‹ Essais d'économie politiqueChapitre 2 sur 6 · CODES · texte numérisé non relu

CODES

étaient réellement et sous tous les rapports l'aristocratie du genre humain. Alors la vérité de ses dogmes pouvoit être démontrée par leur utilité. Ne po u rroient-ils au jon rd'h u i supporter cette épreuve ? Messieurs, l'examen de cette question fait le sujet de ce cours , et j'ose croire qu'avant qu'il soit terminé vous l'aurez déjà résolue affirmativement.

Il faut le reconnoître , les richesses accumulées pendant plusieurs siècles d'une civilisation rapidement progressive avoient énervé l'élément civilisateur , non en lui-même , mais dans ses principaux i agents. L'opulence du clergé^ cette opulence fruit légitime de ses travaux et de ses immenses services, fut fatale à la vertu de quelques-uns de ses membres, et les autres, qu'une longue -habitude de dominer l'intelligence des peuples avoit accoutumés à cet empire, ne se souvenoient plus des moyens qui le leur avoient donné. Le prêtre étoit devenu stalionnaire , il ne marchoit plus à la tète des nations , et l'élément politique avoit profité de ceUe inertie pour ravir à l'élément civilisateur sa suprématie naturelle. La société étoit sortie de son état normal lorsque Luther parut. Aussi la réforme fit-elle de rapides progrès, et le premier résultat de sa révolte contre Rome fut le rétablissement de ce système de nationalités religieuses don! le catholicisme avoit délivré l'Occident. La raison individuelle, mise en matière de religion à la, place de la raison de tous , chercha dans l'unité gouvernementale le point d'appui qu'une foi libre ne pouvoit plus lui donner. Les souverains protes-

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teints héritèrent des dépouilles du nouveau Gapitole. Chacun d'eux se proclama le pontifex maocimus de i>es états, et la liberté de conscience fut soumise an despotisme dii pouvoir temporel. Si ces divisions ne produisirent pas tout d'abord les conséquences matérielles <|iii dévoient en sortir, c'est qu'elles portèrent dans le principe sur des croyances abstraites, et qu'ainsi leur action immédiate donna une autre direction au mouvement imprimé par le catholicisme, mais ne l'arrêta point. Toutefois, et dès leur origine , elles ranimèrent ces haines de peuple à peuple qui (Virent le lléau du commerce desanciens. Les nationalités politiques retroux ri ent dans celle séparation leur vieil égoïsme , et les rivalités commerciales engendrèrent d'interminables et sanglantes discordes.

La réforme, et après elle la philosophie, se sont enorgueillies des progrès de l'industrie et de la civilisation moderne, de cette industrie qui s'éteint , de cette civilisation qui s'en va. Le moyen Age leur avoit transmis une société resplendissante de force et de jeunesse. Qu'en ont-elles fait ? Où nous ont-elles menés? Que sont devenus entre leurs mains ces rapports si doux du riche avec le pauvre, du maître avec l'ouvrier, que le catholicisme avoit substitués à l'ancien esclavage de celuici , à l'ancienne tyrannie de celui-là ? La réforme et la philosophie régnent comme régna jadis le catholicisme : qu'elles nous disent si ce sont elles qui ont fait germer les grandes idées morales dont le graduel affaiblissement annonce à la société actuelle

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que sa fin est proche. Non , la richesse publique n'a point grandi par elles , mais malgré elles. Elles ont récolté où le catholicisme avoit semé , et n'ont pas su semer à leur tour. Une cupidité désordonnée a remplacé cet amour de biens plus élevés à l'ombre duquel les peuples chrétiens s'étoient si rapidement enrichis. La fortune est devenue le but de toutes les intelligences, et déjà ce but ne peut plus être atteint que par le capitaliste. La mécanique a réalisé tous les prodiges de la fable , niais ses bienfaits accaparés par le riche ont ruiné le pauvre. Ce qui devoit adoucir le sort de celui-ci a aggravé sa condition : réduit à travailler plus en gagnant moins, énervé par la fa ligue ou par la débauche , tombant des jouissances du luxe dans l'abîme d'une profonde misère par de brusques et perpétuelles transitions, ses rares plaisirs ne sont qu'un tourment de plus , puisque les désirs qu'ils allument se trouvent sans cesse en contact avec la famine. La valeur métallique de l'homme , cette valeur qu'exprime son salaire, s'est affaiblie en raison même des bénéfices du fabricant, et ceux-ci avant disparu à leur tour devant le fléau d'une concurrence universelle, la charité la plus ardente, l'administration la plus éclairée ne pourront rendre de long-temps au maître et à l'ouvrier la sécurité et l'aisance d'autrefois.

