‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 5 sur 57 · SUR L'ORIGINE DE L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

SUR L'ORIGINE DE L'ÉCRITURE

Les découvertes de Férudition moderne sur les écritures de raucienne Egypte doivent feiire •considérer l'origine de l'écriture sous un point de vue nouveau. Les premiers termes de cette question doivent ainsi recevoir plus de développements que n'avait pu leur en donner Mont- &ucon , et des développements tout différents. Tel est le sujet de ces considérations sur l'origine de l'écriture.

Presque toutes les traditions de l'antiquité classique sur les commencements de l'écriture en Grèce en attribuent l'introduction dans ce pays à Gadmus. Mais il ne faut jamais perdre de vue, en discutant ces questions d'origines chez les Grecs , que l'anthropomorphisme , leur caractère dominant , les a portés à tout personni-

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fier, les grands événements comme les grandes vertus, comme les grands vices. Le siècle et le pays auxquels se rattachaient la découverte et la propagation d'un art sublime se résumaient pour eux dans un héros célèbre ou contemporain de l'événement , ou plus souvent son compatriote seulement, si Ton peut ainsi parler. Triptolème était l'inventeur de la charrue. Hercule le dompteur des monstres ; Dédale représentait presque tous les arts d'application. .. Ainsi Gadmus passa pour avoir inti^m't ou môme inventé l'écriture.

Ce héros florissait au commencement du seizième siècle avant Jésus-Christ. Il est certain qu'un genre de lettres d'une forme très-ancienne, tombé en désuétude à l'époque d'Hérodote^ était appelé lettres cadméennes ; Hérodote rapporte même avoir lu trois inscriptions de ce caractère sur des trépieds du temple d'Apollon Isménien à Thèbes : < J'ai vu moinnéme des lettres cad-

> méennes, gravées sur des trépieds dans le » temple d'Apollon Isménien à Thèbes en

> Béotie ; elles avaient beaucoup de rapports » avec les caractères ioniens. L'inscription d'un » de ces trépieds portait :

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< Amphitryon m'a consacré à son retour de 1 Téléboé. »

Or cette expédition d'Amphitryon est justement celle pendant laquelle k &ble suppose que Jupiter prit la figure de ce prince pour s'introduire auprès de sa fenune Alcmène. L'inscription de ce trépied répondait donc à la naissance d'Hercule , que Fréret place à l'an 1385 avant Jésus-Christ. Hérodote cite ensuite les inscriptions des deux autres trépieds , l'un consacré du temps d'Œdipe par Scéus, fils d'Hippocoon , et l'autre par Laodamas , fils d'Êtéocle.

n n'y a aucun doute sur l'existence de ces trépieds et de leurs inscriptions , puisque Hérodote les avait vus ; et Y(m n'a jamais le droit de su^q;>ecter le témoignage de ce père de l'histoire, dont toutes les assertions personnelles qu'on a pu vérifier ont été reconnues exactes. Mais, quant à l'antiquité de ces mêmes inscriptions , on conçoit d'abord qu'il ait pu être dans l'intérêt des prêtres de supposer à quelques dbjets du trésor de leur temple une origine ancienne et héroïque , propre à exciter la vénératjpn des peuples. Cette supposition s'accorde avec l'c^inion de ceux qui regardent l'écriture grecque

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comme postériem^ à Homère. Nous allons d'abord exposer cette opinion.

Lies plus anciens monuments de la littérature grecque, tous bien postérieurs aux époques que nous venons d'indiquer, ne font aucune mention de l'écriture , et paraissent avoir été composés avant que l'usage en fût répandu dans la Grèce. Ils furent d'abord transmis de bouche en bouche par la mémoire , faculté bien plus développée chez les hommes avant que l'art d'écrire ne vînt la suppléer en partie. Homère lui-même (car nous nepouvons nous résoudre à dire avec une nouvelle école de critique : les auteurs de l'Iliade), Homère , qui passe en revue la nature et la société tout entières , et qui n'est. étranger à aucune des connaissances de son temps , ne dit pas un mot d'un art qui n^aurait pas manqué d'appeler ses observations s*il en eût eu connaissance. On sait que le seul passage où l'on aurait pu voir quelque mention de l'écriture est celui-ci :

« Prœtus envoya Bellérophon en Lycie , et » lui donna des signes funestes , traçant dans » une tablette fermée beaucoup de choses per- > nicieuses. » (Iliade^ VI, 168, suiv. )

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Le mot sêmata qu'Hérodote emploie dans cette locution ^Xessigms phéniciens de Cadmus, c'estnàrdire les lettres, a feiit remarquer à madame Dacier que tel pouvait être le sens de œ mot dans ce passage d'Homère. Mais, aucun autre passage du poète ne corroborant cette explication , il est bien plus naturel de donner à sêmata le sens de signes convenus ou symboles particuliers , comme étaient fes signes de Thos^ pitalité. Quai^t au verbe graphci, qui s'applique à tous les arts graphiques , il est bien plus simr pie de le traduire la par tracer qae par écrire. Sid'écriture eût été connue en Grèce du temps d'Homère , les deux grands poèmes qui lui sont attribués auraient contenu plusieurs allusions à cet art. Quel est le poème de quelque étendue oii l'on trouverait un pareil silence^ sur un art qui devait pourtant paraître d'autant plus re^ marquable à un esprit observateur qu'il aurait été plus nouveau ?

