PREMIERE CROISADE
La Croisade qui s'accomplit à la fin du onzième siècle avait été préparée de longue main par les pèle* rinages. La coutume de visiter les lieux saints était à peu près universelle et les privilèges accordés aux pèlerins devaient perpétuer ces pieuses excursions. Aussi longtemps que ce voyage ne présenta que des fatigues sans dangers, et que le tombeatt du Christ fut d'un facile accès, Tidée de le reconquérir ne devait pas naître parmi les Chrétiens ; mais lorsque la persécution provoquée par le calife Hakem exposa la vie et la
foi des pèlerins à de honteuses épreuves et à des périls
2 E8SM» ]>'HISTOim IilTTiBAIRE.
sans cesse renaisMutt , Je» pèlerinage» kolés firent place à des expéditions moitié religieuses, moitié guerrières, qui opposèrent la force à la violence. Bientôt ta nécessité de se défendre conduisit au désir d^attaquer. Gerbert, archevêque de Reims et plus tard de Ravennes , devenu pape sous le nom de Sylvestre II , provoqua le premier TOccident à la délivrance des Chrétiens d^ Orient. Il légua ses projets à Grégoire Yll, qui n'eut pas le loisir de les accomplir ; la gloire en était réservée è Urbain II, Français d'origine comme Gerbert.
Deux idées domineiiit la Croisadei «elle de^ ht volonté^ de Dieu et celle delà missoD dea Françak* Les peuples de TOccident étaient convaincus qu'ils obéissaient aux ordres de Dieu, qu'ils étaient les instruments de la Providence, et que, dans cette sainte expédition, le principal rôle appartenait aux Français.
Ces deux faits ressortent avec évidence de la conduite de l'entreiHÎse et de tous les discours tenus par ceux qui l'acQiNxiplirent et qui la provoquèrent.
C'est une vision qui détermine Pierre l'Ermite à commençei? ses prédicatiotis ; sa parole est un écho de celle qu'il entendit dans l'église de la Résurrection; partout il commente les ordres de J.-C. qu'il a reçiM pendant son sommeii mystérieux ; animé par le sentiment de cette vocation divine, il poursuit son œuvre avec une infatigable activité ; monté sur sa mule> le crucifix à la main, les pieds nus, le corps ceint d'une corde, couvert d'un long froc et d'un manteau gros-
pRÉDiCATioR tm LA nwnimEi mon ave. $
8ier, il parcolirt l'ItaKé et \b France, et paptout ga parole inculte et iôbémente excite renthounasine des fidèles. Il parle Bori-seolement au uorti -des misé-^ rea des Chrétiens et dea olrtra^es de la religion, maia , au nom de Dieu même, qui veut, danë sa juAice ef dans sa misérioordey que les souffraneeÉr de ses fila soient yengéès et la reli^n reletée deson abaissement.
Geg plaintes élèquéntes vont jtts<fn^aff cctor du souverain pontife : malgré les soins qui t'aceablent-, malgré sa triple lutte contre Fempei^ur d^AHemagne,* contre lé roi de France et contre Tanti-pape, il s'aisocie à l'œuvre de Pierre FErmite ; H appelle près de toi tous les représentanta de la Chrétienté, passe lea Àlpea et vient lui-même pi^écher^là Croisade à* Gler-> mont. Et là , quel est son langage? Il ne se contewlè pas de parler au nom de Dieu, doùt il esi le vicaire, il ne s'adresse pas indistinctemeiilà tous lea Chrétienffy il reconnaît qu'il y a parmi eui un peuple prédestiné, un peuple élu, et ce peuple, ce sont fés Français.
L'ermite Pierre, le promoteur le plus ardent de laf Croisade, résume l'esprit du christianisme dans sa double expression : la méditation solitaire et le prosélytisme. Il est anachorète et pèlerin tout ensemble et nous montre, réunis dans sa puissante et singulière physionomie, les deux traits distincte et oppo^ qui earaetériaent le christianisme au moyen ége. L'exaltation religieuse se présentait souë deux formes : la solitude avec toutes ses rigueurs^ ses épreuves, ses
privations sans nombre, et le pèlerinage avec ses fati-
4 ESSAIS D^HISTOIRI LITtÉKAIKE.
gue»^ ses dangers et ses prédications. Pierre FErmité ^ui, unit ces deux extrêmes, est le symbole de l'esprit chrétien y et sa nature complexe le rendait merveilleusement propre à remuer tous les esprits et à mener à son terme le grand dessein dont les siècles précédents avaient préparé Taccompiissement. Sa foi vive, exaltée dans la solitude, entretenue par le succès de ses prédications, était encore réchauffée par le régime qu'il avait adopté. Je ne sais pourquoi les historiens modernes vantent la sobriété de Pierre TErmite ; les chroniqueurs contemporains disent bien qu'il ne mangeait ni pain ni viande, mais ils ajoutent : Vino aKûque omnibus fwébatur et famam abstinentim in deliciis qumrebat^. Aussi lorsque le vin manqua au siège de Nicée, Tapôtre de la Croisade rebroussa chemin et ne reparut qu'après la disette. Cette faiblesse lui a fait tort parmi ses contemporains, et c'est pour cela qu'il n'occupe pas dans les récita des chroniqueurs la place que xéclamait l'importance de son rôle. Comme orateur, le simple ermite est sacrifié au pape, et aucune de ces paroles énergiques qui ont ému Tltalie et la France, et amené'^le long duel de l'Europe et de l'Asie, n'est arrivée jusqu'à nous. Guillaume de Tyr, qui rapporte tout au long un des discours d'Urbain, se contente de nous dire que Pierre l'Ermite avait l'esprit vif, le regard perçant, et qu'il ne manquait pas d'une éloquence abondante et facile. Spontefluem elo^
- * Robert-le-M oine. — Gulbert , de Nogent.