T. IV
3. « Charles bimself and hts créature Laud , whiie they 'abjured te the innocent badges of Popery, retained ail his worst vices, a a complète subjection of reason to authority, a weak préférence « orform to substance, a cbildish passion for mummeries, an a idolatrous vénération for the priestly character, and above ail a a merciless intolérance. • T. I, 31. Ed. Tauchnitz.
« It is difficult to relate without a'pitying smile , that, in the sa- « orifice of the mass , Loyola aaw transubstantiation take place , « and tnat, as he stood praying on the steps of St Dominic, he a saw the Trinîty in Unity , and wept aloud with joy and wonder. » T. IV, 116.
IL JUGàULAT. 11
Mais ces opinions anglaises sont tempérées dans M. Hacaulay par l'amour ardent de la justice* Il est libéral dans le plus large et le plus beau sens du Qiot. U demande que tous les citoyens soient égaux devant la loi, que les hommes de toutes les sectes soient déclarés capables de toutes les fonctions publiques, que les catholiques et les jui£s puissent, comme les Juthériens, les anglicans et les calrâiistes, s'asseoir au parlement. Il réfute M. Gladstone et les partisans des religions d'État avec une ardeur d'éloquence, une abondance de preuves, une force de raisonnement incomparables ; il démontre jusqu'à l'évidence que l'État n'est qu'une association laïque, que son but est tout temporel , que son seul objet est de pro* téger la vie, la liberté et la propriété des citoyens ; qu'en lui confiant la défense des intérêts spirituels, on renverse l'ordre des choses, et que lui attribuer une croyance religieuse, c'est ressembler à un homme qui, non content de marcher avec ses pieds, collerait, encore à ses pieds le soin d'entendre et de voir. On a bien des fois traité cette question en France ; on la traite encore aujourd'hui ; mais personne n'y a porté plus de bon sens, des raisons plus pratiques, des aiiguments plus palpables. M. Macaulay tire la discussion de la région métaphysique ; il la ramène sur terre ; il la rend accessible à tous les esprits ; il prend ses preuves et ses exemples» dans les faits les plus connus de la vie ordinaire ; il s'adresse au marchand, au bourgeois, à l'artiste, au savant, à fout le monde ; il attache la vérité qu'il démontre aux vérités familières et intimes que personne ne peut s'empêcher d'admettre, et qu'on croit avec toute la force de
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Texpérience et de l'habitude ; il emporte et maîtrise la croyance par des raisons si selides que ses adver- *saires lui sauront bon gré de les avoir convaincus; et si par hasard quelques personnes, chez nous, avaient besoin d'une leçon de tolérance, c'est dans, cet Essai qu'elles devraient la chercher.
Cet amour de la justice devient une passion quand il s'agit de la liberté politique ; c'est là le point sensible , et quand on la touche , on touche l'écrivain au cœur. M. Macaulay l'aime par intérêt, parce qu'elle est la seule garantie des biens , du bonheur et de la vie des particuliers ; il l'aime par orgueil, parce qu'elle est l'honneur de l'homme; il l'aime par patriotisme, parce qu'elle est un héritage légué par les générations précédentes, parce que, depuis deux cents ans, une succession d'hommes honnêtes et de grands hommes l'ont défendue contre toutes les^ attaques et sauvée de tous les dangers , parce qu'elle fait . là force et la gloire de l'Angleterre , parce qu'en enseignant aux citoyens à vouloir et à juger par euxmêmes , elle accroît leur dignité et leur intelligence , parce qu'en assurant la paix intérieure et le progrès continu, elle garantit le pays des révolutions sanglantes et de la décadence tranquille. Tous ces biens sont perpétuellement présents à ses yeux ; et quiconque attaqué la liberté qui les fonde devient à l'instant son ennemi. Il ne peut voir paisiblement l'oppression de l'hornnîe ; tout attentat à la volonté humaine le blesse comme un outrage pei*sonnel. A chaque pas, les mots amers lui échappent, et les plates adulations des courtisans qu'il rencontre amènent sur ses lèvres des sarcasmes d'autant plus vio-
M. MACAULAT. i3