Or V Iliade , quelque opinion que l'on émette 5ur son auteur, est nécessairement postérieure au siège de Troie, dont la prise, fixée à l'an 1282 avant Jésus-Christ est plus récente d'au moins \m ouart de siècle que les derniers personna-

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ges th^iKÔns dtés par Hérodote comme donateorsdeslrépieds dont fl a^art lu les insci^ Si récritiire e6t été alors comme en Béotie , les Thébainsqui étaient an si^ de Troie, qnHomèreappdle m^e Cadméiônés^ descendants de Cadmus , et qui ont donné leur ncmi an catalogue des Yaisseanx , <^anté par les rapsodes sous le titre de Bceotia, les Thébains, disons-nous , n'aurai^Qt pas manqué d'apporter a^ec eux et de répandre parmi tous les Grecs de Fannée les notions de l'écriture.

On sent qu'à côté de ce »lence des plus anciennes compositions poético-historiques , quelques assertions d'auteurs, compsffatiyement modwnes , sont sans aucun poids pour les partisans de l'opinion que nous exposons. Us n^hésitent pas à rejeter comme erronées celles de Pline et de Phflostrate qui attribuent à Pabmède pendant le siège de Troie Tinv^ition de plusieurs lettres ou même de l'alphabet en tier. Enfin ils voient un des nombreux anachronismes de l'Enéide dans le passage où Virgile fait écrire un vers à Énée :

Rem carmiae signo.

i£neas hxc de Daoais victoribus arma.

(L. III, V. i87, sq.)

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Si donc nous reftisons d'admettre les tradiâons classiques sur l'origme de l'écriture en Grèce , il nous &ut ch^x^her dans les faits historiques un indice que ne détruisent plus des preuves contraires. Et nous trouvons cet indice peu de temps après Homère , auquel les chrcmologistes assignent pour époque la fin du dixièsne siècle avant Jésus-Christ, Lycurgue , né vingt-iâx ans avant la fin de ce siècle , et par conséquent en partie contemporain d'Ife>mère, inrolongea sa carrière jusqu'à la cinquanteneuvième annéedu siècle suivant ; et, le premier, il mit par écrit ces deux grands poèmes d'Homère, qu'il fit amsi connaître à toute la Grèce,

Cette poésie sublime , les chants instnictiis et hamnonieux d'Hésiode , les fortes institutioms de Lycurgue y nous montrent alors une bien grande époque de fermentation intellectuelle. La mémoire de l'homme n'allait plus sdEre à la conservation des œuvres de son génie* Anssi est-ce à cette époque , c'est-à-dire dans la première , moitié du neuvième siècle avant Jésus- Chri^ , que Léon Allatius assigne l'introduction de récriture en Grèce. Elle y précéda d'environ deux siècles l'histœre en prose. Car

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le plus ancien prosateur grec que nous connaissions de nom est Gadmus de Milet , qui vivait dans le conunencement du sixième siècle avant Jésus-Christ , et qui est ainsi antérieur à Hérodote à peu près d'un siècle»

Mais il existe sur cette même question de l'introduction de Técriture en Grèce une autre opinion fort imposante par les personnes qui l'ont soutenue. M. le marquis de Fortia , dans son Essai sur l'origine de l'écriture , a même consacré un chapitre entier à l'histcnre de cet art en Grèce avant Homère. A l'appui de ses savantes considérations , l'on peut ajouter que ^ si l'introduction de l'écriture en Grèce eût été de beaucoup postérieure à la guerre de Troie , cet événement se fiiit ainsi trouvé à peu près contemporain des temps historiques , et nous aurions probablement sur sa date des indications plus précises. Quant au silence d'Homère, sans disconvenir de la gravité de cette objection , elle pourrait être réfutée jusqu'à un certain point , en admettant que l'écriture » bien que connue en Grèce , a pu y rester des siècles à peu près sans usage , faute de matières com-^ modes pour écrire^

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M, de Fortia , d'après le témoignage des auteurs grecs et latins, place l'introduction de l'écriture en Grèce au seizième siècle avant Jésus-Christ , époque remarquable dans l'histoire primitive de ce pays par les colonies d'Égyptiens et de Phéniciens qui , d'après les traditions helléniques , vinrent alors porter le flambeau de la civilisation , Gécrops dans l'Attique, Gadmus en Béotie, Danaûs dansl'Argolide. M. Letronne a présenté récemment cette partie des origines grecques sous un jour nouveau, en refusant aux Égyptiens la part qu'on leur a donnée jusqu'à présent dans la civilisation de la Grèce. En admettant même son savant système pour les colonies du seizième siècle avant Jésus-Ghrist dont nous venons de parler , on pourrait encore ne pas rejeter la tradition d'une colonie antérieure de trois siècles , celle d'Inachus dans le nord du Péloponnèse , au dix-neuvième siècle avant Jésus- Christ , à cette époque où la tyrannie des Hycsos ou rois pasteurs dut forcer à de lointaines émigrations un grand nombre d'Égyptiens. Si cette antique colonie n'imprima pas à la naissante société de la Grèce ces formes de la société

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