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tes. Dîraî-je qu'il croit Henri IV fils de Henri IH? n néglige du moins de rien connaître aux maisons de France, d'Autriche, de Bavière : Quelles minuties! dit-il, pendant qu'il récite de mémcHre toute une liste de rois mèdes et de Babylone , et que les noms d'Apronal , d^Hérigebal , de Noesnemordach , de Mardokempad , lui sont aussi familiers qu'à nous ceux de Valois et de Bourbon. H demande si l'empereur a jamais été marié ; mais personne ne lui apprendra que Ninus a eu deux femmes. On lui dit que le roi jouit d'une santé parfaite ; et il se souvient que Tetmosis, un roi d'Egypte, était valétudinaire, et qu'il tenait cette complexion de son aïeul Alipharmutosis. Que ne sait-il point? Quefle . chose lui est cachée de la vénérable antiquité? Il vous dira que Sémiramis, ou^ sdonr quelquesuns, Sérimaris , parlait conune son fils Ninias ; qu'on ne les distinguait pas à la parole : si c'était parce que la mère avait une voix mâle conmie son fils , ou le fils une voix efféminée comme sa mère , il n'ose pas le décider. Il vous révélera que Nembrod était gaucher et Sésostris ambidextre ; que c'est une erreur de s'imaginer qu'un Àrtaxerce ait été appelé Longue-
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main parce que les bras lui tombaient jusqu au genou , et non à cause qu'il avait une main plus longue que l'autre ; et il ajoute qu'il y a des auteurs graves qui affirment que c'était la drœte ; qu'il croit néanmoins être bien fondé à soutenir/]ue c'est la gauche. ]»
Si à cette peinture si vive et si originale vous joignez le caractère que Molière a tracé de ce savant
Qui , pour avoir un nom qui se termine en es , Se faisait appeler oionsieur Caritidès ,
vous aurez une provision de plaisanteries du meilleur aloi, et assez fécondes pour fournir matière à de nombreuses colonnes de critiques. Reste à savoir si ces critiques trouvent encore aujourd'hui leur application; si c'est dans l'étude de l'antiquité qu'il faut aller djiercher le pédantisme en 1855 , ou s'il ne se serait pas transporté ailleurs , comme dans quelques domainei^ dépendants de la politique , je suppose.
Le fait est qu'il nous arrive souvent de voir traiter avec une inconcevable légèreté des questions littéraires importantes ; et ceux qui puisent leur opinion dans ces jugements sabrés conservent ainsi des préjugés qu'ils regardent
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comme des idées de progrès, par cela seul qu'on les leur présente dans un style nouveau et brillant. Que de formes nouvelles savent ainsi à rajeunir des observations aujourd'hui hors de mise ! Combien de gens ont vécu et même vivent encore sur Voltaire , quoique son règne soit fini , et fort justement ; car, de tous les despotismes , celui qu'exerce l'esprit de sarcasme et de persiflage me parait le plus intolérable. Sous un tel règne , en vain rédame-t-on le droit de traiter sérieusement les choses sérieuses , si les hommes qui tiennent le sceptre de la moquerie ont fantaisie de les traiter autrement.
Voltaire et les encyclopédistes avaient introduit 1^ monarchie et l'aristocratie dans les lettrès , qui doivent toujours rester une répubUque. Le$ grands événements qui leur succédèrent firent envisager avec une sorte d'indifférence ces questions spéculatives où ils avaient porté tant de passion. Les sciences exactes jouirent alors 4 une influence presque exchiisive; alors surtout brilla dans tout son éclat la première classe de l'Institut , aujourd'hui l'académie des sciences. Elle, éclipsa tout le reste , et , pour ne
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parler que de racadémie des inscriptions et belles-lettres , en ce temps la troisième classe de l'Institut, il était diiBcile que ses travaux fussent compris et appréciés d'une époque qui se contentait de YHisloire de France d'Anquetîl. Aussi ces travaux continuaient -ils dans une espèce d'obscurité; les académiciens les plus distingués se tenaient à l'écart , et les honneurs de l'érudition étaient feits par des hommes qui n'étaient pas les premiers, tels que M. Langlès pour les langues de l'Orient, M. Gail pour la littérature grecque.
n n'en est pas tout-à-iait ainsi aujourd'hui. L'académie des sciences conserve toujours , il est vrai , une haute influence par des travaux féconds en applications directes. Peut-être, dans l'attention qu'elle ne cesse d'exciter , le culte de l'industrie l'emporte-t-il aujourd'hui sur celui de la gloire scientifique ; en tous cas , les autels de la science restent fréquentés. Mais ce qui a pris une véritable popularité , c'est l'étude de l'histoire. Dans mi temps oii toutes les traditions se perdent, et où tant d'incertitude règne sur les sujets les plus importants, les meilleurs esprits ont senti la nécessité , non pas
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de s'isoler des temps modernes œmme Hermagoras , qui croyait Henri IV fils de Henri III ^ mais de rattacher une exacte connaissance de ces temps modernes à l'étude approfondie des temps passée. Des recherches sur le moyenâge , sur l'antiquité , sur les peuples étrangers , leur langue , leurs opinions , leurs coutumes « n'ont plus paru des objets Êdts pour défrayer la bonne humeur des esprits plaisants.