lents qu'ils sont pins mérités. Pitt, dit-il, fit an collège des vers latins sur la mort de George !•'. « Dans cette pièce, les Muses sont priées de venir pleurer sur Tume de César ; car César, dit le poëte , aimait les Huses , César qui n'était pas capable de lire un vers de Pope , et qui n'aimait rien que le punch et les femmes grasses. > — Ailleurs , dans la biographie de miss Bumey, il raconte comment la pauvre jeune fille, devenue célèbre par ses deux premiers romans, reçut en récompense, et par grande faveur, une place de femme de chambre chez la reine Charlotte; comment, épuisée de veilles, malade, presque mourante , elle demanda en grâce la permission de s'en aller ; comment « la douce reine » s'indigna de cette impertinence , ne pouvant comprendrejqu'on refusât de mourir à son service et pour son service , ou qu'une fenune de lettres préférât la santé, la vie et la gloire, à l'honneur de plier les robes de Sa Majesté. Mais c'est lorsque M. Macaulay arrive à l'histoire de la révolution qu'il lire justice et vengeance de ceux qui ont violé les droits du public, qui ont ha! ou trahi la cause nationale , qui ont attenté à la liberté. Il ne parle pas en historien , mais en contemporain ; il semble que sa vie et son honneur sont eh jeu; qu'il plaide pour lui-même, qu'il est membre du Long Parlement, qu'il entend à la porte les mousquets et les épées des gardes envoyés pour arrêter Pym et Hampclen. M. Guizot a raconté la même histoire ; mais vous reconnaissez dans son livre le jugement calme d'un philosophe et l'émotion impartiale d'un artiste. Il ne condanme point les actions de Strafford ou de Charles; il les explique; il
montre dans Strafford le naturel impérieux, le génie dominateur qui se sent né pour commander et briser les résistances , qu'un penchant invincible révolte contre la loi ou le droit qui Fenchaîne , qui opfMrime par une sorte de nécessité intérieure, et qui est fait pour gouverner comme une épée pour frapper; il montre dans Charles le respect inné de la royauté, la croyance au droit divin, la conviction enracinée que toute remontrance ou réclamation est une insulte à sa couronne, un attentat à sa propriété, une sédition impie et criminelle.: dès lors, vous ne voyez plus dans la lutte du roi et du parlement que la lutte de deux doctrines ; vous cessez de prendre intérêt à Tune ou à l'autre pour prendre intérêt à toutes les deux ; vous êtes les spectateurs d'un drame ; vous n'êt^ plus les juges d'un procès. C'est un procès que M. Macaulay instruit devant nous ; il y prend parti ; son récit est un réquisitoire , le plus entraînant, le plus âpre, le mieux raisonné qu'on ait écrit. Il approuve la condamnation de Strafford ; il honore et admire Cromwell ; il exalte le caractère des puritains; il loue Hampden jusqu'à l'égaler à Washington ; il n'a pas de paroles fissez méprisantes et assez insultantes ,pour Laud ; et ce qu'il y a de plus terrible , c'est que chacun de ses jugements est justifié par autant de citations , d'autorités, de précédents historiques , de raisonnements, de preuves concluantes, qu'en pourrait amasser la vaste érudition de M. Hallam ou la cahne dialectique de sir Mackintosh. Qu'on juge de cette passion emportée et de cette logique accablante par un seul passage :
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c Pendant pins de dix ans, le peuple avait yu les dnnts qui lui appartenaient à double titre, par héritage immémorial et par achat récent, brisés par le roi perfide qui les avait reconnus. A. la fin, les circonstances forçaient Charles de convocpier un nouveau parlement ; une chance nouvdle 6*ofirait à nos pères : devaient-ils la rejeter comme ils avaient rejeté la première? devaient-ils encore une fois se laisKr duper par un le roi k veutt devaient-ils encore une fois avancer leur argent sur des promesses violées, et puis violées encore? devaientils aUer déposer une seconde pétition des droits au pied du trône, prodiguer une seconde fois des subsides en échange d'une seconde cérémonie vaine, ensuite prendre leur congé, jusqu'à ce que, après dix autres années de fraude et d'oppression, leur prince demandât un nouveau subside et le payftt d'un nouveau parjure? Os étaient forcés de choisir entre deux partis : se fier à un tyran ou l'abattre. Nous pensons qu'ils choisirent sagement et noblement.
c Les avocats de Charles, comme les avocats d'autres malfaiteurs, contre lesquels on produit des preuves accablantes, évitent ordinairement toute discussion sur les faits, et se contentent d^en appeler aux témoignages portés sur son caractère. Il avait tant de vertus privées ! Est-ce que Jacques II n'avait pas de vertus privées ? Et quelles sont,. après tout, ces vertus attribuées à Charles ? un zèle religieux qui n'était pas plus sincère que celui de son fils, et qui était tout aussi étroit et tout aussi puéril, et un petit nombre de ces qualités ordinaires de ménage et de bienséance, que la moitié des pierres tumulaires réclament chez nous pour les morts qu'elles recouvrent 1 Bon père! Bon maril Grande apologie sans doute pour quinze ans de persécutions, de tyrannie et de mensonge.
