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Nous avons dit que nous n étions pas de ceux cpii, avec l'imprimerie, regardent un retour à la barbarie comme impossible ; mais, en portant sur un avenir lointain de ces regards dont il n'est jamais donné à une vie d'homme de vérifier la prévoyante exactitude , on peut voir dans les innombrables exemplaires de plusieurs livres excellents un trésor de lumières indestructibles, lors même qu'un intervalle d'ignorance profonde , comme celui qui a obscurci l'Europe au moyen4ge, s'étendrait de nouveau sur nos sociétés. Cette ignorance hostile aurait beau faire, il semble qu'elle ne pourrait détruire tous les exemplaires dus à la prodigieuse multiplication de l'sfft typographique. La plupart des bons livres se retrouveraient sans doute tôt
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OU tard pour seconder merveilleusement les premières velléités d'une nouvelle renaissance, dont les premières étincelles, grâce à de si puissants auxiliaires, auraient bientôt propagé un vaste foyer d mstruction.
Voilà une grande différence que Fimprimerie a mise entre les anciens et les modernes. Pour tout le reste , ne croyons pas que nous préparions à la postérité une plus grande provision de documents solides et durables que ne nous en avait préparé l'antiquité. Loin de là, nos monuments sont des châteaux de cartes, en comparaison des siens. Nos fastes sont gravés sur le sable , en comparaison du caractère durable et grandiose qu'elle imposait aux siens. Pensez donc à l'innombrable quantité de statues, bustes, bas-reliefs, par lesquels l'image de chaque empereur se répétait dans toute l'étendue de l'empire romain. Pensez à la multitude bien autrement grande encore des mêmes simulacres que le seul petit pays de Grèce avait élevés à l'immortalité, de ses héros et de ses grands hommes en tout genre ; Athènes avait élevé trois cents statues au seul Démétrius de Phalère. Eh bien! entrez dans la plus riche
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galerie d'antiquités , et jugez du peu qui nous est parvenu de tant de richesses par le soin qu'on met à conserver les plus petits, les plus informes débris de cette antiquité, qui semblait avoir pris à tâche de se couler tout entière en bronze, de s'asseoir sur les fondations du marbre le plus dur, du ciment le plus tenace. La ^sauteur et la dureté de ses moindres monuments semblaient leur garantir une conservation indéfinie ; ses billets de spectacle étaient des morceaux de bronze ^ ses affiches des tables de marbre ou d'airain , ses salles de concert des palais solides comme des citadelles.
C'est surtout l'étude de l'iconographie antique qui montre la terrible puissance des ravages jlu temps et de la barbarie. Est-il un peuple qui ait jamais reproduit avec une plus somptueuse prodigalité les images de ses hommes célèbres en tous genres, que ne l'a fait l'ancienne Grèce? Qu'en reste-t-il aujourd'hui, lorsque les investigations sévères ^ d'une savante critique discutent l'authenticité des portraits qui nous sont parvenus ? Ceux que nous ont conservés seulement les bustes et les statues ne vont pas à plus d'une vingtaine.
Le mode de transmission le plus sûr et le plus fécond s est trouvé dans les médailles, parce qu'à la solidité, caractère de l'antiquité , elles joignaient déjà la multiplication indéfinie d'un même type, appliquée si merveilleusement chez les modernes par l'art typographique.
Mais, si l'on excepte quelques médaillons et un très^petit nombre de médailles, qu'on pourrait appeler des médailles de fantaisie , ce que l'antiquité nous a laissé avec abondance en ce genre consiste seulement en pièces de monnaie. 11 en résulte que les grandes collections de médailles antiques se réduisent, d'après les classifications des numismatistes , aux. médaillés des villes, des peuples et des rois, et aux médailles romaines ; celles-ci se divisent en consulaires et impériales. Lors donc qu'un roi, un consul ou un empereur se trouve un homme remarquable à quelque autre titre*, la pièce, de monnaie qui nous conserve son image est un document, non seulement pour l'histoire du peuple chez qui elle avait cours , mais encore pour l'iconographie des grands hommes. Quant aux hommes illustres qui n'ont pas joint à leur gloire particulière une de ces magistratures suprêmes, le
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nombre de leurs portraits authentiques est in* finiment restreint.
