ET DES EAUX
PAR LE BRIANÇONNOIS.
TANT d'embrasemens ont tost après suivy celuy de Briançon par les Villages , la plus part y causez par la longue continuation des logemens de gens de guerre , qu'on peut dire ouvertement ce que Tacite , lib. i4. Itaper licentiam paucis diebus absumpta sunt qtuB adversus nécessitâtes in longum suffedssent.
Un si grand débordement de ton*ens et de rivières arrivât signamment la veille de S. Barthélémy 1629. qu'avec tant de debordemens des feux, ils deformarent et remplirent de larmes et d'alarmes tout le paysage, comblarent d'attrait et de ruines plusieurs fonds par les vallées. À Ristolas en Queyras, bien qu il prenne sa dénomination de ce qu'il a des rifs de tous costez; ils furent si enflez, et les feux si vehemens, que le Bourg fut réduit en cendres, et le terroir de la plaine en gravois. Les pauvres bruslez ayans recouru à forme de l'Ârrest du Parlement du Dauphiné du 14. d'Âoust suivant, et par leurs autres moyens de soulagement l'eurent de nous conseiller esleu, nommé par ladite Cour souveraine , et lors seul en exercice, du moins de deux feux des quatre et demy qu'ils font au perequaire gênerai de la
Province pourhuict années; ce fut le premier soulagement fait en celte Eslection , et possible dans le Briançonnois.
Environ ce temps-là le feu consuma dix ou douze maisons au bourg d'Aiguilles en la mesme vallée. Une sixième en veuê du village du Saulze mandement d'OuIx.
L'année 1630. trois grangeages à divers endroits d'iceluy. Item, tout le village de S. Marc ; un vent s'eslevat au Soleil levant, et rendit le feu si actif, qu'ils n'eurent moyen de rien sauver : le ravage des eaux qui le précédât ladite veille de S. Barthélémy, fut de mesmes si grand qu'il se trouvât avoir emporté irréparablement à demy feu de leur cadastre, sans parler des autres; et fallit d'affamer et puis submerger la Prevosté de S. Laurens d'Oulx; le mandement obtint à forme dudit Arrest , un soulagement presque pareil ; j'en fis aussi la procédure, et depuis le partage au gré de tous, lequel neantmoins d'entrée on croyoit impossible en pays cadastré.
La mesme année fut si incendiaire que le tiers du village de Chantamerle bruslat : et à Pont en Ghasteau-Dauphin trois maisons : six au bourg de Chomonts : deux ou trois aux Ramas village de la mesme Communauté. Je fus depuis consulté et d'advis, que si une fille impubère se trouvoit avoir mis le feu , elle estant hors de l'aage d'enfance non excusaretur in eo quod reperiretur commisisse , sed pœna duntaxât pecimiaria puta de ses biens adventifs , elle seroit tenue reparer le dommage du voisin, /. i. §. imputes, ff. ad Sillen. et C. i. ext. de delict. pueror.
L'année 1631. le tiers de Ville-vieille en Queyras passât par les fiâmes : Item, trois des maisons principales du bourg de SainctChafïré : le village de Peyroussa au Puy S. André: et au mandement de S. Martin Queyrieres , la plus part du village de S. Marguerite : comme aussi partie de l'hameau du Veyras : quelques maisons du village de Prèles : une aux Vignaux, et quelques granges en la montagne en VaUoyse :
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le grand logis de la poste de Briançon hors la ville : deux métairies à S. Catherine au devant de la maison conventuelle de R. P. Jacobins de la refonne fraischement fondez , et plusieurs maisons au bourg de Nevache : le procès jugé d'une extrême diligence par le sieur Juge ordinaire d'iceluy, le prévenu de cette incendie fut condamné à la question par ces trois conjectures principales , que le bruit fut aussi tost par le Village que ce devoit estre luy qui y avoit mis le feu : Fama autem quœ aritur cotUra aliquem incontinenti post incendium vel commissummaleficium facit indicium ad torturam deMarsil. consil. 3. num. i2. Resultoit aussi des charges, que peu de jours auparavant il avoit querelé le maistre de la maison à laquelle s'est premièrement prins le feu de cet embrasement, et l'avoit menacé de luy brusler ses maisons et tout son bien , minie incendii faciunt indicium ad torturam m^aximè quando sequitur incendium aut effectus ipsarum minarum d. consil. n. i3. Et neantmoins possible, parce que le crime d'incendie est un cas royal ou des reservez, la Cour en l'instanced'appel sans confirmer ny infirmer autrement le jugement qu'elle trouva juste au principal , prononça différemment.
