L.-A. GARMER-PAGES
des o^énérations futures, d'importantes fonctions diverses qu il accepta parce qu'étant courtier de commerce et voulant perpétuer la gloire de son frère, il ne doutait de rien et pas même de lui. Il s'appliqua consciencieusement à faire des actes historiques et n'y réussit pas, car ses maladresses sincères étaient dépourvues d'ampleur. Il faillit, au reste, prononcer des paroles mémorables : il y consacra vainement tout son soin; le relief leur manque irrémédiablement,
Louis-Antoine cependant, après cet âge héroïque, finit sans importance comme il avait commencé. Il demeure toutefois, pour la postérité indulgente et rieuse, l'homme de 1848. Il l'a bien voulu. En effet, il dépensa la seconde partie de sa vie, — la plus longue, — à raconter la première. Il nomma sa narration apologique : !'« histoire de la Révolution de 1848 ». Les volumes s'accumulèrent. Il exalte en eux sa personnalité : c'est une idée bien originale.
Rapportons ici l'existence de cet homme qui fut médiocre si honnêtement. Vertueux jusqu'à 1 excès, il poussa dans la politique l'amour de sa famille. Il n'engendre ni colère ni haine. Il repose l'esprit, étant un personnage simple. Certes il n'accomplit rien qui puisse demeurer, mais tout son temps persiste en lui. Il est symbolique. C'est Joseph Prudhomme dans la réalité politique.
N ayant point de grandes qualitésila toutes sortes de petites vertus. Et parce que tout est petit en lui, ses défauts eux-mêmes ne paraissent grands qu'à
force de se répéter. D'ailleurs, il ignore tout de la yie politique : il est donc perpétuellement honnête. Son caractère, qui n'est pas beau, est un bon caractère. Il n'est pas d'un homme, mais d'un brave homme.
Sa vanité lui fut d'un important secours constamment. Vanité fondamentale, imi)erturbable vanité. Garnier-Pagès s'enorgueillissait de son frère autant qu'il l'aimait. Il le chérisssait à tel point qu'il le confondait avec lui et c'est pourquoi il aboutissait à trouver en lui-même des sujets d'orgueil. Comme son frère était mort assez tôt pour laisser l'apparence de belles aptitudes, Louis -Antoine, — tant il aimait son frère ! — ne doutait pas qne les aptitudes de Josepli-Étienne ne se fussent épanouies en lui. Il cherchait donc dans l'insigne passé de son frère des exemples pour le présent ; il voulait que chacun avec lui profitât de ces exemples et ce lui paraissait un suffisant prétexte pour se mettre en avant. Il était glorieux par amour fraternel. Il était vaniteux à bon compte.
Les gloires familiales se multiplient en s'additionnant. Ainsi pensait Louis-Antoine Garnier-Pagès. Parce qu'il continuait son frère à la Chambre il estimait que 'son rôle politique devait être nécessairement un très 'grand rôle. Il tâchait donc à la majesté : il était d'abord solennel. Il voulait que chacun vît aussitôt qu'il était chargé de reliques.
Or cette vanité s'alimente à toutes les sources, puise même aux plus minuscules. C'est ainsi que Garnier-Pagès, fier de son aîné, était également lier de lui-même. Sa vanité était persistante parce qu'elle s'appuyait, en outre, sur des ce assises mate-