De nos jours , la numismatique ne s'est pas bornée à offrir dans l'image des princes la ga* rantie légale de la monnaie , et à fixeir par des médailles plus soignées la commémoration des principaux événements ; mais la plupart . des hommes très*-célèbres ont eu qudqûe médaille frappée en leur honneur. Toutefois laUaifril, pour y parvenir, joindre à la supériorité duumé» rite l'élévation d'une assez grande position so* ciale* Cette collection très-irrégulière, parvint* on à la réunir, offrirait donc encore des lacune» considérables*
L'idée toute patriotique de réumr , pour lé» médailles des grands hommes français, ces deux conditions d'uniformité dans le moduIe> et d'être aussi complet que possible, fat conçue, en 1816, par un homme devenu^ dans ces deiv niers temps, célèbr&en politique, et dont le Bom est attaché à un acte bien inipor tant, mais qui ne durera pas autant que Fairàin dp ses médaillM*^ Car il n'est pas de constituticai pdyitiqiie qm puisse prétendre à rivaliiser endurée avec lespoé^ sies d'Horace , monumentum œre perennius^
DES GRAiypS HOMMES FRANÇAIS. 3&I
M. Béjraçd communiqua son projet à plusienf!» peipsonnes de sa. connaissance, prises dans diflférentes positions, dans différentes carrières, de manière que chacun pût apporter, dans le.choi:i des gr^ids hommes à immortaliser ainsi , les prédjlQptîons de sa prolession, 4e ses goûts^ de ses habitudes. Chacun de.côs actionnaires dés* intéressés ^oûr tout autre objet que rillusjBratiop nâtiotialfa, versa une somme de 300 francs; dontlanéainion permit de commencer cette li*- bérale entreprise. .'
- , M. Bériird eut la ^tisiaction: de voii* les homr mes riches et édairés comprendre l'^impwlnace db ce moBumènt national et le seconder de ieufs ^usa*it)tioi9ts, Elles fmreât d'abord ^mes^ nom^ bxietiseâ pour^permettre,: tefi deux premières ânf aéeâi. d'affeoter.Jës.bén^ces de rèntrqporîse , îwxqiiels; avalent renoncé £Qrînallem.ekitJe8Ju> tîonnaires, 1^ à décerner: un. prix aa. graveur qm f 4'ap^^ > le jugement, de rAcadémie/deà B<^ûx^Àrts^ auraitâxécutékimeiUeuremédaille pendant l'année ; . 2^ à faire grayejc : m tailler ^c^ les<jaièdiyille|9 publiées, entourées : d'^ ^ts;attributs et suivies .d)un texte exj^licatifv Ce texte offrait à la fois une courte notice bio-
Zàà GALERIE MBTALUQUE
graphique du personnage représenté, et l'ii cation des sourœs d'après lesquelles la médaille avait été gravée , pour œnstater Tauthenticité de la ressemblance. H est à regretter que cet intéressant appendice ne soit pas allé au-delà de vingt médailles , l'entreprise ayant cessé alors de présenter des bénéfices»
Quant aux graveurs, si le motif d'émulation dont nous venons de parler cessa paiement pour eux au bout de deux ans , ils trouvèrent néanmoins, dans cette coopération, les encouragements les plus efficaces. M. Bérard sut concilier avec une rare intelligence l'économie forcée d'une entreprise formée d'actions , avec les vues toutes libérales d'un véritable ami des arts, zélé pour leur bien-être et leur progrès. Une somme fot fixée, comme maximum, pour les artistes déjà célèbres. Les jeunes artistes qui vinrent associer leurs noms encore nouveaux à ceux de ces maîtres de leur art ne reçurent pour leur première médaille que la moitié de ce prix qui, par des augmentations successives, se trouvait porté, après la quatrième médaille, au même taux que la somme payée aux matr très. Plusieurs d'entre eux sont des maîtres
DES GRANDS HOMMES FRAUÇAIS. 3â5
aujourd'hui, depuis vingt ans que dure cette honorable entreprise, à laquelle ils ont dû Foccasion d'appliquer utilement , de faire connsdtre au loin et de perfectionner leur talent.