Par la nationalité même de ses divers cultes , le monde païen ne pou voit s'élever au-dessus de l'économie nationale. Mais les peuples catholiques seroient rapidement arrivés à ia découverte de l'é-

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conomie politique , si la richesse , tant qu'ils furent catholiques, eût été autre chose que l'accessoire de leurs croyances. Elle leur étoit venue, comme le leur avoit promis l'Evangile, par surcroît; et, contents de la posséder, ils s'inquiétèrent peu de savoir par quelles merveilles une religion qui parle toujours de souffrances en épargnoit. autant à l'espèce humaine. Aussi rien de plus vague et souvent de plus faux que leurs idées sur l'origine de la richesse. À cet égard ils avoient hérité de tous les préjuges des anciens peuples. C'est à peine s'ils comprenoient la relation qui existe entre les fortunes individuelles et la fortune puhlique. Car nous voyons Henri IV accorder à la comtesse de Soissons un droit de quinze sous sur chaque ballot de marchandises exporté du royaume, comme une grâce qui ne devoit rien coûter à l'Etat. Leur manière d'apprécier la richesse en elle-même, l'estime qu'ils faisoient des métaux précieux montrent surtout combien ils avoient peu la conscience du degré de civilisation auquel ils étoient parvenus. Les propriétés immobilières étant par leur nature même non transportables, elles n'ont de valeur possible que par la sécurité dont jouissent les citoyens. Dans un pays despotique, partout où l'arbitraire s'exerce avec impunité sur les biens et les personnes, les immeubles ne valent qu'un petit nombre de récoltes. Les propriétés mobilières au contraire échappent plus aisément à la cupidité du pouvoir, et les métaux précieux, concentrant sous un petit volume une grande valeur, ont, sous rr rapport.

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un avantage inappréciable. De là cet autour des peuples de l'Orient pour l'or et surtout les pierreries; chez eux la fortune qui se déplace le plus aisément est la meilleure. Ils estiment peu le sol et beaucoup l'argent. Mais celte propriété inhérente aux espèces monnoyées devoit perdre de son prix à mesure que le catholicisme donnoit aux immeubles une plus grande sécurité. Toutefois les opinions qui avoient prévalu et qui éloient vraies en des temps de troubles se perpétuèrent longtemps après. Chaque Etat prit pour critérium de sa richesse , non l'étendue et la fécondité de ses champs, non l'industrie de ses ouvriers, l'activité de son commerce , mais la quantité d'or et d'argent qu'il renfermoit dans son sein» Cette erreur fui la cause d'une multitude de prohibitions et la pensée fondamentale du système de Colbert. Au commencement du seizième siècle elle étoit tellement invétérée que la compagnie des Indes anglaises n'obtint qu'avec peine la permission d'exporter sur chacun de ses vaisseaux une somme de 760,000 fr. , et encore dul-elie s'engager à n'expédier que des monnoies étrangères et à importer une somme au moins égale dans un court délai. Les discussions qui eurent lieu alors donnèrent une première et grande impulsion à la science économique, et le progrès fut tel qu'en 1 665 le parlement anglais permit la libre exportation des monnoies étrangères* Néanmoins l'exportation du numéraire anglais resta prohibée, et c'est seulement de nos jours que ta défense a été levée. .

