‹ Essais critiquesChapitre 3 sur 52 · L.-A. GARNIER-PAGÈS · texte numérisé non relu

L.-A. GARNIER-PAGÈS

On dit communément que son frère avait beaucoup de talent, et je l'accepte à la hâte pour qu'on ne m'inflige pas la lourde chargede le démontrer. D'ailleurs il mourut jeune et à peine peut-on discuter sur les grands actes qu'il eût incontestablement accomplis plus tard, s'il eût vécu davantage. En tous cas, Louis-Antoine (i8o3-i8;8) ne continua Josej)!!- Etienne (1801-1841) qu'en ce que celui-ci présentait d'indiscutable. C'est pourquoi, ayant longuement vécu, il n'eut aucun talent, mais il aima la démocratie autant que cet amour est compatible avec les habitudes dune vie bourgeoise, et il ne manqua pas, en outre, de parler chaque fois qu'il importait d'agir.

Dabord une irrésistible vocation et les nécessités de l'existence poussèrent Louis- Antoine au courtage commercial, métier vulgaire encore qu'honorable. Il y gagna beaucoup d'argent, cependant que Joseph- Etienne parlait avec indépendance et gloire. Celuici mourut. Pour que son nom durât, il sembla utile que son frère lui succédât à la Chambre. Louis-Antoine y entra donc pour aimer publiquement le peuple à la place de Joseph-Etienne. Il y représenta son frère toute sa vie et cela prouveassez, sans que j'intervienne, qu'il n'exista jamais par lui-même.

Aussi bien, jusqu'à cette heure il n'avait pas éprouvé le besoin de contribuer personnellement au bonheur du peuple. Projeté dans la politique, il fut convenablement écrasé par le nom qu'il portait. Il fut donc, dès 1840, un politicien médiocre : mais, parce qu'il succédait à son frère il ne put pas éviter d'être médiocre avec éclat. D'autant moins que, par devoir de famille, il parla fréquemment. Ses convictions démocratiques se répandirent avec abondance dans les débats sur les lois sucrières, les traités commerciaux, les chemins de fer ouïes valeurs enBourse. De la sorte, jusqu'à sa mort il eût continué son frère en parlant pour le bien du peuple, comme un courtier de commerce. Et parce qu'il se nommait Garnier-Pagès et qu'il était député il semblait être quelque chose. Enfin lorsque le hasard voulut qu'il ne fût plus député, on vit nettement qu'il n'était rien.

Incapable d'être homme d'Etat il devint presque chef d'Etat, car le hasard peut tout. Ce fut en 1848. Vraiment, pour Garnier-Pagès voici l'apogée. Tout l'homme se révéla en cette période brève. Son nom, parmi l'ahurissement général, lui attira, pour la joie

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