‹ Essais d'histoire et de littératureChapitre 9 sur 10 · LE DKMNIER HOI D*ARMI'':NIE · texte numérisé non relu

LE DKMNIER HOI D*ARMI'':NIE

Marie ol la comlosso do noi''i«îos obllnrr^nt la permission (le se rondfe à .Iprnsaloin, où elles ierminôrent leur vie. Quant à Soliier-I)onl(;arl, s'il accompagna les princesses en Terre-Sainte, il est certain qu'il n'y demeura ])as, car on le retrouve cinq ans plus tard à Avignon, intercédant auprès du Pape Clément VII en faveur de son maître. Certains documents môme, autorisent à croire qu'il accomplit encore d'autres missions, notamment auprès du roi des Romains et aux cours de France et d'Angleterre. (1)

Si Léon n'éprouva pas les rigueurs d'une étroite prison, il connut cependant les humiliations et les amertumes de la captivité, a 11 pouvait, à la vérité, dit la Chronique d'Arméyiiey pratiquer librement son culte dans l'église de Saint-Martin, correspondre avec les souverains d'Europe, recevoir la visite des pèlerins de Palestine, qui avaient coutume de s'arrêter au Caire pour lui faire révérence. » C'est grâce à cette facilité rpi'il puf s'allacher en qualité de contesseur un cordelior franrais, nommé .Iran Dardel, qui s'employa si eflicaceuïent à sa délivrance. Les Egyptiens ne lui en prodiguèrent pas moins, pour le contraindre à l'apostasie, les mesures comminatoires les plus intolérables et les vexations les plus indignes, procédant tantôt (( par menaces en luy disant que il le

(1) V. Chronic. Cornelli ^a»^/tte^MARTÈNE et Durand. Amplis sima collect., t. V, col. 318.

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feraient morir de mauvaise mort », tantôt « par substraclion de sa propre vie, car maintes fois, advenait que luy, la royne, leur fille et toute leur famille estaient toute jour sans pain jusques au soir. > (1)

Au début de l'année 1377, un événement imprévu apporta quelque adoucissement à son sort. Le sultan Melik-Ascliraf Scliaban trouva la mort dans une révolution de palais. Son (ils, Melik el-Manrour, ngé tUt sept ans, lut proclamé, et le gouvernement coniié à un conseil de régence. On pouvait tout espérer de la vénalité des émirs qui se succédaient rapidement au ministère dans ces temps agités.

Diverses ambassailes vinrent au (laire, solliciter, au nom du roi de Chypre, de la reine Jeanne de Naples, de l'empereur de Constantinople, la mise en liberté du roi. Mais les envoyés ne firent aucune impression sur les ministres égyptiens, a parce i|u'ils étaient povres. mauvaisement vestus et de nulle apparence » et q(ie les présents qu'ils ap])(>i'taient étaient a de petite value ». « Kt .sachiés, reman(uc l'auteur de la Chronique d'Arménie, tjue se ils eussent apporté dons de grani value, le roi leur eust esté délivré, car les Sarrasins sont gens rapineux et convoiteux, souverainnementet si sont mervilleusement haultains et orguilleus et ne prisent nuUuy, et pour ce, ((uant il voient mes.saigés

(1) Chroiiique. d' Arménie, CXVI.

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tfui ne leur aportent aucune cose, il ne les prisent rions. » (1)

I.e roi se décida à faire appel au roi d'Aragon, Pierre IV. Ce prince entretenait les meilleures relations avec réniir Barkut, en ce moment tout-puissant en Egypte, et maître incontesté du gouvernement. Pierre avait eu déjà Poccasion de plaider la cause du roi d'Arménie par Porgane d*un négociant de Barcelone, François Çaclosa, mercader et pairo de liau. Mais i'éinir, tout dis|)osé qu'il fût à déférer au désir du monarque espagnol, n'avait consenti à entamer des pourparlers cju'autant qu'un ambassadeur serait spécialement accrédité à cet eiïet.

Léon jugea que le moment était venu d'agir. Le P' mars 1379, le cordelier Dardel débarquait à Barcelone, et présentait à Pierre la re(|uéte du roi captif.

L'accueil qu'il trouva fut loin de répondre à son attente. Le roi d'Aragon voulait bien fournir une galère pour la traversée, mais n'entendait en aucune fa«;on contribuer aux frais du voyage; encore moins se souciait-il d'alTecter à la rançon du roi la plus faible parcelle des revenus de son royaume.