Tous les artistes qui ont concouru à la gale* rie métallique des grands hommes français sont MM, Andrieu, Barre, Caqué, Ghardigny, Des* bœufs, Domard, Donadio, Dubois, Dubour^ Galle, Gatteaux, Gaunois, Gayrard, Grandjean (Caroline), Leclerc, Masson, Montagny, de Paulis, Petit, Pingret, Vatînelle et Vivier. Ces noms sont connus des amateurs et même du pu* bUc. Malgré les inégalités inséparables de toute œuvre confiée à un grand nombre de mains, on peut dire que la très-grande majorité de ces médailles est d'une exécution très-satisfaisante^
Si , en ne jugeant que par le sentiment ( qui peut souvent s'^rer quand il n'est pas soutenu par les principes de l'art), il nous était permis d'exprimer quelques préférences , nous signalerions Racine, par M. Ândrieu, tète d'une pureté admirable , et oii la perruque de Louis XIY est traitée d'une manière qui ne ferait pas soupçonner tout ce que cette coiffure offre d'ingrat à des mains moins habiles ; Aur^
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toine Arnauld, par M. de Paulis, tète du plus grand caraclère, si bien en rapport avec le personnage quelle représente; Golbert, Fernel, Jussieu, Amyot, Suger, Bayard, {^ur le méine; Richelieu , Yarin , Ëdeliiick » Bùffon , Gassini , par M. Gatteaux ; le pré»dent Jeanniti , le ma« rédial Lanues, Turenne^ Abailard, Grétry, )iâr M. Gayrard, dont nous dterions encorô d autres tètes , si j œmme celle du général Hoche , elles ne nous semblaient déparées par la lourdeur de la chevelure, qur du reste payait être chét ce maître une sorte de système ; Gérard Au^ dran, par M. Petit ; Lavoisi» et Mane-loseph Ghénier, par N. Gaqué; Tourvâle, par M» Pin^ gret.«. n est inutile d'ajouter que, pour tâen ju^ ger du mérite de toutes les médailles de cette boUection, il faudrait toujours commltre les modèles qui ont servi, à leur: ^écutiony«it tenir compte aussi du caractère dçs figures^t de Feffet plus ou moins heureux ouin^t d^la coifftirei dû vétetnent et autres accessoires obligés^ • Les graveurs qui ont le plus travmllé à cette «ollectioti s<mt M. Qàtteaux, aiiteui^ de dii^««ef»t médailles ; M. Gbyrard , de seize ; Ml Gaunois» de douze; M. de Paulis, de on:^; MM. Gaqué
et Oomard, chacun de neuf; MM. Dubois et Petit, chacun de sept.
La collection entière doit être de cent vingt médailles , dont il y a déjà cent dix-huit. Ce sont Abâilard, d'Âguesseati, d'Alembert, Amyot, d'Anville, Arnault, Audran ( Gérard )y Bailly, Barthélémy, Bayard, Bayle, Bichat, Boileau , Bossuet, Bourdaloue, La Bruyère, Le Brun (peintre). Lé Brun, (poète), Bùffon, Cas* siiii, Gatinat, Ghénier (Marie- Joseph), Ghevert, Golbert, Goligny, Gommines, Gondé, GonieiUé,! Grébillon, Gujas , Delille, Desaix^ Descarie^, inadame Deshoulièt-es , Destouches , D^derot^ Duclos, Duquesne, Edelinck, Favart, Fénélon^ Fermât, Fernel, Fléchier, La Fontaine, Fontenelle , Gassendi , Gerbier , Grétry , Du Guay- Trouin, Du Guesclin^ Héloiise, La Harpe^ VHpspital, Jeanne d'A;rc, Jeannip, Jussieu ( Bern^d de), Lagrange, Lannes^ L^yoi^ier , Malesberbo^, Mansaiît, Marn^ntel, M^ot, Masséna»
MasStUJon, Mçzer&y^ ]Hignar4 , Mirabeau^ Mole (Mathieu)^ Molière^ MpngQf Montaigne, Mon^ te$qiiiett , Monl^olfier^ de l'Orme (Philibert)^; Paré (Ambroise), Parny , Pascal > Vincent, dj^ Paule, Perronet, Piron, Poussin, Prévost
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(Tabbé), Pugèt, Quinault, Rabelais, Racine, Raynal, Regnard^» Richelieu, La Rochefoucault, Rollin , Rotrou , Rousseau ( J.-R.) , Rousseau , (J.-J.), Le Sage, Saint-Pierre (Rernardin de), Serres (Olivier de ) , madame de Sévigné , madame de Staël, Le Sueur, SufiGren, Suger, Sully, de Thou , Tourville , Turenne , Turgot, Varin, Vaucanson, Yauban, Vemet (Joseph), Villars , Viscontî , Volney, Voltaire. Les deux médailles qui restent , et qui se font attendre bien long-temps, paraîtront sans doute dans le cours de cette année. Ainsi cette belle entreprise, par une constance d'exécution qui n'est • pas la principale qualité de notre époque, sera parvenue à s<hi terme dans l'espace de vingt ans.
