu'il existait encore, à cette époque , dans les

archives de la commune du Puy-Saint-Pierre, un exemplaire de Tune de ces

pièces naïves sur la Passion .

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(8) Je dois ici l'aveu de mon incrédulité sur le mérite des peintures à fresque qui décoraient les appartements de Froment. S'il est indubitable que les Brianconnais se distinguent par de brillantes aptitudes pour les sciences, l'industrie, le commerce, il est non moins avéré qu'on ne peut constater chez eux, en général , une vocation ni un goût éclairé pour les arts. Froment cite un nom , Posso ou Pozzo, qui fut celui de peintres de peu de renommée. Ce ne peut être Andréa Pozzo, jésuite, né en 1642 ; cette peinture était ou de Dario Pozzo, de Vérone, ou de Mattéo del Pozzo, de Padoue , élève du Squarcione , deux peintres de peu de réputation (Lanzi , t. m , p. 71). Je ne crois pas aux chefs-d'œuvre de peinture de la maison de Froment ; son affirmation me remet en mémoire un petit incident d'une excursion faite en 1860, avec M. Daubrée, inspecteur général des mines et membre de l'Institut. Dans les premiers jours de septembre , nous traversions le Mont-Genèvre ; nous y reçûmes la plus gracieuse hospitalité de mon vénérable ami l'abbé Aucel , directeur de l'hospice du Hont-Genèvre, auteur d'une Histoire du diocèse de Gap. Après le déjeuner, notre amphytrion voulut nous Csdre admirer quelques toiles (c'étaient, disait-il, des chefs-^oeuvre) qu'il avait achetées en Italie. D nous mit en présence de peintures grossières et sans art , vendues à un prix excessif au bon et naïf vieil lard, victime d'une facile escroquerie, et recommanda spécialement à notre attention quatre toiles , compositions informes , œuvre du plus malhabile , du plus ignorant des barbouilleurs d'enseignes de cabarets, c Voilà , nous dit- 3 il , avec un inimitable geste de bonhomie confiante , voilà les quatre évan- > gélistes peints par l'un deux, par saint Luc. Ces admirables peintures ont été » réentoilées sept fois II »

Nous eûmes un instant , M. Daubrée et moi , la pensée que l'excellent abbé

voulait plaisanter. Mais sa physionomie, empreinte de candeur, nous ramena bientôt à la vérité , et malgré le respect dû aux cheveux blancs, au caractère digne de toute estime du vénérable vieillard, nous ne pûmes réfréner la manifestation extérieure de la plus folle hilarité. Il parut un peu surpris , mais non mécontent de notre excessive gaieté dont la cause, sans lui échapper, n'altéra en rien sa foi robuste dans le mérite artistique de ses toiles favorites.

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(9) Ce droit conféré par Tédit de Charles IX d'exercer cumulativement les fonctions de procureur et d'avocat, est demeuré dans les usages du pays. Avant l'annexion au Piémont des vallées de Cézanne, Oulx, Bardonnôche, Salbertrand et Château-Dauphin , le corps des avocats-procureurs était nombreux et puissant. Quand la séparation entre les fonctions d'avocat et celles de procureur se fît presque partout en France , l'empire de l'édit de 1560 se conserva de fait à Briançon.

Une consétjuence aussi naturelle que légitime de ce cumul de fonctions était celle-ci : les avocats-procureurs qid plaidaient les causes, portaient dans leurs états de frais de procureur leurs honoraires d'avocat. Cet usage qui se perpétua jusque sous le régime de la législation actuelle, donna lieu, sous le premier Empire, à une méprise de la part du ministre de la justice, le grand -juge Reynier. J'ai sous les yeux une lettre , signée de lui , adressée à mon aïeul paternel , François Albert, procureur impérial au siège de Briançon, à la date du 25 fructidor an xiii (12 septembre 1805). J'y lis le passage suivant :

« Je remarque dans la copie du tarif que vous avez jointe à votre lettre, que « les plaidoieries y sont portées à un taux exorbitant; elles ne sont que de six c et douze francs dans les tribunaux de Paris. C'est un article à réduire et vous c aurez soin d'en faire l'observation à votre tribunal. >

Suivant un usage constant , sous l'empire de la législation actuelle , les avoués se prévalent partout des droits de plaidoieries alloués à l'avocat de la cause par l'art. 80 du tarif civil , et ce dernier fixe lui-même le chiffre de ses honoraires qui lui sont payés , indépendamment de la modique somme encaissée par l'avoué (15 fr. à Paris , 10 fr. dans le ressort).