Libéralement, il octroya à un chevalier catalan appelé Honnemat Çapera, en lui confiant le soin de l'affaire, deux lettres conçues dans les termes les plus flatteurs ol les plus aimables, Pune à l'adresse du Sultan, l'autre

(l) Chronique d'Arménie, CXVI.

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à l'adresse de Barkut qu'il assure de sa bona aU'eclio et de sa plcna fiança (1), mais là s'arrêta la générosité (lu monarque aragonais. Sou principal souci lut de se « despccliier d le plus lestement possible de l'importun cordelier qu'il vit passer en Castille avec une joie sans mélange.

Les envoyés du roi d'Arménie rencontrèrent Jean l*'" h Medina-Canipos et en re(;nrent un accueil bien autre ment empressé, (le prince clicvalcresipie, énni des malheurs de Léon, s'ini'orina aussitôt de la ranrun (|U(^ réclamait le sultan, se déclarant prêta la payer : a Sire, répondirent les envoyés, le sultan est assez riche et n'en exige aucune, mais il désire (|ue les monarijues chrétiens lui demandent de rendre libre le roi Léon, en leur honneur {por hotira dellos). Il recevrait toutefois avec plaisir quelques objets rares ou précieux qui manquent dans son pays, tels (|ue étoiles écaiiates, Iburrures de vair, faucons gerfauts et autres choses du môme genre. » Le roi promit de réunir tous ces pré sents et d'y joindre une lettre fort pressante et fort amicale pour le sultan. La guerre avec le Portugal, cpii éclata peu après, paralysa (|uelque temps ses généreuses dispositions. Il s'exécuta aussitôt qu'il le put, et ses ambassadeurs, arrivés à Barcelone vers le mois de mai 4382, s'embarquèrent avec ceux du roi Pierre lY,

(1 ) BoKKARULL. Coteccion de iiocumentos ineditos de la Coronade Aragofi. T. VI, p. 370.

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k destination d'Alexandrie, ce Les ambassadeurs de (lastelle et d'Aragon ne firent donc qu'un, seulement, observe une cbronique castillane, ceux d'Aragon n'avaient pas de joyaux pour le sultan, ils ne portaient que leur supplique » (1).

Ce manque de libéralité si contraire aux usages orientaux, produisit au Caire une fi\cheuse impression : « Kli (luoi ! s'écria Jîarkut, s'adressant aux Aragonais, vous n'apportez rien qu'une lettre de votre roy d'Aragon, ne scet pas bien votre roy nos usaiges; quant il envoie par de cha pour ses marchandises requerre, il envoie joyaulz et présents, et pour demander un roy, vous n'a])portez riens ! se vous n'eussiés apporté c|u'nne pomnïe,si lustcecongnaissanced'aniistié »(2).

Néimmoins le 30 septembre, la demande des ambassadeurs fut appi'ouvéo par le conseil de régence, et le roi Léon, introduit dans le palais avec le cérémonial accoutumé, apprit de la bouche môme du sultan qu'il était libre.

Barkut mit le lendemain une embarcation et une escorte à sa disposition pour le conduire à Alexandrie.

Le roi d'Arménie, après sept ans de souffrances, (juittait seul la terre d'P'.gypte; sa femme et sa fille avaient succombé aux misères de la captivité!

Les ambassadeurs castillans rapportaient une lettre

(1) V. Cronicos de los reyes de Caslillo. T. II, ch. V. p. 135.

(2) Chronique d*Aimi&nie cxxxiii.

'Mi KSSAIS D'iUSTillIlK KT 1>E IJTTKIIATUJIK

du sultan pour le roi Jean 1**. Voici le texte de cette lettre qui oflre un curieux modèle du style épistolaire oriental.

<( Le Roi, haut régnant, noble seigneur, justicier, victorieux défenseur et vengeur, par qui s'améliore le monde et s'étend la foi, roi des Maures, investigateur de la justice dans le monde, soutien des opprimés et destructeur des opi)resseurs, des liériHi(jues et des mécréants, c*.onquérant des terres, des royaumes et d(îs climats, héritier de la puissance des Arabes, des l^atins et des Turcs, Alexandre du temps, maître de la guerre, ombre de Dieu sur la terre, gardien de sa loi et de ses commanilements, protecteur des pèlerins, serviteur des deux maisons saintes, souverain des rois et des empereurs, commandeur des croyants, Abul-Anayche Ilagi, lils du roi noble défenseur de la foi Abulnafehete-Huave (1), tils du roi Almanzor, épée du monde et de la foi, que Dieu élève sa puissance, protège ses armées, ses conseillers et ses chevaliers.

