‹ Essais d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 3 sur 28 · MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

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[erminé à les réunir parce qu'ils se rapportent ^ous à notre histoire littéraire, et qu'ils peuvent répandre , sur quelques points , de nouvelles Inmières. Sans doute, il eût mieux valu concentrer mes éludes sur une seule époque, et présenter le tableau complet d'une période ; en un mot , donner un livre au lieu d'un recueil. Maïs dans le siècle où nous vivons on n'a guère le libre emploi de son temps et de ses forces. Comment, en effet, se soustraire au vasselage de la presse? Les revues et les journaux exercent sur nous une séduction ,et un empire irrésistibles, et pour peu qu'on soit noté comme écrivain » il est difficile de ne pas leur payer tribut.

Au reste, cette servitude n'est pas sans avantages : d'abord, elle encourage à produire par Fassurance d'être imprimé et d'être lu , perspective qui manque à beaucoup de manuscrits et de livres : en outre, elle force les auteurs à resserrer leurs pensées pour qu'elles tiennent dans l'espace

étroit qui leur est réservé , et à leur donner une parure convenable, puisqu'elles tomberont, sans aucun dpute, spus des yeux exercés et sévères*

Nous avons déjà beaucoup de livres qui ont passé par cette périlleuse épreuve et qui doivent une partie de leurs qualités solides et brillantes à ce mode de composition et de publication : nous en aurons bien d'autres encore , car la presse pé« riodique prend chaque jour une importance nouvelle. Il faut reconnaître cette puissance et s'y accommoder, puisqu'on ne gagne rien à lutter contre le cours des choses. Pour ma part, je regrette médiocrement d'avoir dispersé mes efforts et disséminé mes rares écrits, et je me félicite que le rapport naturel des sujets que j'ai traités me permette de les réunir et d'en former sinon un ensemble, du moins une série dont les anneaux peuvent facilement se rattacher les uns aux autres.

Si ces Essais ont quelque valeur, c'est qu'ils

sont, en général , le résultat d'un double travail : ils ont été parlés avant d'être écrits. Ma pensée s'est d'abord produite sous le contrôle d'un auditoii^ întetligent , qui consent à ne pas remarquer les négligences de l'mjH*ovisation, mais dont h confenaAce froide ou ànitoée, suivant l'intérêt des idées qu'on développe devant lui, renferme de profitables avertissements. Le professeur apprend beaucoia|> dans sa chaire , et lorsqu'il eu est descendu, il doit en' tirer avantage. G'est ce que j'ai faî*. Toûteii les fois que l'idée^ m'est veftûe d'écrire sur les matières ti*aitées de vive voix dans ilaon cours , je tenais compte de l'effet que méâ paroles avaient produit , pour rectifier, retrancher ou conserver. Ainsi, quoique la rédaction de ces morceaux ait été quelquefois précipitée, l'ékboration en a été lente et successive; j'y ai appliqué à plusieurs réprises et dans des conditions diverses de composition, toutes les forces de mon attention. Je croîs, en effet, que

c'est traiter trop cavalièrement le public, que d% loi livrer des ébauches de pensée et de style.

Cette collaboration indirecte d'un auditoire éclairé n'est pas l'unique avantage dont j'aie à me féliciter. Une illustre amitié me permet quelquefois de recevoir des conseils d'un prix inestimable. Plusieurs de ces Essais ont déjà passé sous les yeux de M. Yillemain , et ses observa* tions critiques, comme son suffrage, ne leur ont pas été inutile-s. Après nos entretiens , je savais, de science certaine, ce que je pouvais maintenir, ce que je devais supprimer.

Que n'ai-je la même sauve-garde pour toutes les pièces de ce Recueil !

lei Juin 1839.

D'fflSTOIRE LITTÉRAIRE.

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