‹ Essais d'appréciations historiques;Chapitre 49 sur 57 · PAU DB FRANCE · texte numérisé non relu

PAU DB FRANCE

C'est une délicate entreprise pour la critique profane d'analyser un livre de piété » quels que soient ses autres mérites; car, pour le Êdre connaître convenablement . il &ut éviter à la fois le scandale d'un jugement téméraire et l'inexactitude d'im jugement tronqué. Il est Êidle de rendre hommage à la féconda érudiT tion dont M. le copite de Montalembert; pré^ sente le riche développement dans son histoire de sainte Elisabeth de Hbngrie; mai^ il faudrait un zMe aussi ardent que le sien pour le juger d'une manière qui fût avouée de lui. Du mptns

30/i SAINTK ELISABETH DE HONGRIE.

est-il indispensable de constater cette tendance du jeune écrivain catholique. Il dit en parlant des miracles de sainte Elisabeth : c Nous avons cherché à les reproduire avec la même exactitude que nous avons mise dans le récit de tout le reste de sa vie. La seule pensée de les omettre ou même de les pallier, de les interpréter avec une adroite modération, nous eût révolté.G eût été à nos yeux un sacrilège que de voiler ce que nous croyons la vérité pour complaire a Torgueilleuse raison de notre siècle : c'eût été une inexactitude coupable, car ces miracles sont racontés par les mêmes auteurs , constatés par la même aut(»-ité que tous les autres événements de notre récit , et nous n'aurions vraiment pas su quelle règle suivre pour, admettre leur véracité dans certains cas et la rejeter dans d'autres. C'eût été enfin une hypocrisie, car nous avouons sans déUmr que nous croyons de la meilleure* foi du monde à tout ce qui a jamais été raconté de plus miraculeux sur les saints de Dieu ai général ^t sur sainte Elisabeth en particulier. >

M. de Montalambert est donc un hagiographe ; il a toute la foi des hagiographes an*

ciens ; et pourtant l'histoire de sainte Elisabeth de Hongrie ne s'adresse pas seulement aux simples et dévots lecteurs de la Vie des Saints. C'est, cooune nous allons essayer de le prouver , une des lectures historiques à la fois les plus attachantes et les plus instructives que puisse faire quiconque n'y apportera pas une prédisposition voltairienne , un parti pris de sarcasme et de mépris pour tout ce qui est marqué du signe de la croix. Il suffira de ne pas admettre en toute humilité l'arrêt du philosophisme qui condamne à l'absurde tous les siècles de foi et d'enthousiasme religieux, pour accueillir avec empressement l'écrivain qui peut nous y introduire, parce qu'il en a la clef; cette def , c'est la sympathie religieuse. Sûr de comprendre ainsi les siècles de foi, M. de Mon talembert a mis en œuvre toutes les notions que lui ont fournies une instruction variée, de nombreux voyages , la connaissance des langues et des littératures de l'Europe. Dans toute cette période du moyen-âge vivifiée par le sentiment religieux, il s'est attaché au treizième siècle , où ce caractère lui a paru le plus saillant par le pouvoir suprême des papes , le zèle pour les

Page 1