« Que Dieu exalte en noblesse et grandeur le très honoré, fort et valeureux roi et chevalier, le lion Jean, défenseur de la chrétienté, gloire de la nation de Jésus» couronne de la loi du Christ, rempart des peuples chrétiens, créateur des chevaliers, ileur de noblesse, ami des rois et des empereui-s, roi de Castille et autres

(1) Ces noms sont probablement altérés par le chroniqueur -espagnol.

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seigneuries, auquel Dieu daigne garder son amour, et dont il couronne la puissance en le faisant réussir dans tout ce qu'il désirera de Noire GrAce, auprès de laquelle il est assuré (rôlre le bienvenu en tous ses desseins et commandemenls.

« Ses lettres présentes nous attestent ses sentinnents amicaux et notre réception répond à ses compliments. El il convient dcî déclarer c|uo ses lettres nous sont parvenues |)ar renlreinise <lc ses honorés ambassadeurs (que Dieu répande sur eux ses bienfaits!) lesquelles lettres nous avons reçues avec honneur. Nous avons vu ce qu'elles contiennent de son amitié et de son désir de voir mettre en liberté le roi d'Arménie, la reine, ses (ils et serviteurs (I). Kt pour accomplir le désir du roi, nous lui accordons sa demande par amour de lui. Et nos ordres ont été obéis, car aussitôt ils ont vu linir leur état et leurs peines. Et nous voulons qu'il en soit informé, et que se perpétue dans l'avenir Tamitié qui couïmence entre nous, et (pi'il nous parvienne des nouvelles de ses prospérités et de ses joies.

« Et ainsi le veuille le Dieu haut et puissant (2). d

rail le 21 de Ilajab, en Tan 784 de Thégire (29 septembre 1382). En quittant l'Egypte, Léon fit voile vers Rhodes où

(1) La reine et ses enfants étaient morts pendant le séjour en Castille des envoyés do Léon.

(2) Cronicos de los reycs de Castillo, T. II,chap. III,p. 170, anno

quinto.

il arriva dans le courant d'octobre. 11 se disposait à passer de cette lie en Cliypre, où l'attiraient tant de souvenirs, «piund il apprit la mort du roi IMerre il. (Icï événement modifia ses projets. Sans appui dùsorinais en Orient, et toujours adonné à son rêve de relever le trône d'Arménie, il retourna vers rOccideiit. Après une périlleuse navi^^ation, il aborda à Venise, et de là s'achemina vers Home, tjui lUait redcveiuie, depuis 1^)76, le siè^e du pouvoir pontilical.

Urbain VI, successeur de (Jrégoire XI, le rerul avecbonté, l'encouragea dans ses projets contre les infidèles, et lui donna des lettres pour les souverains en état de lui prêter aide et assistance (1).

On était en plein schisme. Néanmoins Léon ne crut pas pouvoir se dispenser d'aller à Avignon saluer Clément VII qui était reconnu seulement par les rois de France et d'Kspagne, et qui les avait si chaleureusement intéressé à son sort. 11 séjourna un mois à la cour de l'antipape, accepta de ses mains la rose d'or et prit congé de lui vers la fin de mars (1383), pressé d'apporter ses remerciements aux principaux auteurs de sa délivrance, les rois d'Aragon et de Castille. a Kt ala premièrement en Arragon, et le rechurent, le roi, la reyne, le duc de Gironne, la duchesse sa femme, et leur fils Martin et tout le peuple à grans processions, et lui donnèrent grans dons et grans présens, et aussi

(1) Rainaldi. Annales Eccl, T. XXVI.

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firent les bourgeois des ciirs ci des bonnes villes par où il passa (1). »

Le loi Jean \^ était à Badajoz, en train de célébrer ses noces avec Héatrix de Portugal, lors(|u'il apprit l'arrivée en Castille du roi (rArinénie. Il envoya aussitôt une escorte à sa renconli'e, avec des nnonlures et de la vaisselle d'argent, ordonna (ju'il fût défrayé de toutes ses dépenses à travers le royaume et (fu'on lui fit un service d'honneur.