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L'économie politique , qui n'est que l'économie de peuple à peuple , comme l'économie nationale est l'économie de famille à famille , remonte évidemment à l'existence même du droit des gens. Mais , indépendamment des causes déjà énoncées, et qui s'opposoient à ce qu'elle se formulât en science , il en est une autre dont il faut également tenir compte. L'économie politique est es sentiellement une science d'observation , et il a fallu une longue expérience pour parvenir à distinguer, parmi tant d'intérêts divers, celui de la majorité de celui de la minorité. Jusqu'à nos jours chaque économiste a eu un but spécial , celui d'assurer la prépondérance tantôt de sa patrie , tantôt de la classe agricole ou commerciale. Tous ont favorisé avec une égale ardeur la production , et aucun d'eux ne s'est aperçu que le travail étant un instrument pour celui qui Ta< lirie, et une marchandise pour celui qui le vend , il y a là deux intérêts qui ne peuvent être mis en opposition sans que l'existence même de la société ne soit en péril. Les tâtonnements étoient inévitables, les méprises furent fréquentes , et le cataclysme social qui nous menace atteste que de graves erreurs ont été commises.

Le premier système régulier d'économie politique est celui de Colbert. Sully avoit enrichi la France en accordant une faveur marquée à l'agriculture. Il diminua les impôts et laissa faire. Ce fut là tout son génie. Plût au Ciel que ses succès^ seurs n'en eussent jamais eu d'autre î La monar-

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cbie administrative de Louis XIV prit une autre direction; elle raisonna comme on raisonnoit alors, et le système mercantile naquit. Afin d'attirer en France tout le numéraire de l'Europe , Colbert s'attacha surtout à favoriser nos manufactures, il voulut que la France exportât le plus et importât le moins possible. Gomme les produits de nos fabriques ne pouvoient obtenir de préférence sur les marchandises étrangères qu'en raison de leur bon marché, il interdit l'exportation de nos céréales. Cette prohibition, en diminuant le prix du pain , amena une baisse correspondante dans le salaire de l'ouvrier, et ce sacrifice de notre principale richesse, de l'agriculture, à 1'iutérêt secondaire du commerce parut un chef-d'œuvre d'habileté aux contemporains du grand ministre. Ils ne s'aperçurent pas qu'en portant atteinte aux revenus des propriétaires régnicoles ils eule voient au fabricant ses meilleurs consommateurs. Préoccupés d'une seule pensée, ils cherchèrent uniquement à assurer à la France un excédant d'exportation, et, à leur exemple, toute l'Europe adopta la doctrine de la balance du commerce. C'est à cette doctrine que nous devons le réseau de douanes et de prohibitions qui enveloppe les Etats modernes , réseau destructeur de la liberté du commerce, de cette liberté dont le catholicisme nous auroit dotés depuis long-temps si son action n'avoit été arrêtée par la réforme. En vain la raison publique connoîtrelle maintenant d'une manière nette et précise les deux fonctions

que remplissent les métaux précieux , leur valeur comme marchandise et leur utilité comme moyen d'échange; en vain les économistes les plus éclairés ont-ils démontré que cette prétendue balance du commerce n'est qu'une chimère , puisque dans les transactions de peuple à peuple elle n'exprime qu'une différence de valeur essentiellement locale ; les gouvernements n'en persistent pas moins dans leur vieille routine. Le langage même des faits est méconnu. Depuis 1700 jusqu'en 1798 la balance du commerce en faveur de l'Angleterre s'élève, d'après les relevés officiels , à l'énorme somme de 3^7 millions sterling ( 8,675,000,000 fr. ) , et cependant son numéraire effectif n'est estimé aujourd'hui qu'à environ 1,200,000,000 fr. !

