LA DÉESSE EN PRISON
(Tiré dM Klein* Sekrtflf àê 1666
c' OÙ a-t-on mis les slatoes de Véous qui étaient autrefois dattô cette salle! » — Telle était la queatioo que, fèVêhu de Munich après une absence de plusieurs années, j'adressais au conservateur de la Glyplotbèquc.
< On la moule », répondit-il brièvement.
c Mais h Tindtant même on moule ici sans la déplacer la Lcucolhée avec !ê petit Bacchus sur le bras, poufquoi donc a-i-on enlevé les autros? »
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t Gela aurait donné ffop de poussière > , répliqua
l'employé.
c Et doit-on mouler aussi les piédestaux qui ont disparu avec les statues? »
L'employé haussa les épaules et tourna le dos au questionneur importun.
En effet ce n'était pas sérieusement que je faisais ces questions. Je voulais seulement connaître le mot d'ordre officiel; je savais depuis longtemps que les statues avaient été enlevées sur l'ordre de leur auguste propriétaire * pour ne plus reparaître jamais sous les yeux du public.
Quant aux moiifs qui avaient inspiré cet ordre souverain, je n'avais ente ndu dans la ville que de? ronjeotures fort incertaines. Un plaisant émettait l'idée que le vieux roi récemment revenu d*Alger avait pris on respirant l'air des corsaires, quelque chose de letir inclination à enlever les femmes. Un autre voul it appliquer ici le dicton : < Jeune débauché, vieux dévot > à quoi Ton répondit que chez le prince dont on parlait, ces deux hommes-là avaient de tout temps très-bien su s'entendre.
c Mais n'cst-il pas évident, dit un troisième, qu'il y a au fond de tout cela un mo(if moral ? Le royal vieillard a reconnu combien il est fâcheux d'exposer ainsi des femmes nues aux regards do public.
« L'explication était plausible, objectai-je, aussi longtemps qu'avec les trois statues de Vénus avait aussi disparu le fragment obscène qui figure dans le catalogue
t La roi Lùuiâ i*^ dv Baridre.
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comme le c fragment d'un groupe non expliqué »;maîs
depuis que ce groupe a été remis à son ancienne place, comment peut-on croire encore que ce soit dans des vues de moralité ou même de simple convenance que ces statues ont été enlevées?
« Qui sait? répliqua mon interlocatenr. Le fragment est fort mutilé et n*est pas tout de suite intelligible au preiniiT venu; il ne peut donc pas faire beaucoup de mal; mais chacun comprend une Vénus nue et elle agit sur chacun*
c Sans doute^eile agit sur chacun, m'écriai-je;«»mai8 d'une manière pernicieuse? d'une manière corruptrice?
c Ce n'est pas d'une manière édifiante, en tout cas, i^eprit mon adversaire.
■ C'est comme on Tentend, répondis-je. Il faut bien que les Grecs aient été édifiés par Taspect de déesses nues, puisqu'ils en mettaient dans leurs temples.
c Nous ne sonmies pas des Grecs , mais des Allemands et des chrétiens , me répondit-on sèchement. D*aiUeors chez les Grecs eux-mêmes , comme nous le savons par quelques-uns de leurs écrivains, la Vénus de Cnide, dont la statue vient précisément d'être enlevée de laGiypiolhèque, a porté plus d'une fois malheur à ceux qui la contemplaient.
c Comme s'il n'y avait jamais eu de jeune fille durétienne qui se soit éprise d'un saint Sébastien nu ! Ce sont là de regrettables exceptions dont il serait aussi "Injuste de se servir pour condamner Tinnocente statue qui en a élé l'occasion , qu'il le serait de bannir la
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gymnastique, parce qu'il y a desgeii8qaî,en s'y livrant,
se sont cassé la jambe.
<i La gymnastique est un salutaire exercice du corps, répliqua mon contradicteur; mais je ne saurais voir quel peut être Teffet utile de rexposition de Vénus nues.
< Le feu roi deWûrtembergy racoDtai-je, avait fait placer, il y a quelques années, dans son parc qui sert de promenade publique , toutes sortes d'imitations d'œuvres d'art antiques; la plupart de ces imitations étaient des statues de Vénus de différents mai très. Ce fut là un sujét de scandale, non-seulement pour les nombreux piétistes de sa résidence , mais encore pour d*autres personnes d'un caractère sérieux. On savait en effet que les châteaux du roi étaient remplis de tableaux calculés en vue de la jouissance sensuelle, et l'on sup posait que l'exposition du parc avait été faite dans le même dessein. C'est , para!t-il, un prélat piétistê qui décida enfin le roi à faire éloigner les statues: il n'avait été, en protestant ainsi, que l'organe de l'opinion publiiiue*
c Mais vous me donnes raison, s'écria mon interloculeur.
« Pas le moins du monde, répliquai-je. Qui donc s'est jamais scandalisé à Munich des Vénus de la Glyp^ totbéque? Et qui pourrait s'en scandaliser? Étaientelles donc exposées dans un marché profane ou dans
une promenade publique? N'étaient-elles pas enfermées au contraire dans la chaste enceinte d'un temple de l'art?
c Mais ce temple est ouvert à chacun sans difficulté, me répondit l'autre.