Le jour où il approcha de Badajoz, le roi Jean se porta au-devant de lui à une lieue de la ville. Léon averti, demanda à ses compagnons, des (ju'il aperçut des Iroupes, de (|uel côté apparaîtrait le roi et dans <iuel groupe il se trouvait : « C'est, lui fut-il réi)ondu, parmi ces cavaliers cjui portent Tépée haute et qui viennent à vous. »

Confus decette marque de courtoisie, le roi d'Arménie mit pied à terre et se tint immobile, les yeux baissés et tête nue. Jean, voyant cela, (|uittaàson lour sa monture, et loute la suite l'imita. « Sire, dit le roi d'Arnjcnie, c'est à moi de donner ce témoignage de respect à votre Royale Majesté, car c'est grâce à Klle (]ue je suis sorti de prison ». Le roi de Castille l'embrassa, lui souhaita la bienvenue, et reprenant leurs montures, les deux princes firent leur entrée solennelle dans la ville (2).

(1) Chron, (TArvu CXXXIX.

(2) Cronicos de los reyes de CasHUo» T. II, cli. III, p. 168. An no quinto de don Juan.

308 KSSAIS D'UISÏOIIIK KT DE LITTKHATUUK

Le jour suivant, le roi Jean lui lit remettre de rielies présents, une grande (|uantilé de draps d*or et de soie, des bijoux, un service d'argent, et une somme sulTisante pour lui permettre de vivre selon son rang. Léon passa plusieurs mois en Espagne, accompagnant le roi dans ses fréquentes clievaucliées. 11 le quitta pour se rendre en pèlerinage à Saint-Jaciiues de (lompostelle, et le rejoignit ensuite à Ségovie. (l'est dans cette ville que Jean lui donna, à titre viager, les lieis de Madrid, de Vilia-Réal et d'Andujar^ augmentés d'une rente annuelle de cent cinquante mille maravédis. Le 2 octobre, Léon rerut l'hommage de la municipalité de Madrid, assemblée à carillon dans l'église de San Salvador, et par une charte datée du 19 du même mois, confirma aux trois villes leurs privilèges et leurs fxieros.

Mais les largesses et les bontés du roi de Castille ne purent le retenir longtenqis en Espagne. Toujours stimulé par l'espoirde recon^iuérir son royaume, Léon rêvait de réconcilier les rois de France etd'Angleterre, perpétuellement en guerre, pour les entraîner ensuite à la croisade contre les Turcs.

Vers le mois de février 1384, il visite la Navarre où il éprouve la générosité du roi Charles II, passe en Béarn, à la cour du comte de Foix, le fameux Gaston Phébus, revoit le roi d'Aragon, s'arrête à Montpellier et prend le chemin de Paris où il parvient à la fin de juin.

LK DERNIEIl ROI D'AHMÉNIK .'309

Son arrivée fit sensation à la cour Uirhnlenlc et (olfilrn ilr, (lliarlr^s VI. (^n rlail cMiron» aux aiincVs joypMsos ol lr«;(*»ios do (»i» iv^iu» ipin ilovaioni assombrir lant (le désastres el de deuils.

Troissart, .Invéual des Ursins ol le Religieux de Sainl-Denis, ont retracé en termes brillants, mais parfois contradieJoiros, b»s circoustaneesïle son séjour en Kranco.

Tandis que Froissarl, (''pris avant lout de piltoresfpie, le dépeint, arrivant « sans grand arroi, mais ainsi eomme un roi écbassé et bouté bors de son pays ( h » les deu\ autres cbroniqueurs en donnent une es(iuisse plus pr('»cisc et probablement plus ressemblante. Ju vénal des Ursins le représente comine « un vaillant roi sage, prudent et ricbe » (2), ce (pii n'est pas surprenaiit, d'apn^s ce rjne Ton sait de la munificence des princes espagnols. Le lleligieux de Saint-Denis accuse ainsi sa pbysionomie : (( Petit de taille, mais doué (Tun graîid courage», (Tun esprit vif et sagaco, plein de courtoisie» et d'alïabilité, rcmar- (piabb^ par la gnn r (M rélrgiinc(î do sou maintieîï (pii décelait la grandeur de son rang et la noblesse do son origine » (.1).