- Les conséquences du système mercantile amenèrent vers le milieu du siècle dernier une réaction. La décadence de l'agriculture et avec elle l'appauvrissement évident de la France n'échapr pèrent point aux regards observateurs du célèbre Quesnay. Il expliqua avec raison l'un par l'autre, et la secte des économistes commença sous ses auspices. La science doit une éternelle gratitude à ces hommes qui les premiers osèrent chercher dans les entrailles mêmes de la société les conditions matérielles de sa vie. Avant euxGolbert s'é toit occupé de l'Etat dans ses relations avec d'autres Etats ; mais les rapports de la famille avec l'Etat lui avoient échappé. Il a voit distingué ce qui est inséparable , l'économie politique de l'écor

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nomie nationale. Les économistes comprirent que ces deux sciences sont identiques, en ce sens du moins que celle-ci n'est que le développement de celle-là. Le catholicisme avoit imposé aux souve^ rains le devoir d'assurer le bien-être de leurs sujets ; les économistes démontrèrent aux rois que la puissance du trône dépend du rigoureux accomplissement de ce devoir. Ajoutez , Messieurs , à l'honneur de cette démonstration celui d'avoir inspiré un ardent amour des recherches écono* miques, et vous connoîtrex les principaux titres des économistes à notre reconnoissance.

Les problèmes fondamentaux de la science furent posés plutôt que résolus par eux. Une seule sorte de travail leur parut productif , celui auquel nous devons les matières premières que l'industrie perfectionne ensuite. A ce titre, ils donnèrent une éclatante et juste préférence à l'agriculture ; mais ils tombèrent dans un véritable excès en rejetant comme élément de richesse , et l'industrie qui ajoute à la valeur de la matière première en la façonnant , et le commerce qui accroît cette même valeur en servant d'intermédiaire entre le producteuretle consommateur. Gommedans leur système toute richesse sortoit du sol , ils prétendirent faire peser sur la propriété tout le poids de l'impôt. L'utilité et les abus possibles du créditeur échappèrent presque entièrement. Du reste , ils réclamèrent pour le commerce , pour l'industrie et pour l'agriculture la liberté la plus absolue. G'étoit beaucoup pour l'époque où ils vivoient, et leurs

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ouvrages oubliés aujourd'hui indiquent de leur part un amour aident de l'humanité. Un fait remarquable ressort de leurs écrits : de leur temps on erovoit que depuis Henri IV la France avoil perdu en richesses et principalement en popula* tion. Ce dernier malheur, cet affaiblissement numérique de l'espèce humaine paroît surtout les effrayer. Si la France produit moins, disent-ils, e'esl «pie les bras deviennent de plus en plus raies. Avec cette expérience que nous possédons aujourd'hui, ils se seroient félicités d'une disette oecasionee par* le développement de l'industrie. Ouand les ouvriers paroissent pins rares, c'est qu'ils sont plus occupés , c'est à dire qu'ils reçoivent un meilleur salaire.

Pendant que la science faisoit ainsi ses premières tentatives en France, elle se montroit avec un égal éclat en Italie et en Angleterre. En 176/, l'abbé Intieri fonda à iNaplesla première chaire d'économie politique, chaire qu'occupa d'abord le célèbre Cienovesi. En 176^ Smith publia son fameux ouvrage. A lui appartient l'honneur d'avoir fondé le système industriel. Il réunit en un faisceau les vérités entrc\ nés par ses devanciers, et les coordonna en un vaste système, qui servira malgré ses imperfections de point de départ aux économistes futurs. Comme élément premier de la richesse il pose le travail, le travail dans toutes ses formes, le travail appliqué à la terre, aux arts de l'industrie ou au commerce. Le premier il a aperçu ce que la division du travail donne de puissance h la production.

Mieux que tous ses devanciers , il démontra que la richesse consiste aussi bien dans la possession des choses qui s'achètent avec de l'or que dans celle de For lui-même. L'imprudence de ces règlements prohibitifs qui tendent à naturaliser dans un pays ce qu'un autre pays peut produire à meilleur marché, de ces lois fiscales qui substituent la raison du gouvernement à Tinstiuct de l'intérêt personnel, de ces mesures qui font violence à l'équilibre naturel du commerce, ne lui échappa point. Le principal reproche que nous ayons à lui faire porte principalement sur la direction toute matérielle de sa pensée; il ne reconnoîl d'autre richesse que celle dont la valeur s'exprime en argent. Selon lui les sciences elles-mêmes ne sont pas une richesse, et nous n'avons pas besoin d'ajouter que les vertus morales n'entrent pour rien dans son calcul de la fortune publique.