Pourtant rien n'est commode conune l'esprit tout Êdt , et rien n'est difficile comme de distinguer dans sa propre tête ses idées d'avec sa mémoire. Avec cela , les critiques ressemblent trop souvent à des juges qui chercheraient à attirer toutes les causes à leur tribunal y sans s'embarrasser de la compétence de sa juridiction. On aime à parler de tout dans un feuilleton, et, comme, en général, les savants mêmes ignorent plus de choses qu'ils n'en savent , il résulte de ces causeries avec le pubhc bien du réchauffé, bien du r^ttu , souvent des contradictions et des anachronismes. À des éloges sur ce goût de l'histoire, sur cette vénération pour nos monuments, sur cette liberté dans les créations de l'artiste et de l'écrivain , sur cette renais-
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sance de la renaissance, en un mot, qui cherche à se manifester aujourd'hui , vous verrez quelquefois peut-être se joindre des railleries sur le corps distingué , principal foyer où se sont conservées ces traditions de savoir que Ton désire exploiter avec tant d'ardeur, avec trop d'ardeur quelquefois; car la connaissance d'une chose n'en vient pas aussi vite que le goût.
Quelle est la cause d'une telle incoiQ^séquence dans la critique ? c'est qu'en louant la tendance vraiment louable l'écrivain exprime ses propres observations; en dénigrant mal-à*propos » il n'est que l'écho de quelques vieilles boutades , qui , d'échos en échos , sont arrivas jusqu'à lui > qu'il répète parce qu'il les trouve p^laisantes » mais sans en vérifier la justesse. Pour bîan critiquer une chose , c'est-à-dire pour lapcer des traits qui portent , il &ut pourtant la con* naître au moins aussi bien que pour en parl^ sérieusement. Aussi les meilleures plaisanteries sur certains travers de l'érudit^n sontreQes dues à l'abbé Barthélémy- Mais, en s'attaquant à des sujets auxquels on estétr^iuger, pn risque de frapper à faux , et d'exciter quelquefois à ses
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dépens un rire dont on se croyait l'arbitre.
La faciKté que donne la littérature quotidienne habitue à causer en écrivant ; la plume ne se refuse rien de ce que se permettrait la tangue dans une conversation sans conséquence, et Ton oublie ainsi que c'est avec la France entière qu'on va causer, ne fut-ce que pendant un quart d'heure. Ce laisser-aller fait donc qu'on s'avance trop quelquefois ; mais aussi les opinions n'ont pas cet entêtement qui de la moindre contradiction Élisait jadis jaillir une polémique interminable.
Si j'ai dît que vouloir ridiculiser les travaux de l'académie des inscriptions est aujourd'hui un anachronisme , j'ai avancé une chose fort inutile à établir pour toutes les personnes qui sont au courant de ces travaux. Ces personnes* là savent que cette académie est ^ avec celle des sdénces , la partie vraiment active et utile de l'Institut. Tout en rendant hommage à l'académie française , à celtes des beaux-arts et dés sciences morales ; on doit convenir que la tJiéorîe du bemi est changeante dans les arts et les lettres. Boileau avait dit : «Rien n'est beau que lé vrai. » UnenoUwBepoétiqueavouluprouvOT
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que la plus grande partie du vrai , c'est le laid; et elle en a conclu que le laid est le beau , plus encore que le beau lui-même. Voilà une mine féconde, et il peut se passer beaucoup de temps avant que l'imitation systématique du laid soit épuisée. Si nous passons aux arts , que peut sur les libres allures des artistes l'autorité contestée d'un aréopage académique? La même chose a lieu pour les sciences morales : bien que la morale soit sans doute toujours la même, rien n'est changeant comme les systèmes de philosophie , et rien n'est entêté conune leurs auteurs ; c'est bien à eux que Ton signifiera une sentence académique !
n n'en est pas de même pour les sciences d'observation , et pour celle des faits anciens dont la trace s'est perpétuée par des monuments quelconques. Là on est disposé à reconnaître l'autorité du savoir , et des corps d'élite peuvent l'exercer d'un consentement assez unanime. Pour voir la manière dont l'ancienne académie des inscriptions a rempli cette missicm , il faut lire ses doctes mémoires. Mais, nous n'hésitons pas à le dire , les travaux actuels de cette compagnie surpassent ceux de ses devanciers. En
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voici la raison : à Théritage de ses prédécesseurs elle joint maintenant l'héritage de Tordre à jamais illustra des Bénédictins ; et, par le zèle et l'érudition de ses membres , elle se montre digne de ce double héritage.
L'académie des inscriptions et belles-lettres applique ses laborieuses investigations à l'histoire des hommes et de leurs sociétés , à l'étude approfondie de la filiation , des analogies ou des différences des langues , à l'interprétation des plus anciennes httératures , où l'érudition parvient à retrouver la plus grande part de ce qu'un siècle présomptueux regarde comme des innovations , car ce n'est pas d'hier que Salomon a dit : < Rien de nouveau sous le soleil. >
Restée fidèle à l'étude des faits , sans jamais sacrifier aux caprices du jour, cette grave compagnie a vu revenir à elle et à ses études une génération avide d'apprendre l'histoire, non plus dans ces longs résumés, incomplets et sans couleur, décorés du nom d'histoires générales , mais à ces sources vives des révélations contemporaines. Que de connaissances se rattachent accessoirement à ces études spéciales quand on en comprend toute la portée ! la géo-
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graphie , les langues , la paléographie , la nu» mismatique , les recherches archéologiques, lattention sérieuse portée sur le moyen-âge aux imposants monuments, aux institutions fortes ; enfin partout un grave examen substitué au persiflage frivole.
Ces études , comme on les entend à l'académie des belles-lettres , sont trop profondes pour être accessibles à beaucoup de personnes ; et nous ne prétendons pas réclamer pour elles une vogue dont elles ne sont pas susceptibles , et qu'elles sont loin de rechercher. Mais aux personnes qui demandent de bonne foi des notions exactes sur Tétat de l'érudition , répon-^ dons par des Ëdts incontestables , et montrons du moins le vide des plaisanteries séculaires qu'une critique routinière ne cesse de répéter.