Cbarles VI lui témoigna les plus grands égards,

(1) F'roîssart. Chroniques L. III, pli. XXV, p. 418, éd. Ruchon.

(2) JnvÊNAL DES rrisiNS. Histoire de Charles TV, éd. Gode froy, in-fol., 1G53, p. -13.

(3) RELir.iEUX DE Saint-Denis. Chronique 11, L. VI, ch. VI.

;ilO KSSAIS D'illSTOlKK KT J)K LnTKUATlTRK

envoya au-devant de lui les principaux ofllciers de sa maison (|ui raccompaj^nôrenl jus(|u'au palais. A son entrée, le roi se l<»va y:ra<:ieusenuînl de son trône, hî salua aver courtoisie, et après lui avoir d(U)né le baiser de paix, lui expriuïa combien il était charmé de son arrivée.

A cpielques jours de là, un banquet fut donné au Louvre en son honneur. Le roi Charles, ses oncles, les ducs de Hour^'Ogne, do IJerri et de lîourbon, ainsi qu'un grand nombre de courtisans y assistèrent. Léon excita au plus haut point la curiosité générale par le récit de ses aventures, et les révélations qu'il fit sur la situation de TOrient. On peut juger, par la naïveté des (|uestions (|ui lui furent posées, combien rKurope était ignorante des mœurs et des mouvements de ces barbares asiatiques qui se flattaient de laconquérir.(l)

Ses renseignements et ses pronostics furent recueillis avec avidité, parce que, renjarque Froissart, a nature est encline grandeinenl à rhomme à ouïr nouvelles choses. »

Léon parle de la puissance « du grand (Iakem de Tartarle qui lui a tollu son royaume et qui a soumis avecques l'aide du Soudan l'empereur de Constantinople. » (2) — a Est donc Constantinople h la loi des

(1) Cf. FiioissART. Chron. h, II I, ch. xxv et xxvi.

(2) l'Yoissart confond ici les Mongols établis au XIV* siècle en Asie-Mineure» avec les Turcs Scldjoucidcs do Syrie et de Palestine, tributaires des Turcs Ottomans.

LE DERNIER ROI D'ARMF^NIE 3il

Tartres? » interrogent les seigneurs — « Nenni, » «ôpond le roi, mais il leur expli(]ue que l'empereur .grec n\'i ol)tenu <ie Irnvn qii*en donnanl sa fille en mariage au fils du (Iakcm. (1)

Kt il prédit la ruine prochaine de (iOnslanlinople « envahie dôjà par les ofTiciers du (^akem », et Tcxter-r •minalion des Grecs « fjui, là demeurent, fors que par <Mix oA par hvn. » CJ)

On lui dcrîïaiïdo alors (picls gens sont les Turcs, et si grande est leur puissance. Kt le roi de répondre : -« Les Turcs ont toujours clé les plus nohles, les plus grands et les plus doutes, et les plus sages dans la guerre (juand ils ont eu hon chef, et si comme le (lakem, tient on suhjection l'empereur de Gonstantinople, le sire de Turquie tient cil (lakem en suhjection et s'appelle cil sire d'Amorath-Hakin. d (H) De ce sultan, L(^on déclare n'avoir pas à se plaindre car a oncques ne lui lit mal » et il ajoute cette i>articulari té sur|)renanle, <|«ii dut singulièrement llatter son hôte royal : « Kl. ainio grandement la langue française et <*eux (|ui ri\ virnneni ri dit cpie de tous les seigneurs <lu monde, il veinul le jdus le Roi dn Krance, et ((uand

(1) Ceci est inexact. Ce ircst pas au Khan des Mongols, mais au sultan des Turcs Ottomans, Orkan, que l'empereur Jean Paléologue otTril la main de sa flUe.

(2) 11 y a ici une nouvelle erreur, ce n'étaient pas les Mongols mais les Ottomans qui menaçaient alors l'empire grec.

(3) Il désigne ainsi Mourad I", flls d'Orkan.