Mais dans les états de frais dressés par les avocats-procureurs de Briançon, figurait le chiffre réel et intégral de leurs honoraires (ils n'en recevaient pas d'autres), et ce chiffre, quoique fort modéré à coup sûr, paraissait au ministre

de la justice , non informé sans doute de cette particularité, excessif et fixé en violation de la loi.

A ce jour encore , il n'y a point de barreau proprement dit à Briançon ; les cinq avoués qui exercent aupi^'ès de ce siège, y plaident toutes les affaires et prennent le titre d'avocats-avouês.

Je puis rappeler ici, avec le juste sentiment d'orgueil qpie me donne la valeur intellectuelle de mes compatriotes, que les hommes d'affaires de ce petit tribunal ont conquis, depuis plus de cinquante années, et conservé dans le ressort de la Cour de Grenoble, une réputation de savoir, de pénétration , d'aptitude aux choses du droit dont j'ai recueilli , à plusieurs reprises , l'honorable attestation de la bouche de magistrats de la Cour des plus distingués par leurs lumières. Je n'ai jamais lu ; par exemple , de correspondance en affaires aussi remarquable que celle de mon ami Victor Vincent, aigourd'hui receveur particulier des finances, ancien avocat-avoué à Briançon.

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(10) Les populations du Briançonnais ont conservé l'habitude de faire cuire , au mois d'octobre , pour toute l'année , leur provision de pain de blé seigle . Au bout d'un mois, ce pain acquiert une extrême dureté et il ne peut être rompu qu'au moyen d'un couperet fixé sur tm plateau de bois ; cet instrument, particulier au pays, est désigné sous la dénomination de triaure. La nécessité d'économiser le combustible , en ne chauffant le four banal de chaque village qu'une fois l'an, a introduit cet usage au sein des populations pauvres du Briançonnais.

En 1843 , je visitais le canton de La Grave , avec M. Allier, député des Hautes- Alpes , et M. Ferdinand de Lasteyrie , aussi membre de la chambre des députés. Je montrai à ce dernier le pain cuit depuis un an , aliment habituel de ces pauvres montagnards. D voulut en emporter à Paris un fragment.

L'année suivante, lorsqu'eurent lieu les débats sur le projet de la loi sur les patentas, promulguée le 7 mai de la même année, le député des Hautes- Alpes, voulant améliorer le sort des marchands forains du Briançonnais, demanda (séance du 14 mars 1844) , par amendement au projet de loi présenté par la commission, que la patente des colporteurs, avec voiture à un cheval, fut fixée à 60fr., chiffre primitif du gouvernement , au lieu de 80 fr. proposé par la commission. M. Allier s'exprimait ainsi :

c Soumis à une patente très forte à raison des petits bénéfices qu'ils font et € des déplacements énormes qu'ils sont obligés de subir, ces hommes pourront « rapporter quelque monnaie de plus dans leurs familles, si la Chambre « adopte mon amendement. H faut, Messieurs , avoir vécu dans les montagnes « qu'ils habitent pendant la belle saison, pour comprendre tout le prix que ces « malheureux attachent à ce signe fictif de la richesse , lorsqu'on pense qu'ils « se nourrissent avec un pain cuit deux fois par an , quelquefois même une c seule. »

Au moment où ces paroles étaient prononcées par son collègue, M. de Lasteyrie (je tiens cette particularité de M. Allier) faisait circuler sur les bancs de la Chambre le fragment de pain, dur comme un caiUou, de farine de seigle non blutée, qu'il avait apporté de La Grave. La Chambre fut émue de cette misère si bien révélée par l'exhibition d'un tel aliment. L'amendement de M. AUier fut adopté {Moniteur du 15 mars 1844, p. 612 de la collection de 1844, 1. 1).

