‹ Essais d'histoire littéraireChapitre 2 sur 16 · PREMIERE CROISADE · texte numérisé non relu

PREMIERE CROISADE

La Croisade qui s'accomplit à la fin du onzième siècle avait été préparée de longue main par les pèlerinages. La coutume de visiter les lieux saints était à peu près universelle et les privilèges accordés aux pèlerins devaient perpétuer ces pieuses excursions. Aussi longtemps que ce voyage ne présenta que des fatigues sans dangers, et que le tombeau du Christ fut d'un facile accès, Tidée de le reconquérir ne devait pas naître parmi les Chrétiens; mais lorsque la persécution provoquée par le calife Hakem exposa la vie et la foi des pèlerins à de honteuses épreuves et à des périls

sans cesse renaissants, les pèlerinages isolés firent place à des expéditions moitié religieuses, moitié guerrières, qui opposèrent la force à la violence. Bientôt la nécessité de se défendre conduisit au désir d'attaquer. Gerbert, archevêque de Reims et plus tard de Ravennes , devenu pape sous le nom de Sylvestre II , provoqua le premier TOccident à la délivrance des Chrétiens d'Orient. Il légua ses projets à Grégoire VII, qui n'eut pas le loisir de les accomplir; la gloire en était réservée à Urbain II, Français d'origine comme Gerbert.

Deux idées dominent la Croisade, celle de la volonté de Dieu et celle de la mission des Français. Les peuples de l'Occident étaient convaincus qu'ils obéissaient aux ordres de Dieu, qu'ils étaient les instruments de la Providence, et que, dans cette sainte expédition, le principal rôle appartenait aux Français.

Ces deux faits ressortent avec évidence de la conduite de l'entreprise et de tous les discours tenus par ceux qui l'accomplirent et qui la provoquèrent.

C'est une vision qui détermine Pierre l'Ermite à commencer ses prédications ; sa parole est un écho de celle qu'il entendit dans l'église de la Résurrection; partout il commente les ordres de J.-C. qu'il a reçus pendant son sommeil mystérieux; animé par le sentiment de cette vocation divine, il poursuit son œuvre avec une infatigable activité ; monté sur sa mule, le crucifix à la main, les pieds nus, le corps ceint d'une corde, couvert d'un long froc et d'un manteau gros-

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