c Nous lui imputons d'avoir violé son vœu de couronnement, et on nous répond qu'il a gardé son vœu de mariage ! Nous l'accusons d'avoir livré son peuple aux sévérités impitoyables des prélats les plus fanatiques et les plus durs, et son excuse est qu'il prit son petit garçon sur ses genoux pour l'embrasser ! Nous lui reprochons d'avoir violé les arti-
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clés de la pétition des droits , après avoir , moyennant bonnes et solides compensations, promis de les respecter, et on nous apprend qu'il avait coutume d'aller écouter, des prières dès six heures du matin 1 C'est à des considérations de ce genre, et aussi à son habit par Yan Dyck, à sa belle figure, à sa barbe en pointe, qu'il doit, nous le croyons fermement, la popularité dont il jouit auprès de notre génération»
€ Quant à nous, nous ne comprenons pas cette phrase banale : homme de bien, mais mauvais rôi. Nous conbevripns aussi aisément qu'on dit : homme de bien et père dénaturé ; homme de bien et ami déloyal. Nous ne pouvons, en appréciant le caractère d'un individu, faire abstraction, dans l'examen de sa conduite, de Toflice le plus important de l'homme ; et si, dans cet office, nous le trouvons égoïste, cruel et trompeur, nous prendrons la liberté de l'appeler méchant homme, en dépit de toute sa tempérance à table et de toute sa régularité à la chapelle, u
Voilà pour le père; voici pour le fils. Le lecteur sentira , à la iureur de rinvective , quel excès de rancune le gouvernement des Stuarts a laissé dans le cœur d'un patriote , d'un whig , d'un protestant et d'un Anglais :
« Alors vinrent ces jours dont on ne se souviendra jamais sans rougir, jours de servitude sans fidélité, de sensualité sans amour , de talents imperceptibles et de vices gigantesques, le paradis des cœurs froids et des esprits étroits, l'âge d'or des lâches, des bigots et des esclaves. Le roi rampa devant son rival pour obtenir les moyens de fouler aux pieds sou peuple, descendit jusqu'à être un vice-roi de la France, et empocha, avec une infamie complaisante, ses insultes dégradantes et son or plus dégradant encore. Les caresses des prostituées et les plaisanteries des bouffons réglèrent la politique de l'État; le gouvernement eut juste assez d'habileté pour tromper, et juste assez de religion pour persécuter ; les principes de la liberté furent la dérision de tout arlequin de
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cour et l'anathème de toat TsJet d'Église. Dans tous les hauts lieux, on rendit culte et hommage à Charles et à Jacques, à Bélialet à Moloch; et rAngleterre apaisa ces obscènes et cruelles idoles avec le sang des meilleurs et des plus braves de ses enfants^ Le crime succéda au crime , la honte à la honte, jusqu'à ce que la race maudite de Dieu et des hommes fût une seconde fois chassée pour errer sur la face de la terre, pour servir de proverbe aux peuples et pour être montrée au doigt par les nations. »
• Je n*ai pu traduire toutes les métaphores bibliques
de ce morceau , qui a gardé quelque chose de l'accent de Milton et des prophètes puritains ; il suffit cependant, pour montrer vers quelle issue se portent les diverses tendances de ce grand esprit, quelle est sa pente , comment l'esprit pratique , la science et le talent historique , la présence incessante des idées morales et religieuses , l'amour de la patrie et de la justice , concourent à faire de lui l'historien de la liberté.
Son talent y a aidé ; car ses opinions sont de la même famille que son talent.
Ce qui frappe en lui d'abord, c'est l'extrême solidité de son esprit. Il prouve tout ce qu'il dit, avec une force et une autorité étonnantes. On est presque sûr de ne jamais s'égarer en le suivant. S'il emprunte un témoignage, il commence par mesurer la véracité et l'intelligence des auteurs qu'il cite, et par corriger les erreurs qu'ils peuvent avoir commises par négligence ou partialité. S'il prononce un jugement, il
18 M. MAGàULAY,
s*appuie sur les faits les plus certains, sur les principes les plus ctairs, sur lesdéâuctions les plus simples et les mieux suivies. S*il développe un raisonnement, il ne se perd jamais dans une digression; il a toujours son but devant les yeux; il y marche par le chemin le plus sûr et le plus droit. SU s*élève à des considérations générales, il monte pas à pas tous les degrés de la généralisation, sans en omettre im seul; il sonde à chaque instant le terrain; il n'ajoute ni ne retranche rien aux faits ; il veut au prix de toutes les précautions et de toutes les recherches arriver à l'exacte vérité. H sait un nombre infini de détails et de toute espèce; il possède un très-grand nombre d'idées philosophiques, et de tout ordre; mais son érudition est d^aussi bon aloi que sa philosophie, et l'une et l'autre forment une monnaie digne d'avoir cours auprès de tous les esprits pensants. On sent qu'il ne croit rien sans raison : que si on révoquait en doute l'un des faits qu'il avance ou l'une des vues qu'il propose, on verrait arriver à l'instant une multitude de documents authentiques et un bataillon serré d'arguments convaincants. Nous sommes trop habitués en France et en Allemagne à recevoir des hypothèses sous le nom de lois historiques, et des anecdotes douteuses sous le nom d'événements attestés. Nous voyons trop souvent des systèmes entiers se fonder du jour au lendemain, au caprice d'un écrivam, sortes de châteaux fantastiques dont l'ordonnance régulière simule l'apparence des édifices véritables, et qui s'évanouissent d'un souffle dès qu'on veut les toucher. Nous avons tous fait des théories, au coin du feu, dans une discussion, pour le besoin de