• Le mouvement qu'il imprima à l'économie politique se fit surtout sentir en Angleterre. Les embarras intérieurs de ce pays contribuèrent puissamment à rendre populaire la science dont il est le véritable fondateur. C'est par le crédit que l'Angleterre vit depuis plus d'un siècle. Au lieu de recourir à des confiscations ou de lever des contributions sur les peuples vaincus, elle a emprunté , et sa richesse mobilière s'est accrue d'une part de toute l'immensité de sa dette, et de l'autre de toutes les améliorations agricoles et industrielles qu'une circulation alimentée par de si prodigieuses dépenses a rendues possibles. Or, ce que la va-

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peur est aujourd'hui dans la mécanique, le crédit l'est à l'égard de la richesse des peuples. C'est un élément nouveau introduit dans l'économie politique , nouveau au moins par la puissance qu'il a acquise, et c'est par lui surtout que la concentration des capitaux mobiliers a créé une nouvelle aristocratie. Son utilité est incontestable; mais de graves abus ne l'accompagnent que trop souvent. Il multiplia avec une prodigieuse rapidité ces mer- \oilleuses machines qui ont opéré une complète révolution dans la société, révolution qui eût été heureuse si leur introduction lentement progressive n'eût point déshérité le pauvre de son salaire. Le monde fut bientôt trop étroit pour le commerce de l'Angleterre. La taxe des pauvres, substituée à la charité catholique , n'est un frein ni pour le libertinage ni pour l'imprévoyance de l'ouvrier. La population s'étoit accrue en raison même du progrès de l'industrie; et lorsque, à l'aide de ses machines, celle-ci put obtenir d'un seul homme la quantité d'ouvrage quedonnoientauparavanteent cinquante artisans, le moindre point d'arrêt dans l'écoulement dos produits dut amener une baisse dans le prix des salaires. Dès lors toute garantie d'existence disparut pour le prolétaire; il fut exposé à toutes les misères d'une disette factice , et ses souffrances se manifestèrent par de graves atteintes portées à la tranquillité publique. Il fallut se rendre raison de ce nouvel ordre de choses , et Malthus se chargea de l'expliquer. Son célèbre Essai sur le principe de la population fut imprimé

en 179& U y établit que la population Croît en raison géométrique, tandis que les produits du sol n'augH&eolent qu'en raison arithmétique ; et, d'après cette donnée , il en conclut que l'espèce humaine est condamnée à subir des malheurs périodiques vsans lesquels elle fiuiroit un jour par manquer d'espace sur notre planète. Cette doctrine fit d'autant plus facilement fortune qu'elle représente! t le peuple, celui qui souffroit, comme le véritable auteur de sa propre misère; et les disciples de Malthus crurent avoir tout fait pour l'ouvrier quand ils purent lui dire sur la foi de leur maître : « Tu n'aurois pas faim , si tu n'étois pas né. »

Cette détresse , qui se manifestait ainsi au sein de l'abondance, donna lieu à d'autres discussions plus utiles à la science. Ne pouvant rien ajouter au salaire de l'ouvrier, les fabricants entreprirent de diminuer le prix des céréales, en ouvrant les ports de leur patrie aux blés étrangers. L'aristocratie territoriale opposa à cette tentative une résistance qui dure encore. Ce grand procès fit naître une multitude d'écrits qui jetèrent la plus vive lumière sur la question des céréales et l'influence qu'exerce leur prix tant sur la prospérité de l'agriculture que sur le sort des prolétaires. La durée de ce dé* bat s'explique par le souvenir de la concession que firent en 181 5 les grands propriétaires aux grands industriels. Vous savez, Messieurs , que pendant la première guerre de notre révolution la banque d'Angleterre suspendit ses paiements en espèces. Son crédit en souffrit peu d'abord, et ses billets

