‹ Essais d'histoire littéraireChapitre 2 sur 9 · LIBRAIRIE DE GARNIER FRÈRES · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE GARNIER FRÈRES

RUE DES SAINTS-PàRES, 6

Les études littéraires dont se compose ce volume se rapportent toutes à la période moderne de notre littérature; elles ne forment pas un ensemble de parties étroitement liées, mais une série dont les anneaux peuvent facilement se rattacher les uns aux autres. Le lien qui leur manque ici^ nos lecteurs le trouveront dans un autre ouvrage récemment publié*, où j'ai essayé de classer dans leur ordre naturel et d'apprécier selon leur importance les œuvres et les hommes qui doivent garder une place dans Thistoire de la pensée. Le tableau général que j'ai tracé n'ôte rien à l'intérêt que pouvaient avoir ces Essais, qui ont été favorablement accueillis. Je pense même que ces deux publications distinctes et analogues doivent se prêter appui, puisque l'histoire montre l'unité des fragments, et que les fragments servent de commentaire au livre. Je désire qu'on ne les sépare point, et je ne dois pas craindre qu'après les avoir d'abord approuvés isolément, on vienne à les déprécier ensuite tous deux, l'un

* Histoire de la liuératnre française, t volume in-S. Delalaio, 1852.

Il PREFACE.

par Taulre. Ce serait punir Fauteur du nombre de ses travaux et de la constance de ses efforts dans la même voie.

Ces morceaux, comme ceux qui se rapportent au moyenâge et à la Renaissance, et qui appartiennent à une autre «érie, en cours d'impression, ont été revus avec le plus grand soin. J'ai tâché de les améliorer sans en altérer ni le caractère, ni les proportions. Quant aux sentiments qui les ont inspirés, je n'ai pas eu à les modifier. Si ces Essais ont quelque valeur, c'est qu'ils sont, en général, le résultat d'un double travail : ils ont été parlés avant d'être écrits. Ma pensée s'est d'abord produite sous le contrôle d'un auditoire intelligent, qui consent à ne pas remarquer les négligences de l'improvisation, mais dont la contenance froide ou animée, suivant l'intérêt des idées qu'on développe devant lui, renferme d'utiles avertissements. Le professeur apprend beaucoup dans sa chaire, et lorsqu'il en est descendu, il doit en tirer avantage. C'est ce que j'ai fait. Toutes les fois que l'idée m'est venue d'écrire sur les matières traitées de vive voix dans mon cours, je tenais compte de l'effet que mes paroles avaient produit, pour rectifier, retrancher ou conserver. Ainsi, quoique la rédaction de ces morceaux ait été quelquefois précipitée, l'élaboration en a été lente et successive ; j'y ai appliqué à plusieurs reprises, et dans des conditions diverses de composition, toutes les forces de mon attention. Je crois, en effet, que c'est traiter trop cavalièrement le public, que de lui livrer des ébauches de pensée et de style.

Privé désormais de cette collaboration indirecte d'un au-

PRÉFACE* in

ditoire éclairé qui m'était si douce et si profitable, Je i/en ai senti que plus Yivement la nécessité de faire de nouveaut efforts pour rendre ces études dignes des suffrages qu'elles ont obtenus S et pour dégager la responsabilité de ceux qui m'ont si longtemps écouté avec faveur, comme celle du maître illustre qui m'avait choisi pour occuper sa et aire. Aussi ne me suis-je pas contenté d'une simple réimpression; j'ai laissé de côté quelques-uns des morceaux qui faisaient partie de mes deux volumes d'Essais; j'en ai introduit qui ne s'y trouvaient pas, et ce ne sont pas les moins importants ; ceux que je reproduis ont été retouchés, soit pour réparer des omissions, soit pour effacer quelques taches qui m'avaient été signalées. Un autre avantage de cette édition nouvelle résulte de la fusion des deux volumes antérieurement publiés, qui me permet de former deux séries distinctes , et -de consacrer exclusivement celle-ci aux écrivains modernes, à dater de Malherbe, en suivant rigoureusement l'ordre des temps.

Les lecteurs qui regretteraient de ne plus voir dans cette galerie de portraits ni madame de La Fayette, ni Buffon, les retrouveront toujours dans le Plutarque français ^ importante publication commencée par M. Menneclet, achevée par M. Hadot, et qui est aujourd'hui la propriété de MM. Langlois et Leclercq. C'est assez dire que j'ai seul avec eux le droit de les reproduire, et que ces études, aussi bien que le Fénelon, le J.-J. Rousseau et le Delille, qui font également partie du Plutarqîi€y ne pourraient figurer ailleurs sans autorisation.

* L'Académie française a honoré d'un prix chacun de ces deux volâmes, et l*ancien conseil de i'Univerëilé les a approuvéïi cl recommandés.

IT tRÉFACK.

M. Hachette a le même privilège sur Corneille, La Fontaine, Boileau, Racine et Voltaire, études qui servent d'introduction à plusieurs éditions classiques, auxqueUes j'ai ajouté des commentaires.

L'attention scrupuleuse donnée à l'impression de ce volume, et dont je remercie cordialement M. Gratiot et ses habiles auxiliaires, ne m'a pas tout à fait garanti de quelques-unes de ces surprises typographiques qui font le désespoir des auteurs : je les dénonce d'autant plus volontiers qu'elles sont peu nombreuses, et que, dans ce délit, je suis le seul coupable. Ainsi, à la page 107, page néfaste qui s'est dérobée à mes regards , on lit, ligne 4, piquantes, où le texte disait plaisantes, ce qui produit, en regard de la ligne précédente, une répétition qui serait au moins une négligence. Mais ce n'est là qu'une peccadille. Voici qui est plus grave : à la ligne 23, il y a inventé au lieu d'éventé; or, il s'agit d'un complot, et s'il est vrai qu'on invente quelquefois et qu'on évente souvent des complots, on avouera que ce n'est pas tout à fait la même chose. D'ailleurs, comme Pascal est en cause sur ce mot, je tiens beaucoup à ne pas paraître lui attribuer ce genre d'invention.

1" août 1853.

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