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la cause, lorsque, &ate d'une raJsoH, il boiib fallait un argument postiche, semblables à ces généraux chinois qui, pour effrayer les ennemis, rangent parmi leurs troupes des monstres formidables de carton peinL Nous avons jugé les hommes à la volée, sur rimpresfiion du moment, sur une action d^chée, sur un document isolé, et nous les avons affublés de Tices ou de vertus, de sottise ou de génie, sans con* trôler par la logique ni par la critique les décisions aventureuses où notre précipitation nous avait emportés. Aussi éprouve-t-on un contentement profond et une sorte de paix intérieure, lorsqu'on quitte tant de doctrines écloses au jour le jour dans nos livres ou dans nos revues, pour suivre la marche assurée d'un guide si clairvoyant, si réfléchi, si instruit, si capable de nous bien conduire. On comprdhd pourquoi les Anglais accusent les Français d'être légers et les Allemands d'être dûmériques. M. Macaulay porte dans les sciences morales cet esprit de circonspection, ce besoin de certitude et cet instinct du vrai qui composent l'esprit pratique , et qui, depuis Bacon, font dans les sciences le mérite et la puissance de sa na* tion. Si l'art et la beauté y perdent, la vérité et la certitude y gagnent; et, par exemple, personne n'ose lui savoir mauvais gré d'avoir inséré ta démonstration suivante dans la vie d'Addison :
c Pope voulait refondre son poëme sur la Boucle de cheveux enlevée, Addison essaya de Fen détourner, et Pope déclara dans la suite que ce (sonseil insidieux lui avait fait deviner pour la première fois la déloyauté de celui qui l'avait donné. Aujouni-hui il ne peut y avoir de doule que le plan de Pope ne fut trèstingonieux et qu'il Jie Tait ezécotéavec une hahi-
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leté et un 8uccès très-grands. Mais s'ensuit^il nécessairement que ravis d'Addison fut mauvais? Et si Tavis d^Addison était mauvais, s'ensuit-il nécessairement qu*il ait été donné avec de mai^vaises intentions? Supposons qu'un ami vienne nous demander si nous lui conseillons de risquer toute sa fortune dans une loterie, où il n'a qu'une chance contre dix, nous ferions de notre mieux pour l'empêcher de courir un pareil risque. Quand il serait assez heureux pour gagner le lot de trente mille guinées, nous n'admettrions pas que notre conseil fût pour cela mauvais, et nous croirions certainement que ce serait à lui le comble de l'injustice de nous accuser d'avoir agi par méchanceté. Nous pensons que l'avis d'Adison était un bon avis. Il était appuyé sur un principe solide, fruit d'une longue et vaste expérience. La règle générale est indubitablement que, lorsqu'un ouvrage d'imagination a réussi, on ne doit pas le refondre. Nous ne pouvons en ce moment nous rappeler un seul exemple où cette règle ait été transgressée avec un heureux effet, excepté l'exemple de la Boucle de cheveux. Le Tasse refondit sa Jérusalem, Akenside refondit ses Plaisirs de Vimagi" nation et son Epitre à Curion; Pope lui-même, enhardi sans doute par le succès avec lequel il avait étendu et remanié la Boucle de cheveux, fit la même expérience sur la Dunciade. Tous ces essais échouèrent. Qui pouvait prévoir que Pope, une fois dans sa vie, serait capable de faire ce qu'il ne put faire lui-même une seconde fois, et ce que personne autre n'a jamais fait?
a L'avis d'Addison était bon. Mais, quand même il eût été mauvais, pourquoi le déclarerions-nous déloyal?^ Walter Scott nous dit qu'un de ses meilleurs amis prédisait une chute à son Waverley, Herder conjura Goethe de ne pas prendre un sujet si défavorable que Faust, Hume voulut dissuader Roberston d'écrire VHistoire de Charles-Quint. Bien plus, Pope lui-même fut parmi ceux qui prédisaient que Caton ne réussirait jamais sur la scène, et il engagea Addison à l'imprimer, sans risquer une représentation. Mais Walter Scott, Goethe, Roberston, Addison, eurent le bon sens et la générosité de supposer à leurs conseillers des intentions pures. Pope n'avait point un cœur comme eux. »
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Que pense le lecteur de ce dilemme et de celte double série d'inductions ? La démonstration ne serait ni plus soignée, ni plus rigoureuse, s*il s'agissait de prouver une loi de physique.
Ce talent de démontrer est accru par le talent de développer. M. Macaulay porte la lumière dans les esprits inattentifs, comme U porte la conviction dans les esprits rebelles; il fait voir aussi bien qu'il fait croire, et répand autant d'évidence sur les questions obscures, que de certitude sur les points douteux. Il est impossible de ne pas le comprendre ; il aborde son sujet par toutes les faces, il le retourne de tous les côtés ; il semble qu'il s'occupe de tous les spectateurs, et songe à se faire entendre de chacun en particulier; il calcule la portée de chaque esprit, et cherche, pour chacun d'eux, une forme «d'exposition convenable ; il nous prend tous par la main et nous conduit tour à tour au but qu'il s'est marqué. Il part des données les plus simples, il descend à notre niveau, il se met de plain-pied avec notre esprit; il nous évite la peine du plus léger effort, puis il nous emmène ; partout sur la route il nous aplanit le chemin ; nous montons peu à peu sans nous apercevoir de la pente, et à la fin, nous nous trouvons sur la hauteur, après avoir marché aussi commodément qu'en plaine. Lorsqu'un sujet est obscur, il ne se contente pas d'une première explication, il en donne une seconde, puis une troisième; il jette à profusion la lumière, il l'apporte de tous côtés, il va la chercher dans toutes les parties de Thistoire ; et ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'il n'est jamais long. En le lisant, on se trouve dans son naturel ; on sent
^% M. MAGAULAY.