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(11) Saint-Gervais est une petite chapelle située sur le col du Mont^Genèvre, à deux ou trois cents mètres du petit village des Clavières ; c'est toujours le but de pieux pèlerinages, et dans les années de sécheresse, les populations s'y rendent de vingt-cinq kilomètres à la ronde, en procession, bien des fidèles pieds nus et dans un état déjeune.

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(12) L'art. 17 de la grande charte municipale du 29 mai 1343 donnait à tous les habitants le droit d'établir des canaux pour l'irrigation de leurs terres et de dériver, poiur cet usage, l'eau des rivières et torrents, et sans charge d'aucune redevance (ahsque aliqiio introgio vel servitio dicto domino Dalphino).

La plupart des canaux d'irrigation de la vallée de la Guisanne existaient bien avant la date de la charte. Ces canaux sont au nombre de quatre : le canal de Ville, le Grand-Canal (rive gauche de la Guisanne), le canal Queyrél^ le canal New/" (rive droite). Le terrain du Briançonnais , privé en tout temps, de rosée et de pluie pendant les trois mois les plus chauds de l'été, eût été con*

damné à une stérilité à peu près complète, si le génie industrieux de ses habitants n*avait eu recours à Tart de Firrigation qui y a été fort ingénieusement appliqué.

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(13) Plamvernet, où se serait accompli le tour adroit de filouterie donlÂllois Ocel aurait été, suivant le récit anecdotique de Froment, la crédule victime , n'a pas encore perdu à Saint-Ghaffrey, à Mas-de-Blaye , à Champ-de-Blanc , i Pramorel , villages voisins , tout son prestige de lieu hanté par les sorciers. Je ne puis m*empécher de reconnaître que Messieurs les sorciers doivent être de délicats appréciateurs des beautés de la nature ; car Plamvernet est un charmant petit vallon parcouru par la Guisanne, dans une échancrure du sol, à trente mètres en contre-bas du niveau de la plaine ; il y a là , Tentremêlement le plus ravissant qui se puisse imaginer de prairies, d'arbustes , de bois taillis, de pins et de mélèzes; c'est un lieu solitaire et qui doit sa réputation de théâtre du sabbat , à quelques émanations d'hydrogène proto-carboné , qui s'élevaient jadis en feux follets d'une petite prairie marécageuse.

Ma famille a possédé, jusqu'à l'an passé, une partie notable des bois de Plamvernet ; une petite maison solitaire , la Saulcette , sert à l'exploitation de quelques terres qui l'entourent aux abords du bois de Plamvernet La nuit venue , les jeunes gens des villages que j'ai nommés , qui travaillaient comme journaliers dans nos champs , ne seraient pas entrés pour un empire dans cette maison non habitée , pour y déposer les outils et instruments d'agriculture dont ils s'étaient servis. Je les ai vus, en toutes autres occasions, remplis de hardiesse et de courage. Mais la conviction que cette petite maison était hantée par les esprits et les sorciers , les remplissait de terreur.

Page i42.

(14) Gette expression peu connue de chaufe panse, je l'ai retrouvée dans un vieil acte de partage que j'eus à citer, il y a quelques années , devant la Gour, plaidant pour un habitant de Saint-Pierre-d'Entremont (Isère). Un droit de chaufe panse avait été réservé à une pauvre vieille fille célibataire, dans la maison paternelle, attibuée à son frère par l'acte de partage. Ce n'était pas un droit d'habitation , mais , pendant l'hiver, le droit de se chauffer au

foyer d'un autre. Attestation éloquente de la pauvreté de la famille et de la rigueur des saisons I Ce droit a dû , pour ce double motif, exister aussi dans le Briançonnais.

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(15) En 1545, Tarmée française ne passa point par Briançon. Le Mont-Genèvre était fortement gardé par les Suisses. François K entra en Italie par une voie jusque-là impratiquée, Guillestre, le col de Yars, la vallée de l'Ubaye, la Qorge ieVHoronaye^V Arche y Maison-Méaney le col de TArgentière et la vallée de la Stura. Quelques régiments seulement durent stationner à Briançon en 1514 et 1515, pour faire face aux Suisses et masquer le mouvement de l'armée sur un autre point.

