MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
ÏII(Q)MIMIiv.(13l
Les morceaux qui composent ce volume ont été, pour la plupart, publiés antérieurement, les uns tels que je les reproduis , les autres ou moins étendus ou plus développés ' : je me suis
' Les Essais sur saint Bernard, d'Aubigné et Scarron ont été insérés dans la Revue française .- j'y ai ajouté quelques passages. Rabelais , Jodelle , Pascal et madame de La Fayette figurent dans le Plutarque français, importante publication que dirigent avec habileté MM. Mennechet et Hadot. Le morceau sur la Satire politique est extrait de la Revue de Paris. D'autres opuscules, tels que l'Hôtel de Rambouillet, Sarasin, Scudéry , etc. , ont été imprimés dans le Dictionnaire de la Conversation. Malherbe, Balzac, Corneille et La Rochefoucauld paraissent pour la première fois.
déterminé à les réunir parce qu'ils se rapportent tous à notre histoire littéraire, et qu'ils peuvent répandre, sur quelques points, de nouvelles lumières. Sans doute, il eût mieux valu concentrer mes études sur une seule époque, et présenter le tableau complet d'une période ; en un mot , donner un livre au lieu d'un recueil. Mais dans le siècle où nous vivons on n'a guère le libre emploi de son temps et de ses forces. Comment, en effet, se soustraire au vasselage de la presse? Les revues et les journaux exercent sur nous une séduction et un empire irrésistibles, et pour peu qu'on soit noté comme écrivain , il est difficile de ne pas leur payer ti-ibut.
Au reste, cette servitude n'est pas sans avantages : d'abord, elle encourage à produire par l'assurance d'être imprimé et d'être lu , perspective qui manque à beaucoup de manuscrits et de livres : en outre , elle force les auteurs à resserrer leurs pensées pour qu'elles tiennent dans l'espace
étroit qui leur est réservé , et à leur donner une parure convenable, puisqu'elles tomberont, sans aucun doute, sous des yeux exercés et sévères.
Nous avons déjà beaucoup de livres qui ont passé par cette périlleuse épreuve et qui doivent une partie de leurs qualités solides et brillantes à ce mode de composition et de publication : nous en aurons bien d'autres encore , car la presse périodique prend chaque jour une importance nouvelle. Il faut reconnaître cette puissance et s'y accommoder, puisqu'on ne gagne rien à lutter contre le cours des choses. Pour ma part, je regrette médiocrement d'avoir dispersé mes efforts et disséminé mes rares écrits, et je me félicite que le rapport naturel des sujets que j'ai traités me permette de les réunir et d'en former sinon un ensemble, du moins une série dont les anneaux peuvent facilement se rattacher les uns aux autres.
Si ces Essais ont quelque valeur, c'est qu'ils
sont, en général , le résultat d'un double travail : ils ont été parlés avant d'être écrits. Ma pensée s'est d'abord produite sous le contrôle d'un auditoire intelligent , qui consent à ne pas remarquer les négligences de l'improvisation, mais dont la contenance froide ou animée, suivant l'intérêt des idées qu'on développe devant lui, renferme de profitables avertissements. Le professeur apprend beaucoup dans sa chaire , et lorsqu'il en est descendu, il doit en tirer avantage. C'est ce que j'ai fait. Toutes les fois que l'idée m'est venue d'écrire sur les matières traitées de vive voix dans mon cours, je tenais compte de l'effet que mes paroles avaient produit, pour rectifier, retrancher ou conserver. Ainsi, quoique la rédaction de ces morceaux ait été quelquefois précipitée, l'élaboration en a été lente et successive; j'y ai appliqué à plusieurs reprises et dans des conditions diverses de composition, toutes les forces de mon attention. Je crois, en effet, que
c'est traiter trop cavalièrement le public, que de lui livrer des ébauches de pensée et de style.
Cette collaboration indirecte d'un auditoire éclairé n'est pas l'unique avantage dont j'aie à me féliciter. Une illustre amitié me permet quelquefois de recevoir des conseils d'un prix inestimable. Plusieurs de ces Essais ont déjà passé sous les yeux de M. Villemain , et ses observations critiques, comme son suffrage, ne leur ont pas été inutiles. Après nos entretiens , je savais, de science certaine, ce que je pouvais maintenir, ce que je devais supprimer.
Que n'ai-je la même sauve-garde pour toutes les pièces de ce Recueil !
le' juin 1839.