qu'on est foi! pour comprendre ; on se sait mauvais gré d'avoir pris si longtemps le demi-jour pour le jour ; on se réjouit de voir sortir et jaillir à flots cette clarté surabondante; le style exacte les antithèses d'idées^ les constructions symétriques, les paragraphes opposés av^c art, les résumés énergiques^ la. suite régulière des pensées, les comparaison» fréquentes, la belle ordonnance de l'ensemble, il n'est pas une idée ni une phrase de sas écrits où n'éclatent le talent et le besoin d'expliquer, qui sont le pk*opre de l'orateur. M. Macaulay est membre du parlement, et parle si bien, dit-on, qu'on l'écoute pour le seul plaisir de l'entendre. L'habitude de la tribune est peut-être la cause de cette lucidité incomparable. Pour convaincre une grande assemblée, il faut s'adresser à tous ses membres ; pour garder l'attention d'hommes distraits et fatigués, il faut leur éviter toute fatigue ; il faut qu'ils comprennent trop pour comprendre assez. Parler en public, c'est vulgariser tes idées; c'est tirer la vérité des hauteurs où elle habite avec quelques penseurs pour la faire descen^ dre au milieu de la foule ; c'est la mettre au niveau des esprits communs qui, sans cette intervention, ne l'auraient jamais aperçue que de loin, et bien audessus d'eux. Aussi lorsque les grands orateurs con-* sentent à écrire, ils sont les plus puissants des écrivains; ite. rendent la philosophie populaire; ils font monter tous les esprits d'un étage, et semblent agrandir l'intelUgenee du genre humain. Entre lés mdns de Gicéron les dogmes des stoïciens et la dialectique des académiciens perdent leurs épines. Les subtils raisonnements des Grecs deviennent unis et
aisés; les diffieSes probl^nes de Is {nranôdence, de rimmortalitéy du souverain bien» entrent dans le do> maine public. Les sénateors, bommes'd'afliiires, les jurisconsiilteSy amateurs des finlnules et de la procédore, les massives et étroites intelligences des publicains comprennent les déductions de C!hrysîppe ; et le livre des Pewnrs a rendu vidgaire la morale de Panœtius. Aujourd'hui M. Thiers» dans ses deux grandes histoires, a mis à la portée du premier venu les questions les plus embrouillées de stratégie et de finances ; s'il voulait faire un eoiors d'éconouûe poli» tique au commissionnaire du coin, je suis sûr qu'il se ferait comprendre; et des écoliers. de seconde ont pu lire YHMoire de la cimlisaiion par M. Guizot.
Lorsqu'avec la faculté de prouver et d'expliquer, on en ressent le désir, on arrive à la véhémence. Ces raisonnements serrés et multipliés qui se portent tous vers un seul but, ces coups répétés de logique qui viennent à chaque instant, et l'un sur l'autre, ébran«- 1er l'adversaire, communiquent au style la chaleur et la passion. Rarement éloquence ftit plus entraînante que celle de H. Macaulay. n a le souffle oratoire ; toutelï ses phrases ont un accent ; on sent qu'il veut gouverner les esprits, qu'il s'irrite de la résistance, qu'il combat en dissertant. Toujours, dans ses livres, la discussion saisit et emporte le lecteur ; elle avance d'un mouvement égal, avec une force croissante, en ligne droite, comme ces grands fleuves d'Amérique, aussi impétueux qu'un torrent et aussi larges qu'une mer. Cette abondance de pensée et de style^ cette nmltitude d'expfications, d'idées et de faits, cet amas énorme de science historique va roulant, précipité en
24 M. IIACADULT.
afaiitparlapaMioiiiiitérieiire,eiitratiiantlesobjectioiis sur son passage, et ajoutant & l'élan de Téloquence la force irrésistible de sa masse et de son poids. On peut dire que l'histoire de Jacqpies II est un discours en deux volumes prononcé d'une baleine, sans que la voix ait jamais faibli. On voit l'oppression et le mécontentement commencer, grandir, s'étendre, les partisans de Jacques l'abandonner unà un, l'idée de larévolution naître dans tous les cœurs, s'afTermir, se fixer, les préparatifs se faire, l'événement s'approcher, devenir imminent , puis tout d'un coup fondre sur l'aveugle et injuste monarque, et balayer son trône et sa race avec la violence d'une tempête prévue et fatale. La véritable éloquence est celle qui achève ainsi le raisonnement par l'émotion, qui reproduit par Tunité de la passion Tunilé des événements , qui répète le mouvement et Tenchalnement dès faits par le mouvement et l'enchatnement des idées. Elle est la véritable imitation de la nature ; elle est plus complète que la pure analyse; elle ranime les êtres ; son élan et sa véhémence font partie de la science et de la vérité. Quelle que soit la question qu'il traite, économie politique, morale, philosophie, littérature, histoh*e, M. Macaulay s^ passionne pour son sujet. Le courant qui emporte les choses excite en lui, dès qu'il l'aperçoit,^ un courant qui emporte sa pensée. Il n'expose pas son opinion ; il la plaide. U a ce ton énergique, soutenu et vibrant, qui fait fléchir les oppositions et conquiert les croyances. Sa pensée e^t une force active ; elle s'impose à Tauditeur; elle l'aborde avec tant d'ascendant, elle arrive avec un si grand cortège de preuves, avec une autorité si manifeste et si légitime, avec un élan si
M. KAGAULAT. 25
paissant, qu'on ne songe *pas à lui résister, et elle maîtrise le cœur par sa Téhémence en même temps que par son éTidence elle maîtrise la raison.
D'autres parties de ce talent sont plus particulièrement anglaises. H* Macatday a la main rude ; quand il frappe, n assomme. Chez nous, disait Béranger,
Chez nous point
JPoint de ces coups de poing
Qai sont l'honnear de rAngleterre.