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(16) Les idées superstitieuses , la croyance à la magie , à la sorcellerie , ont donné lieu , dans le Briançonnais , jusqu'au xvii^^ siècle, à de cruelles persécutions. Les malheureux Vaudois de la Vallouise et du Queyras furent persécutés et martyrisés non-seulement comme hérétiques, mais comme sorciers. Un grave jurisconsulte , François Marc , avocat des pauvres sectaires de la Vallouise, se pose sérieusement, au xvi» siècle, au sujet de ses clients, cette question : Les hérétiques peuvent-ils prendre la forme du Loup ? (Haeretici an lupi formam assumere possint? Qusestio 258, pars secunda. De secta Valdensium). Cette question, qui était discutée par im jurisconsulte, n'était-elle point, dès Tabord, résolue affirmativement par l'ignorance des masses et par les ressentiments inflexibles d'un pouvoir pour lequel l'atteinte à l'orthodoxie était un crime sans rémission?

< On trouve, en 1501 (dit M. Pilot, Usages^ fêtes et coutwnes duDauphiné, € p. 35), que les biens meubles et immeubles de Julienne Eynard et d'Ange toinette Rogier, du lieu de Chante-Merle , près de Briançon , et ceux de Vinf cent et de Jacques Martin, du lieu de Saint-Chaffrey, furent, cette année, f confisqués au profit du roi-dauphin , par le parlement de Grenoble, non pas c que ces malheureux se fussent rendus coupables d'un attentat quelconque, « mais simplement parce qu'ils étaient réputés adroits sorciers. »

Les pauvres femmes du Monestier-de-Briançon, dont parle Froment, ne furent point condamnées , mais elles furent soumises à la question ! !

D Y a trente ou quarante ans à peine, les habitants de la Blachière, petit hameau isolé de la commune de TArgentière, à rentrée de la gorge duFournel, étaient, en masse, réputés sorciers par la plupart des autres habitants de la commune. Par TefTet de cette croyance, ce malheureux petit groupe d'habitants était dans une sorte d'état permanent de quarantaine ; la superstition avait (comme au moyen-âge , la terreur autour d'une léproserie), tracé autour de leurs habitations un cercle sanitaire qui ne laissait point arriver jusqu'à eux, dans certains cas, le secours, l'assistance ou les plus vulgaires avantages des rapports de voisinage! La génération actuelle, afifranchie presque tout entière de ces désolants préjugés, a rompu, m'a-t-on assuré, avec ces traditions inhospitalières et a réintégré ces pauvres condamnés de la superstition, dans cet ensemble de droits, d'avantages et de satisfactions morales qui dérivent des relations sociales.

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(17) Les Briançonnais ont été souvent en émoi au sujet de la conservation du tribunal qui y est établi. Il a été question anciennement, ainsi que Froment nous l'atteste, d'en transférer le siège à Oulx. Ultérieurement et à plusieurs reprises , Briançon s'est vu menacé de la suppression de son tribunal , et de voir le Briançonnais englobé dans le ressort de celui d'Embrun. Je possède dans ma collection de documents historiques sur le Briançonnais, des requêtes adressées à diverses époques, à ce sujet, au Gouvernement, par les représentants des populations briançonnaises ; je puis citer les documents suivants :

L — Briançon, le 11 nivôse an viii, de la République française, une et indivisible.

L'administration municipale du canton de Briançon aux consuls de la république, sur la nécessité d'établir à Briançon une administration communale et un tribunal de première instance.

Mémoire de 7 pages in-4<>, signé Blay, président ; Sibeaud, Qaude Ollagnier, Vincent, Antoine Fine, administrateurs; Dusert, commissaire du gouvernement; Antoine Peralda, secrétaire.

II. — Observations sur la nécessité de conserver le tribunal de première instance établi à Briançon.

10 pages in-4o, signé Pierre Blanchard, maire, à la date du 19 janvier 1810.

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