‹ Essais d'histoire et de littératureChapitre 10 sur 10 · LE DKRNIRR ROI D' ARMÉNIE · texte numérisé non relu

LE DKRNIRR ROI D' ARMÉNIE

ordinaire de recevoir un si grand prince et que celle gloire nVîlail rcinie à aucun de ses prédécesseuif?. » (i) Il se porta Ini-inônie à sa rencontre et lui témoigna, par une foule d'attentions, le i>laisir rpi'il éprouvait à le recevoir dai]s ses Etats.

Neuf jours après, Léon fut reçu en séance solennelle par le roi et son conseil assemblés à Westminster. Il fit un tahloan coloré de la situation des deux adversaires, vantant aux durs barons les bien faits de la paix, et insistant sur l'urgence de la coalition contre l'Islam : « C'est à la faveur de vos divisions, dit-il, que les infidèles ont tourné contre moi leurs arines victorieuses; de roi que j'élais, je suis devenu proscrit, et je puis dire : J'ai régné dans le deuil et dans les larmes. Très puissants princes, si vous fussiez venus prêter à Jésus-Cbrist ra])|)ui de vos bras, les cbrétiens ne seraient point condamnés en Orient à passer leurs jours dans la tiiisèro et l'esclavage. liCS bostilités entre les deux nations oui duré trop longlenips. .le pense qu'il faut conjuier les deux rivaux de se contenter de leurs vastes domaines et de faire cesser la guerre entre leurs sujets, afin de briser le joug des cbrétiens d'Orient qui attendent de jour en jour votre assistance, prince sérénissime, et qui l'implorent bumblement. »

Le roi d'Angleterre n'entendit pas ce discours sans quel(iue impatiencîe. Sa réponse fut brève : « Sachez,

(1) Religieux de Saint-Denis, L. VII, 5h. II, p. 425.

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dit-il, que je ne rejette pas vos propositions iracconi modenient. La ronronne de France appartenait à mon prédécesseur du cJief de sa niùre, niais puiscpfil a jugé à propos d'y renoncer, moyennant Ja restitution des duchés d'Aquitaine et de Normandie, c'est à ces conditions seulement (|ue je consens à traiter avec les Français. » (1)

Avant de prendre congé de Richard, Léon eut avec lui une conlérence particulière. Le roi d'Angleterre l'assura de ses bonnes dispositions envers le roi de France, et lui recommanda de travailler à la conclusion de la paix, ajoutant qu'il avait déjà nommé une commission chargée d'en discuter les clauses.

Et en ellet, le 22 janvier 1386, Richard désignait huit plénipotentiaires « pour l'onur et leverence de nostre seigneur Dieux et pour exhuir l'elîusion du sank cristien, et auxi a les instanz prières et requestes qui nous ont été faites par nostre cousyn le roi d'Arménie. » (2)

Léon rentra en Krarn^e par Calais et rejoignit Charles VI à l'Ecluse. Malgré le peu de confiance que lui inspiraient les promesses de son rival, Charles -consentit à négocier. Des conférences s'ouvrirent «*i Lelinghen, entre Boulogne et Calais. Le roi d'Arménie

(1) Religieux DE Saint-Denis. — L. VII, ch. II, p. 427. Edit. ReUagiict.

(2) Rymer Fœdera, etc. T. III.

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y assistait en (fualité «lo niodialenr. Contre toute alUînlc, les An^^I.'iis nioiiln*in;nt uiu', telle arrogaiine,el élevèrent des prétentions si extravagantes « qua c'en était merveille lo, dit .hivénal des IJrsins. « Suivant leur coutume, poursuit le niénie historien, ils prolongèrent les pourparlers pendant six semaines par leurs lenteurs et leurs sul»terfuges. » Finalement, de part et d'autre, Taccord l'ut jugé impossible et la guerre se ralluma.

Richard n'en sut pas moins gré à Léon de ses efforts, et, h titre de récompense, il lui accorda, le 13 février 1386, par un acte daté du camp de Windsor, une pension viagère de mille livres anglaises.

Sa mission en Angleterre fut le dernier acte imtahle de la vie de Léon de Lusignan. Découragé par cet insuccès, il prit le i)arti de vivre dans la retraite, sur son fief de Saint-Ouen. Ce n'est plus (ju'fi de longs intervalles ((u'on le voit figurer aux côtés du roi dans les solennités.

Il mourut à Paris le 2îl novembre 1393, dans le palais des Tournelles, rue Saint-Antoine, vis-à-vis de l'hôtel Saint-Pol où habitait Charles VI, à l'Age de cinquante et un ans. .Tuvénal des IJrsins dit (ju'il fut fort regretté « pour sa belle vie et honneste conversation ».

Il laissait des biens considérables (|u'il distribua par un grand nombre de legs. Ses enfants étaient morts en Egypte, mais il avait eu depuis un fds naturel, dési-

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gnô dans son testament sous le nom de Guyot, qui reçut plus taitl un commandement militaire en France.

On l'enterra suivant la mode arménienne dans l'église des (lélestins au nnlieu d'une grande alUnence de princes, de seigneurs, et de menu peuple, attirés par la nouveauté du spectacle. Tous les gens de sa maison étaient vêtus de iilanc en signe de deuil. Il reposait sur un lit orné de draperies Idanclies, une couronne d'or au front.

Sur son tombeau de marbre blanc, où il était repré santé revêtu des insignes royaux, on grava cette inscription :

C]2:sg(dt txàe noble et eicellent prince, £^on ^c £i^i\\Q\xc, quint roi latin b\i royaume b'Br^ ménie, qui rendit Tâme h S)teii, à paria. Tan ^e Qïicc ACCC lï/llll et {lll, pries pour lui.

Ainsi s'éteignit le dernier roi d'Arménie. Après lui le titre royal passa aux Lusignan de Chypre. 11 est aujourd'hui dans la maison de Savoie.

Léon V a droit au respect de l'histoire. Doué d'une âme héroïque, d'un caractère généreux, il eût pu, en des temps moins difTicilesets'il eût été mieux secondé, rendre son pays prospère, et retarder longtemps l'invasion musulmane. Mais à l'heure où il parvint au trône, la situation était désespérée. 11 le savait, et il

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accepta cepeiulant cpUc lâche douloureuse de diifen- «Irc, avec la certitude de la dclaile, le doruier coin de terre où ilottail encore la bannière du Christ.

Dans cet Orient décrépit, en face de TEurope indiflérente, il reste le dernier chevalier. Ce n'est pas une mince gloire (\ue d'avoir perpétué jusqu'au déclin du moyen nge, la race des Baudoin et des Godefroy de Bouillon.

ison.

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