Et le lecteur français s'étonnerait s'il entendait un grand historien traiter un grand poète de la façon que Toicî :
c Dans tous les ouvrages, dit M. Macaulay, où M. Southey a complètement abandonné la narration, et essayé de traiter des questions morales et<politiques, sa chute a été complète et ignominieuse. En ces occasions, ses écrits n'ont été protégés contre l'extrême mépris et l'extrême dérision que par la beauté et la pureté du style. Nous trouvons, nous l'avouons, un si grand charme dans son anglais, que même lorsqu'il écrit des absurdités, nous le lisons généralement avec plaisir, excepté lorsqu'il essaye d'être plaisant. Un plus intolérable bouffon n'a jamais existé. Il s'efforce très-souvent d'être comique, et pourtant nous ne nous rappelons pas une seule occasion où il ait réussi à être autre chose que bizarrement et étourdiment insipide. Un homme sensé pourrait dire des sottises pareilles au coin de son feu ; mais qu'un être humain, après avoir fait de tels jeux de mots, les écrive, les recopie, les transmette à Timprimôur, en corrige les épreuves et les lance dans le monde, c'en est assez pour noua faire rougir de notre espèce. >
Voici un passage sur l'archevêque Laud, ministre de Charles P', et qui n'est pas moins frappant. M. Macaulay bl&me son exécution :
26 v; mâcaulay:
c Le plus sévère diâtîment qne les deux diambres eussent pu lui infliger^ était de le oœttre en liberté et de l'envoyer à Oxford. Là, il serait demeuré, torturé par son humeur diabolique, affamé de mettre au pilori et de mutiler les protestants , tourmentant les cavaliers , faute d'autres, par sa sottise et son aigreur, s'acquittant dans la cathédrale de ses génuflexions et de ses grimaces, continuant cet incompara* ble journal que nous ne regardons jamais sans que rimbécillité de son intelligence nous fasse oublier les vices de son cœur, notant minutieusement ses rôves, comptant les gouttes de sang qui tombaient de son nez, s*occupant de la direction du sel et écoutant les cris de la chouette^ Le mépris et la pitié étaient la seule vengeance que le parlement aurait dû prendre d*un si ridicule vieux bigot. :6
Quand M. Hacaulay plaisante, il reste grave, ainsi que font presque tous les écrivains de son pays. Vhumour consiste à dire d'rfn ton solennel des choses extrêmement comiques, et à garder le style noble et la phrase ample, au moment même où l'on fait rire tous ses auditeurs. Tel est ce commencement d*un article sur rhistorien de Burleigh :
c L*ouvrage du docteur Nares, dit^I, nous a rempli d'un étonnement semblable à celui qu'éprouva le capitaine Le« muel Gulliver, lorsqu'il aborda pour la première fois à Brob* dingnag, et vit des tiges de blé aussi hautes que des chênes, des dés aussi grand que des seaux, et des roitelets aussi gros que d^s dindons^ L'ouvrage et toutes ses parties sont composés sur une échelle gigantesque ; le titre est aussi long qu'une préface ordinaire, la préface remplirait un livre ordinaire, et le livre contient autant de matière qu'une bibliothèque. Nous ne pouvons mieux résumer les mérites de cette prodigieuse masse de papier qu'en disant qu'elle consiste en deux mille pages in-4** environ d'impression serrée, qu'elle occupe en volume quinze cents pouces oubeS) et qu'elle pèse soixante H*
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vres en poids. Un tel livre, avant le déluge, eût été considéré ODmme une lecture aisée par Hilpa et Shalum ; mais malheureasement la vie de rbommen'est aujourd'hui que de soixantedix ans, et nous ne pouvons nous empêcher de dire an docteur Kares que ce n'est pas bien à lui de nous demander une grande portion d'une si courte existence. »
Cette comparaison, empruntée à Svnft, est une moquerie dans le goût de S^ift. Les mathématiques deviennent, entre les mains des Anglais, un excellent moyen de raillerie, et Ton se rappelle comment le spifitael doyen, comparant par des chifires la générosité romaine et la générosité anglaise , accablait Marlborough sous une addition. Hhumour emploie contre les gens des laits positifs, des arguments de commerçant, des contrastes bizarres tirés de la vie vulgaire. Elle surprend et déroute tout d'un coup le lecteur; on tombe brusquement sur quelque détail familier et grotesque ; le choc est violent ; on éclate de rire sans beaucoup de gaieté ; la détente part si soudainement et si durement qu'elle est comme un coup d'assommoir. En voici un exemple : M. Macaulay réfute ceux qui ne veulent pas qu'on imprime le& auteurs classiques indécents :
c Nous avons peine à croire, dit-il, que, dans un monde aussi plein de tentations que celui-ci, un homme, qui aurait été vertueux s'il n'avait pas lu Aristophane et Juvénal, devienne vicieux parce qu'il les a lus. Celui qui, exposé à toutes les influences d'un état de société semblable au nôtre, craint de s'exposer aux*influences de quelques ver& grecs et latins, agit, selon nous, comme le voleur qui demandait aux shérifs de lui faire tenir un parapluie au-dessus de la tète, depuis la porte deNewgate jusqu'à la potence, parce que la matinée était phivieuse et qu'il craignait de prendre froid, ji
L'ironie, le sarcasme, les genres de plaisanterie les plus amers sont habituels aux Anglais ; ils déchirent lorsqu'ils égratignent. Si l'on veut s'en convaincre , on peut comparer la médisance française telle que Molière l'a représentée dans le Misanthrope , et la médisance anglaise telle que Shéridan l'a représentée en imitant Molière et le Misanthrope. Célimène pique, mais ne blesse pas ; les amis de lady SneerweU blessent et laissent dans toutes les réputations qu'ils touchent des marques sanglantes; la raillerie que je vais traduire est une des plus douces de M. Macaulay.