n'éprouvèrent point le sort de nos assignais. La confiance est aussi une religion ; elle a sa f oi , son sacerdoce, et, remarquez-le bien, Messieurs, le crédit n'a de pouvoir que par l'indépendance où il est de toute action gou\ ernemen laie. Tout papiermonnoie et tout dogme émis par le gouvernement sont su rie-champ frappés de discrédit La Convention régi oit elle-même rémission de ses billets, et la guillotine ne put en soutenir la valeur. VI ne compagnie de simples négociants, sur lesquels le gouvernement n'exerçoit qu'une influence de patriotisme, régloil rémission des billets de la banque d'Angleterre , et le public fut rassuré. Toutefois ce papier-mounoic , qui nominalement ne perdoit rien dans les transactions ordinaires de la vie, cessa de valoir ce que valoient intrinsèquement les espèces qu'il représentoit. La différence se manifesta par la hausse graduelle des métaux précieux. L'once d'or, qui ne vaut à la monnoie que 5 livres i5 schellings, atteignit en papier le prix de 5 livres 10 schelliugs : il v eut donc une dépréciation réelle d'environ 4û pour 100, dépréciation qu'en 181 5 on entreprit de faire disparoitre. On y est parvenu en ruinant au profit des créanciers tous les débiteurs, puisque celui qui avoit emprunté cent livres sterling en un papier cpii perdoit quarante pour cent, a dù rendre cent livres sterling en un papier qui ne perd plus rien . e!et( I dire quarante livres sterling de plus qu'il n 'avoit reçu. Les grands capitalistes, qui s'étoient enrichis en prêtant des millions à l'Etat . gagnèrent des sommes immenses ;t eette

transition sans exemple dans les annales de l'histoire. L'aristocratie territoriale en ressentit profondément le contre-coup , et les ménagements qu'elle obtient dans la question des céréales n'est qu'une foible compensation au mal qui lui a été

fait.

M. Say le premier en France naturalisa parmi nous le système industriel, ou du moins le premier, dans son Traité d'économie politique , qui parut en 1802, il exposa d'une manière claire et précise les principes développés en Angleterre par Adam Smith. Dans cet ouvrage et dans ceux qu'il a donnés depuis il a dégagé la science de quelques-unes des erreurs commises par son célèbre devancier. 11 s'est surtout occupé de cette surabondance de produits qui est depuis quelques années si féconde en crises commerciales. Le remède qu'il propose consiste à accélérer la production, et malheureusement ce remède, dont nous examinerons plus tard le mérite, n'a jusqu'à ce jour produit que de nouvelles catastrophes. En 1817 M. Ricardo publia à Londres ses Principes de l'éponomie politique et de l'impôt. Ce livre fait époque dans l'histoire de la science. L'auteur s'est surtout attaché à déterminer la valeur nécessaire de tout ce qui se vend et le mode d'après lequel se répartit la richesse entre les diverses classes de la société. A côté de ces deux écrivains viennent se placer plusieurs autres dont les travaux auroient été plus utiles si, à l'exemple de leurs prédécesseurs , ils ne donnoient pas à la sociabilité lui-

d'économie politique. 49 maine pour unique mobile le désir de faire fortune, tempéré par la crainte du bourreau. Un seul ,

Ai. Storck, paroit avoir entrevu le rapport qui existe entre les vertus morales et le bien-être matériel des peuples; mais il s'arrête peu à cette importante donnée. Les autres, presque sans exception, te retranchent dans un effravant malérialisme. Si une misère trop réelle amène de graves désordres, ils l'imputent, avec Malthus, à la surabondance de la population, et le salut de la société, ils vont lechercher partout, excepté où il est . dans un retour au principe catholique. Non qu'il* ne sachent l'influence que peut exercer sur ce Ëéan la volonté humaine ; mais , au lieu de sanctifier celte volonté en lui imprimant une direction religieuse , ils prétendent l'asservir ou la déprayer. M. Sismondi consacre une partir • le ses JVouvei m 1 Principes <T Economie politiqiie à attaquer le célibat ecclésiastique . et l'autre à démontrer qu'il n'y a de salut pour la société qu'autant qu'elle interdira le mariage au pauvre ! Diraije toutes les folies que la peur d'une population de plus en plus misérable a dictées aux économistes ou fait faire aux gouvernements? Pendant que ceuxci, aveuglés par de vieux préjugés, poursuivent dans leur colère les associations religieuses , et combinent leur législation de m inière à les rendre impossibles, ceux-là, en Angleterre du moins , conseillent publiquement à l'ouvrier un célibat impur, et accusent la féconde chasteté des femmes irlandaises de tous les maux de leur patrie. J« ne me