Dans cette liste on aura sans doute remarqué quelques noms dont les titres à un pareil honneur sont faibles, et cela parsut encore plus saillant quand, après avoir vu", d'un côté, la tète d'un de ces personnages trc^ inférieur aux au- . autres , on est frappé du contraste qu'oflBre le revers, où se lit toujours Galerie métallique des granits hommes français. C'est le contraste qui nouis a choqué, au sujet de Pamy, dont le prin-
cipal titre littéraire est une turpitude qu on ne peut avouer, de Favart , d'Ecouchart Le Brun, de Tabbé Prévost, de Marmontel , de Duclos, de Quinault, de madame Deshoulières, dont le bagage nous a paru trop léger. Et, puisque M. Bérard laisse la faculté d'acheter ce qu'on veut de la collection , j'avoue que j'en écarterais les noms que je viens de citer, san$ méconnaître toutefois leur mérite, mais sans leur en reconnaître assez pour les placer parmi les grands hommes.
A l'inverse il est des noms qui réclament impérieusement cet honneur, comme leur appartenant de droit , par de hautes vertus , de grands et profonds travaux. D est même un nom héroïque et justement populaire, qui a été victime d'un inconcevable oubli , c'est celui du chevalier d'Assas. Le sacrifice volontaire de la vie à la gloire et à la patrie a toujours été récompensé par les monuments : l'antiquité n'y manqua jamais, et la place du chevalier d'Assas est marquée dans tout panthéon français. Si beaucoup de morts non moins héroïques n'ont pas eu la célébrité de la sienne, nous honorons tous ces grands dévouements par l'hommage rendu
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à celui d'Âssas , que des cnrconstaiices plus favorables ont mis davantage en évidence.
Peutrétre aurait-on pu se dispenser de faire entrer dans la collection les princes , puisque la numismatique leur avait déjà^ comme tels» payé de nombreux tributs. Mais, si on a donné place au Grand Condé, à plus forte raison de^ vaît-on admettre le duc de Guise (le Balafré)^ dont le rôle est si immense dans l'histoire, et qu'il est impossii^le de ne pas considérer comme un grand homme. Ou, si les crimes politiques étaient un motif d'exclusion» quel homme était plus indigne d'être admis que le cardinal de Richelieu» qui pourtant y figure? Le cardinal d'Amhoise s'y devait trouver comme ministre honnête homme et protecteur des: arts. La place du cardinal de Retz y était aussi marquée à plus d^un titre , car il est impossible de ne pas ré* connaître les plus grandes qualités du cœur et de l'esprit dans cet homme extraordinaire.
Quant à ceux dont les titres mdns' éelafants et sans pc^ularité (n'en sont pais moins réels, noifs »gnalecons les fondateurs de rhistojre, ioseph Scaliger^ Piisnre Pithoti, dom Mabillon etFréret; leTsage moraliste Nioolé; la savante
madame Dacier, que Voltaire appelle le prodige du siède de Louis XIV ; quatre autres savants en diverses parties, Alexis Glairault, Réaumur, Cabanis, Duhamel-Dumonceau ; et les admirables artistes Pierre Lescot et Jean Goujon.
L'omission de l'illustre premier président Achille de Harlai est impardonnable. Les plue hautes vues du patriotisme sont nécessaires à qui veut entreprendre de distribuer la gloire en bronze pour la transmettre à la postérité; Les vertus civiques doivent tenir le prunier rang dans une pareille galerie. Ainsi je vou* drais que tout indiquât cette prééminence, et que les portraits des grands citoyens fussent confiés aux mains les plus habiles, de préférence aux plus grands auteurs, aux plus iameux artistes. Puisque M. Andrieu, qui jouissait de la première réputation, n'a exécuté qu'une seule médaille dans la galerie métallique, ce n'est point le portrait de Racine que je lui aurais confié, mais celui du chancelier de l'Hospital , le plus grand homme peut-être que la France ait produit , et d'ailleurs dont la tête majestueuse et d'un grand caractère était digne
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en tout point du meilleur burin. D nous semUe que les éditeurs n'ont pas Ëdt assez d'attention à ce genre de répartition.
Il est bien évident que l'on pourrait citer encore plusieurs grands hommes français plus anciens , mais dont les portraits ne nous ont pas été conservés. C'est ce qui avait Eût dire judicieusement dans le prospectus de cette entreprise : c Nous nous proposons d'éviter à nos descendants les regrets auxquels n<His livrent nos prédécesseurs.» J'ignore si les portraits de Jacques Cœur et du sire de Joinville sont parvenus jusqu'à nous. Ç'auraient été deux personnages bien dignes de figurer parmi les grands hommes français.