(c Les ministres donnèrent, dit-il, le commandement à lord Galway, vétéran expérimenté, qui était dans la guerre ce que les docteurs de Molière étaient en médecine, qui trouvait beaucoup plus honorable d'échouer en suivant les règles que de réussir par des innovations, et qui aurait été très-honteux de lui-même s'il avait pris Montjouy par les moyens singuliers que Peterborough employa. Ce grand commandant conduisit la campagne de 1707 de la manière la plus scientifique. Il rencontra Tarmée des Bourbons dans la plaine d'Almanza. Il rangea ses troupes d'après les méthodes prescrites par les meilleurs écrivains, et en peu d'heures perdit 18 000 hommes, cent vingt étendards, tout son bagage et toute son artillerie. »
Ces rudesses sont d'autant plus fortes , que le ton ordinaire est plus noble et plus sérieux.
On n'a vu jusqu'ici que le raisonneur, le savant , l'orateur et l'homme d'esprit ; il y si encore dans M. Macaulay un poëte; et, quand on n'aurait pas lu ses Chants de V ancienne Rome^ il suffirait, pour le deviner, de lire quelques-unes de ses phrases où Timagination, longtemps contenue par la sévérité de
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la démonstration, déborde tout d*un coup par des métaphores magnifiques , et se répand en comparaisons splendides , dignes par leur ampleur d'être reçues dans une épopée.
c L'Arioste, dit-il, nous racoDte l'histoire d'une fée qui, par une loi mystérieuse de sa nature, était condamnée à paraître en certain*es saisons sous la forme d*un hideux et venimeux serpent. Ceux qui la maltraitaient pendant la période de son déguisement étaient à jamais exclus des bienfaits qu'elle prodiguait aux hommes. Mais pour ceux qui , en dépit de son aspect repoussant , avaient pitié d'elle et la protégeaient , elle se révélait plus tard à leurs yeux sous la belle et céleste forme qui lui était naturelle, accompagnait leurs pas, exauçait tous leurs désirs, remplissait leur maison de richesses , les rendait heureux dans Tamour et victorieux dans la guerre. Telle est cette déesse qu'on nomme la Liberté. Parfois elle prend la forme d'un odieux reptile; elle rampe, elle siffle, elle mord. Mais malheur à ceux qui, saisis de dégoût, essayeront de l'écraser 1 Et heureux les hommes, qui, ayant osé la recevoir sous sa forme effrayante et dégradée, seront enfin récompensés par elle au temps de sa beauté et de sa gloire 1 >
Ces généreuses paroles partent du cœur ; la source est pleine, elle a beau couler, elle ne tarit pas; dès que Fécrivain parle de la cause qu'il aime , dès qu'il voit se lever devant lui la Liberté , THumanité et la Justice , la Poésie naît d'elle-même dans son âme , et vient poser sa couronne sur le front de ses nobles sœurs.
c La Réforme , dit-il ailleurs , est un événement depuis longtemps accompli; ce volcan a épuisé sa rage; les vastes ravages causés par son irruption sont oubliés. Les bornes qu'il avait emportées ont été replacées; les édifices ruinés
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Dut été réparés. La lave a couvert d'une croûte féconde les éhamps^qoe jadis eiie avait dévastés, et après avoir cbangé .un riche et beau jardin en un désert, elle a changé de nouveau le désert en un jardin plus .riche et plus beau. La seconde irruption n'est pas encore terminée. Les marques de son ravage sont toujours autour de nous ; les eeadres sont :eneore chaudes. sous nos pieds. Dans quelcpies directions, œ 'déluge de feu continue encore à s'étendre. Cependant Texpétrienee nous autorise à croire avec certitude que cette eaq>lo- .-fiion, comme coile qui Ta précédée, fertilisera le sol qu'elle a dévasté. Déjà dans les parties qui ont souffert le plus cruelko^ent, d'opulentes cultures et de paisibles habitations commenoent à s'élever au milieu de la solitude. Hus nous lirons l'histoire des èiges passés, plus nous observerons les signes vde notre époque, plus nous sentirons nos cœurs se remplir et se soulever d'espérance à la pensée des futures destinées du genre humain. » *
Je devrais peut-être, en achevant cette analyse, indiquer quelles imperfections sont reffet de ces grandes qualités ; comment l'aisance , la grâce , la verve aimable, la variété, la simplicité, l'enjouement, manquent à cette mâle éloquence, à cette solide raison , à cette ardente dialectique ; pourquoi l'art d'écrire et la pureté classique ne se rencontrent point 'toujours dans cet homme de parti, combattant de tribune ; href , pourquoi un Anglais n'est ni un Français ni un Athénien. Paime mieux traduire encore un passage, dont la solennité et la magnificence donneront quelque idée des sérieux et riches ornements qu'il jette sur son récit , sorte de végétation puissante, fleurs de pourpre éclatante, pareilles à celles qui s'épanouissent à chaque page du Paradis perdu^ •et de CAfWejEfaroW.WarrenHasting arrivait de l'Inde *€t venait d'être décrété d'accusation.