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permettrai point d'entrer dans un long détail de ces extravagances ; la pudeur même de l'homme le plus corrompu se réveilleroit en les écoutant. Mais ce langage des économistes montre toute la profondeur de la plaie sociale; cette plaie, leurs enseignements l'ont faite, car ils gouvernent le monde. Ils sont les prêtres de l'argent, et vous voyez ce qu'est devenue notre patrie sous la tutelle de cette divinité. L'économie politique est donc entrée dans une fausse voie, et ce n'est pas en y persistant qu'elle pourra nous délivrer des maux qui nous accablent.

Si je ne me trompe , elle est tombée en deux graves erreurs, dont l'une toutefois n'est que la conséquence de l'autre. D'abord elle n'a point voulu voir que le travail est une marchandise aussi bien qu'un instrument de production, et ensuite, au lieu de tout subordonner au besoin de soutenir le prix du travail-marchandise, elle a tout subordonné âu désir de multiplier le travail-instrument de production. De là cette concurrence entre la main-d'œuvre factice des machines et la maind'œuvre naturelle de l'homme , concurrence non moins anti-sociale dans ses effets qu'anti-catholique dans sa cause, quoiqu'elle enlève au bien-être du pauvre bien plus qu'elle ne donne au luxe du capitaliste. C'est en s'occupant exclusivement de l'élément politique, et plus tard en établissant un véritable antagonisme entre cet élément et l'élément civilisateur, que les économistes sont arrivés , . à ce terrible résultat. Je ne commettrai point la

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même faute, je ne séparerai point L'hygiène de la richesse de ce qui n'en est que la gymnastique. La santé du corps social est la condition de sa force, et déjà une secte qui transforme l'économie politique a compris cette vérité. Les saint-simoniens ont entrepris d'introduire dans le monde un nouvel élément civilisateur, parce qu'ils ont compris que l'élément politique réduit à ses propres forces est le destructeur nécessaire , non seulement de la société , mais de la sociabilité même. Ces hommes, dont je me plais à reconnoitre le talent, sont poursuivis devant les tribunaux, et leur position actuelle interdit toute amertume à mes paroles. Je n'examinerai donc leur doctrine que dans ses rapports avec le bien-être matériel de l'homme, et nous verrons si l'adultère érigé en vertu , si la destruction de l'hérédité , si le classement par capacité , sous la direction d'un sacerdoce quelconque , si la découverte enfin de la femme libre , valent pour le bonheur même temporel des deux sexes les austères préceptes de notre foi.

La carrière dans laquelle j'entre avec vous est une carrière nouvelle; car, ainsi que vous le voyez, Messieurs , l'économie politique telle que je la conçois embrasse les deux grandes forces de la société , l'action interne qui la civilise , et l'action réglémentaire ou politique qui lui donne sa forme extérieure. Quoique catholique, j'oublierai quelle est ma foi, afin de rechercher avec vous ce qui constitue Y utile social. Dans la première partie de ce cours je m'attacherai spécialement à l'examen

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des vérités qui tiennent surtout à l'élément civilisateur : ce sera là notre ordre de foi. La seconde sera consacrée à la recherche des vérités secondaires qui constituent l'élément politique ou X ordre de conception de la société. Dans la troisième enfin nous remonterons aux causes de cet aflbiblissement de toutes les relations sociales , de cet ébranlement de toutes les fortunes , qui sont comme les signes précurseurs d'une épouvantable calastrophe. Les enseignements recueillis dans les deux parties précédentes trouveront dans celle-ci une rigoureuse application , et ils vous apprendront qu'une nouvelle ère a commencé pour le monde industriel. Pendant celle qui vient de finir la faculté de consommer étoit plus grande que la faculté de produire : aujourd'hui la. faculté de

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