L'année suivante le feu allarmat encor deux fois la Ville, prins es deux les plus belles maisons rebasties : l'embrasement de l'une fut tost à fin par l'assistance d'un Chevalier de Malthe qui sçeut bien commander ses soldats : l'embrasement de l'autre , sçavoir de l'Eslection , s'en allât en fumée au son du tocsin et au bruit du peuple y accourant.
Le Monestier de Briançon, outre sa part aussi des autres calamitez, et un procès en faict de dismes qui luy a cousté dix ou douze mille escus, a eu pour surcroy le bruslement d'environ 22. maisons vers lés Penitens.
En 1633. le bruslement fut à Molieres d'un bastiment un peu escarté du gros de ce petit Bourg au mandement de Cezane : et au sus-
dit Oulx, d'une maison de village, avec cette catastrophe que deux puissans hommes allans en chemise au secours d'un troisième que la fumée suiToquoit dans le lict, le plancher ja miné du feu par dessous venant à fondre et manquer tout d'une pièce sous leurs pieds , eux enfoncez y bruslarent aussi tous vifs, avec des cris lamentables, sans pouvoir non plus estre secourus.
L'année i635. presque tous le village des Mairies, et deux bastimens à l'hameau de Montbardon Communauté du chasteau Queyras, souffrirent pareil degast par la tyrannie du feu.
Et sur l'année 1637. ledit Monestier recheu dans l'embrasement, il n'y eut de bruslé qu'environ une sixième en veuê , parce que prins sur l'entrée du Bourg 1& où se faisoient les apprests du dîsner auquel quelques cavaliers vouloient traitter leur Capitaine, le vent contraire aux propriétaires des maisons assiégées , fut neantmoins si favorable aux autres qu'il détourna les feux incendiaires du reste au dehors. La compagnie de chevaux-legers y logée fut nécessitée se retirer à l'escart , le gros campa dans un champ les espées nues , et le pistolet au poing, en estât de combattre; d'autant que si grande émotion populaire s'eslevat , que tous quittarent leurs maisons à la mèrcy des fiâmes pour s'en venir prendre à eux, qu'on disoit estre les boutefeux, et autheurs de leur désolation ; presupposans que ce fussent les effects des menaces que quelques soldats venoient de faire, disoit-on, qu'ils mettroient le feu à l'autre bout du Bourg ; le Capitaine qui survint pour faire le holà, ou quelque remonstrance, faillit d'estre assommé, le peuple se voulant ruer sur luy : il fit si bien qu'il se dégageât, et fit retraite honorable à son quartier vers le gros qu'il fit aussi tost déloger. Les Notables retindrent la fureur du peuple, le rappellant où la nécessité si urgente le requeroit contre leurs autres ennemis les feux , qui seuls et sans résistance brusloient sans cesse, et s'agmndissoient devorans leurs maisons; et que n'ayans (comme les susdits) lors des
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bouches à feu en main, les armes n'eslokuit pas égales , qu'il esloit plus à propos de se tenir dans Tinnocence en rapportant toutes ces defenccs aux feux , et faisant punir par la rigueur de justice les incendiaires, que de se rendre les criminels eux mesmcs, et jouer à tout perdre.
L'année 1638. fut aussi calamiteuse par la mort d'un Grand, de celuy dont les pauvres bruslez pouvoient espérer Tacheminement de la paix, ou des autres moyens de leur restauration; le convoy passant par ces lieux , ou le corps qu'on apportoit d'Italie, fut le suject de cet Epitaphe.