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c Le 13 février 1786, les séanees de la cour commencèrent. On a vu des spectacles plus éblouissants pour Fœil, :plus resplendissants de pierreries et de draps d*or , plus attrayants pour des hommes enfonts ; mais peut-»étre il n'y en eut jamais de mieux calculé pour frapper un esprit réfléchi et une imagination cultivée. Tous les genres divers d'intérêt qui appartiennent au passé et au présent, aux objets voisins et aux objets étonnés, étaient rassemblés dans un même lieu et dans une même heure. Tous les talents et toutes les facultés qui sont développés par la liberté et par la civilisation étaient en ce moment déployés avec tous les avantages qu'ils pouvaient emprunter à leur alliance et à leur contraste. Chaque pas du procès reportait l'esprit, «>it en arrière, à travers tant de siècles troublés, jusqu'aux jours où les fondements de notre constitution hirent posés; soit bien loin dans l'espace, par-dessus des mers et des déserts sans bornes, jusque parmi des nations bronzées, qui habitent «ous des étoiles inconnues, qui adorent des dieux inconnus, et qui écrivent en caractères inconnus de droite à gauche. La grande cour du parlement allait siéger, selon les formes transmises depuis les jours des Plantagsnets, et juger un Anglais accusé d'avoir exercé la tyrannie sur le souverain de la sainte cité de Bénarès, et sur les dames de la maison princière d'Oude,
< L'endroit était digne d'un tel jugement. C'était la grande salle de Guillaume le Roux, la salle qui avait retenti d'acclamations à l'inauguration de trente rois, la salle qui avait vu la juste condamnation de Bacon, et le juste acquittement de Somers, la salle où l'éloquence de Strafibrd avait pour un moment confondu et touché un parti victorieux enflammé d'un juste rassentiment, la salle où Charies avait fiait face à la haute cour de justice avec ce tranquille courage qui a racheté à demi sa réputation. Ni la pompe militaire, ni la pompe civile ne manquaient à ce spectacle. Les avenues étaient bordées d'une ligne de grenadiers ; des postes de cavalerie maintenaient les rues libres. Les pairs, en robe d'or et d'hermine, étaient conduite à leurs places par des hérauts sens l'ordre de Jarretière, le roi d'armes; les juges, dans leurs
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vêtements d'office, étaient là pour donner leur avis sur les points de loi. Près de cent-soixante-dix lords, les trois quarts de la chambre haute, marchaient en ordre solennel de leur lieu ordinaire d'assemblée au tribunal; le plus jeune des barons conduisait le cortège, Georges Ëlliot, lord d'Heatfield, récemment anobli pour sa mémorable défense de Gibraltar contre les flottes et les armes dé France et d'Espagne. La longue procession était fermée par Je duc de Norfolk, comte maréchal du royaume , par les grands dignitaires , par les frères et fîls du roi ; le prince de Galles venait le dernier, remarquable par la beauté de sa personne et par sa noble attitude. Les vieux murs gris étaient tendus d'écarlate ; les longues galeries étaient couvertes d'un auditoire tel qu'il s'en trouva rarement de semblable pour exciter les craintes ou l'émulation des orateurs ; là étaient rassemblés, de toutes les parties d'un empire vaste, libre, éclairé et prospère, la grâce et l'amabilité féminines, l'esprit et la science, les représentants de toute science et de tout art; là étaient assis autour de la reine les jeunes princesses de la maison de Brunswick avec leurs beaux cheveux; là les ambassadeurs de grands rois et de grandes républiques contemplaient avec admiration un spectacle que nulle autre contrée ne pouvait leur présenter; là Siddons, dans toute la fleur de sa majestueuse beauté, r^ardait avec émotion une scène qui surpassait toutes les imitations du théâtre; là l'historien de l'empire romain pensait aux jours où Gicéron plaidait la cause de la Sicile contre Verres, où, devant un sénat qui retenait encore quelqueapparence de liberté, Tacite tonnait contre l'oppresseur de l'Afrique; là on voyait assis, l'un à eôté de l'autre, le plus grand peintre et le plus grand érudit de l'époque. Ce spectacle avait fait quitter à Reynold le chevalet qui nous a conservé les fronts pensifs de tant d'écrivains et d'hommes d'État, et les doux sourires de tant de nobles dames. Il avait engagé Parr à suspendre les travaux qu'il poursuivait dans la sombre et profonde mine d'où il avait tiré un si vaste trésor d'érudition, trésor trop souvent enseveli dans la terre, trop souvent étalé avec ostentation, sans jugement et sans
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goût, mais cependant précieux, masaf et splendide. Là se montraient les charmes voluptueux de celle à qui Théritier du trône avait en secret engagé sa foi ; là aussi était cette beauté, mère d'une race si belle, la sainte ^Cécile dont les traits délicats, illuminés par Tamour et la musique, ont été dérobés par l'art à la destruction commune ; là étaient les membres de cette brillante société qui citait, critiquait et échangeait des reparties sous les riches tentures en plumes de paon qui ornaient la maison de mistress Montague ; là enfin ces dames dont les lèvres, plus persuasives que celles de Fox lui-môme, avaient emporté réfection de Westminster en dépit de la cour et de la trésorerie, brillaient* autour de Georgiana, duchesse de Devonshire. i
Cette évocation de l'histoire , de la gloire et de la constitution nationale forme un tableau d*un genre imique. L'espèce de patriotisme et de poésie qu'elle révèle est le résumé du talent de M. Macaulay ; et le talent, comme le tableau, est tout anglais.
History of England^
Ainsi préparé , il a abordé l'histoire d'Angleterre ; il y a choisi l'époque qui convenait le mieux à son opinion politique, à son style, à sa passion, à sa science, au goût de sa nation, à la sympathie de l'Europe. Il a raconté rétablissement de la constitution anglaise , et concentré tout le reste de l'histoire autour de cet événement unique « le plus beau qu'il