:ii2 ESSAIS d'uistoiiœ et dk lutkratuhe

ou lui en parle, on lui fait jçrand bien et en recommande très grandement les seigneurs. »

Plus Ylf encore dut être IVlonnemenl de l'auditoire, quand le roi se mit à vanter le joug des Turcs a plus tolérants et plus lunnains que les Tartres », car a rAmorath-Bakin, ipiamt il a conquis une ville, n'en demande que Thommage, laisse ceux en leur créance ni onc^iues ne Inuda, ni jà ne Icra homme lu)i's de son héritage. »

Quand il eut fini, le roi (Iharlos Vt le complimenta sur sa bravoure, sur ses exploits dont la renommée Tavait précédé en France, et pour lui permettre de tenir un état conforme à sa dignité, il lui assura une rente annuelle de 6,000 francs « bien payée de mois en mois. « 11 lui abamlonna en outre, riiùtel de Sl-Ouen, et lui fil compter immédiatement une son] me de 5,(XX) francs « pour lui étoflerde ctiambres et de vaisselles et autres menues nécessités. » (l)

La trêve conclu avec Richard II allait expirer. Charles méditait un projet de descente en Angleterre, et dans ce dessein, il avait réuni sur les côtes de Flandre des troupes et des approvisitmnements considérables.

Au printemps de 1385, un grand conseil fut tenu en présence du roi, de ses oncles, de son frèie Louis, duc de Touraine, et des plus illustres capitaines Iran çais. Le roi d'Arménie y a.ssistait également.

(1) FUOISSART. Ojt. cit.

LE DERNiEn BOi d'armi^:nik 313

Le parti de la guerre fi outrance semblait provaloir, î/îoi] cjni ôlait peu faniiller avecla langue latine et qui s'exprimait (lifTifilement on l'ranrfiis, avait jusqu'alors ganlé le silenredans les conseils royaux. (îe jour-l;'i, il parla en faveur de la |)aix, di! qu'une transaction était nécessaire aux deux pays, (juil fallait la proposer îï l'Angleterre, et conclut ainsi : a Pour vous ôter tout soupçon sur la sinccrilc de mes conseils, je m'offre à remplir cette mission conciliatrice. Aucun lien d'aniilié ne m'unit aux Anglais, mais peut-être réussirai-je mieux auprès deux qu'un envoyé de votre nation, contre laquelle ils nourrissent une haine implacable. » (1)

dette proposition fut adoptée. Klle plaisait d'ailleurs à Charles VI (\\\\ faisait grand cas du roi d'Arménie pour la modération de son esprit et la sûreté de son jugement.

Léon se mit en devoir de partir. 11 allait donc réaliser cette entreprise tant rêvée, au succîcs de laquelle se rattachaient ses plus (rhcres espérances !

On ne pénétrait point aisément en Angleterre. Tenus en éveil par la crainte d'un déhar(|uement, les Anglais faisaient bonne garde. Tous les ports étaient fortifiés. Richard, dès qu'il fut informé de son désir, délivra au roi d'Ai-ménie deux passe ports, l'un pour lui-înéme, l'autre pour son maître d'hôtel Jean deltusp.

(1) Religieux deSaint-Dems. T. I. L. V.ch. V. p. '.\2\,

'Ji4k ESSAIS n*IIlST01IIE KT DK LITTKRATURE

qui devait le précéder de cfuelques jours à Londres. Ces pièces, où sont minutieusement dénombrés les liouimeSy les chevaux et les objets nécessiiires au voyage, disent assez eu quelle méliauce étaient alors tenus tous les étrangers. (1)

Vers la lin de l'année 1385, le roi d'Arménie s'embarqua ù Boulogne, et toucha à Douvres où les ducs «l'York et de Lancastre, oncles du roi, le «recueillirent bellement et doucement » et l'hébergèrent pendant sept jours.

Froissart raconte (]ue les princes lui demandèrent, quelle aiïaire l'amenait eu Angleterre, que Léon leur confessai (fu'il venait spontanément, et sans aucun mandat du roi de France, offrir la paix aux Anglais, «(u'il leur proposa même de la négocier avec eux, juais i|ue ceux ci, ayant décliné l'invitation, le renvoyèrent directement à Londres.

Il n'y a nulle apparence que les choses se soient passées ainsi. La formalité des passe-ports, les discours tenus au conseil de Charles VI, et les circonstances «lu séjour du roi dans la capitale anglaise rendent cette version inadniissibie. (2)

Richard 11 lui fit en effet l'accueil le plus gracieux, « considérant que c'était pour lui un honneur extra- Ci) RxMOL Fœdtra, conventiones, T. III, p. 186, anno 9, Ilich. 11-1385.

(t) Cf. DuLAURiKii. Uecueil des historiens des Croisades, T. I, p. 728, note 2.

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